Madame lit des lettres

Jane_austen_amazoneChère lectrice, Cher lecteur,

Je viens de terminer Du fond de mon cœur; lettres à ses nièces de Jane Austen. J’ai dévoré les lettres de mon écrivaine britannique préférée. Aurait-il pu en être autrement? Il ne reste que très peu de missives de cette dernière. Alors, pour moi, c’est comme si je tenais entre mes mains un véritable trésor littéraire… Dans ce joli petit recueil, j’ai pu me délecter de quelques lettres que Jane Austen a rédigées à ses nièces Anna, Fanny et Caroline. Jane Austen prenait très au sérieux son rôle de tante et elle le considérait avec tout le respect qu’impose cette fonction.

Lors de ses missives à Anna, Jane Austen commente, entre autres, des parties du roman que cette dernière rédige. Elle agit comme conseillère auprès de la jeune écrivaine.

Tu as désormais présenté tous tes personnages de façon charmante, avant de les réunir dans l’un de ces lieux qui font le délice de ma vie; 3 ou 4 familles dans un Village de Campagne, voilà la meilleure matière à travailler & j’espère que tu continueras d’écrire bien longtemps encore & fera bon usage de ces protagonistes alors qu’ils sont si favorablement disposés. C’est seulement maintenant que tu atteints le cœur & la beauté de ton livre. (p. 27)

Dans ses lettres à Fanny, Jane Austen partage quelques stratégies amoureuses. Fanny confie à sa célèbre tante ses inclinations; elle lui parle de ses soupirants. Jane Austen, en tant que confidente, essaye de lui faire comprendre le langage du cœur.

À présent, chère Fanny, ayant écrit si longuement en faveur de cette union, il me faut prendre le contre-pied et te supplier de ne pas t’engager davantage, et de ne pas accepter ce jeune homme que si tu l’apprécies réellement. Tout est préférable, tout peut être enduré plutôt qu’un mariage sans affection; et si les défauts de son caractère etc. etc. te frappent plus que ses qualités, et si tu continues à les abhorrer si intensément, renonce à lui tout de suite. (p. 39-40).

Dans une autre lettre, elle lui mentionne :

Mais rien ne peut se comparer à la souffrance d’être liée sans amour, si ce n’est de se retrouver liée à une personne et d’en préférer une autre. Ceci est un châtiment que tu ne mérites point. (p. 56)

En ce qui concerne celles rédigées pour Caroline, qui est encore une enfant, Jane Austen tente de l’encadrer dans son processus d’écriture.

Ma chère Caroline,
J’ai suivi tes progrès & je trouve ton écriture admirable. Si tu continues de t’améliorer autant que tu l’as déjà fait, d’ici six mois je n’aurais sans doute plus du tout la tentation de lever les yeux au ciel. (p. 76)

Mais encore, dans les lettres qu’elle fait parvenir à ses nièces, Jane Austen parle de la vie à la campagne, de son quotidien avec sa sœur Cassandra et sa mère, des visites qu’elles reçoivent et de son état de santé.

Je ne savais pas que ces lettres relevaient des trois dernières années de la vie de Jane Austen. Aussi, j’ai été très surprise de retrouver à un endroit l’avis de décès de cette dernière paru dans le Salisbury and Winchester Journal.

De surcroit, le recueil offre deux lettres de Cassandra, la sœur bien-aimée de Jane, adressées à sa nièce Fanny. Cette dernière décrit les derniers instants de la vie de Jane Austen. Cassandra écrit ceci à propos de sa sœur :

J’ai perdu un trésor, une sœur et une telle amie que jamais rien ne pourra la surpasser. Elle était le soleil de ma vie. L’étincelle de tous les plaisirs, le réconfort de toutes les peines, je ne lui cachais rien, c’est comme si j’avais perdu une partie de mon être. Je l’aimais seulement trop bien. (p. 111)

J’ai été très émue par la beauté de cet extrait…

Dans la dernière partie du livre, le lecteur retrouve les témoignages d’Anna et de Caroline rédigés à la demande du neveu de Jane Austen, Edward Austen-Leigh à qui nous devons la première biographie de l’écrivaine A memoir of Jane Austen. Elles abordent les tendres souvenirs qu’elles ont conservés de leur tante. Le lecteur peut aussi lire une lettre de Fanny. Dans cette dernière, écrite longtemps après la mort de sa célèbre tante, Fanny s’avère assez sévère, voire méchante à l’égard de Jane Austen, ce que beaucoup d’admirateurs et d’admiratrices lui reprocheront. En plus, Fanny est connue comme étant la nièce préférée de Jane Austen…

Comme vous pouvez vous en douter, chère lectrice, cher lecteur, j’ai adoré lire cette correspondance. Je me sens privilégiée d’avoir eu accès à cette «touchante intimité» entre mon écrivaine britannique et ses nièces. Je ne peux encore une fois que ressentir un profond respect pour la femme, l’écrivaine et la tante. Jane Austen avait un grand cœur, un amour immense pour les siens, une plume remarquable et un sens de l’observation hors du commun. Elle traite avec élégance et grâce les êtres qui l’entourent. Ses lettres s’avèrent à l’image de ses écrits parfois drôles, ironiques et justes. Je me sens un peu triste d’avoir terminé cette lecture… j’aurais voulu qu’elle dure encore et encore…      

Si vous êtes comme moi une admiratrice de Jane Austen, je vous recommande de lire avec humilité ses lettres remplies d’amour…

Y a t-il une correspondance d’un écrivain ou d’une écrivaine que vous avez apprécié lire?

Bien à vous,

Madame lit

Austen, Jane. (2015). Du fond de mon cœur; lettres à ses nièces, Mayenne, Finitude, 171 p.

Figure : Amazon. Du fond de mon cœur; lettres à ses nièces de Jane Austen, [réf. du 3 janvier 2016]. «http://www.amazon.fr/fond-mon-coeur-lettres-ni%C3%A8ces/dp/2363390555».

jane_austen

 

 

29 commentaires »

  1. Quand j’ai vu ce petit chez le libraire, j’ai su tout de suite qu’il vous plairait…
    Et vous n’avez pas perdu de temps pour le lire et nous le partager.
    Vous voici une nouvelle fois conquise ! A bientôt

    J'aime

  2. Ah Jane Austen! Tout un « poème » si j’ose dire! 🙂 Je ne savais pas qu’on avait retrouvé une partie de sa correspondance, et quelle émotion, avec des questions qui nous occupent toujours concernant l’écriture, l’amour également.
    D’ailleurs, je trouve les extraits concernant l’amour très émouvants. (Oui, mon âme de romantique malheureuse y trouve un écho à ses propres tourments! 😉 )

    Bizarrement, je n’ai jamais ressenti le besoin de lire la correspondance des auteurs que j’aime. Mais j’avoue que des auteurs plus anciens comme Jane Austen, ça me tenterait bien. Ça me fait penser que si je pouvais envoyer et recevoir des lettres à travers le temps, j’aimerais bien le faire avec Jules Verne, ou William Makepeace Thrackeray, pour savoir ce qui l’a inspiré dans la rédaction de la « Foire aux Vanités »! 🙂

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