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clair de femmeChère lectrice, Cher lecteur,

J’avais lu Clair de femme de Romain Gary il y a plusieurs années. Je me souvenais que j’avais été marquée par cette histoire… Toutefois, j’aurais été incapable de rédiger un billet sur cette dernière et de partager mes émotions par rapport aux personnages. Alors, je viens de la terminer. Ce récit aborde, entre autres, à travers la vision du couple, l’amour, la mort et l’entraide.

Tout d’abord, Michel et Yannick sont amoureux depuis des années. Cependant, la maladie terrasse Yannick et cette dernière décide de mourir dans la dignité. Elle est atteinte d’un cancer et elle dit à Michel :

 

Je suis obligée de te quitter. Je serai une autre femme. Va vers elle, trouve-la, donne-lui ce que je te laisse, il faut que cela demeure. Sans féminité, tu ne pourras pas vivre ces heures, ces années, cet arrachement, cette bestialité que l’on appelle si flatteusement, si pompeusement : «le destin». J’espère de tout mon amour que tu vas la rencontrer et qu’elle viendra au secours de ce qui, dans notre couple, ne peut pas, ne doit pas mourir. Ce ne sera pas m’oublier, ce ne sera pas «trahir ma mémoire», comme on dit pieusement chez ceux qui réservent leur piété à la mort et au désespoir. Oh non! Ce sera au contraire une célébration, une permanence assurée, un défi à tout ce qui nous piétine. Une affirmation d’immortalité. (p. 28).

En ce sens, Yannick confie sa dernière volonté à Michel et elle lui demande de rendre leur amour immortel.

Michel laisse seule Yannick et respecte sa volonté. Il quitte leur appartement pour la nuit afin qu’elle puisse mourir. Il fait alors la rencontre de Lydia. Lydia, pour sa part, est la femme d’Alain. Elle a perdu sa petite fille dans un accident de voiture il y a 6 mois et c’est son époux qui conduisait l’engin. Ce dernier, à la suite de l’accident, souffre d’aphasie. Lydia le laisse aux bons soins de sa belle-mère car elle doit vivre son deuil.

Michel et Lydia passent une nuit ensemble et ils apprennent à se connaître en tentant de s’appuyer l’un sur l’autre. Ces désespérés font l’amour, se retrouvent dans un bar où travaille le Señor Galba, le dresseur de caniches… Puis, ils vont à la fête organisée par Sonia, la belle-mère de Lydia. Au petit matin, ils finissent auprès du corps inerte de Yannick. Michel mentionne alors à celle qu’il aime :

Tu vois, elle est là. Elle t’a apporté des fleurs. Comme tu l’as voulu. Nous allons essayer de te rendre heureuse. […] Tu savais bien que je ne pourrais jamais vivre sans toi, et c’est ainsi que tu lui as fait beaucoup de place. Je ne lui parlerai plus jamais de toi, comme je te l’ai promis, parce que tu ne voulais pas l’encombrer d’une autre, tu ne voulais pas lui imposer tes goûts, tes habitudes, tu voulais qu’elle soit libre de toute référence. Je cacherai toutes les photos et tous les objets que tu as aimés, je ne vivrai pas de mémoire. Il me suffira toujours de voir les forêts, les champs, les mers, les continents, le monde, pour aimer le peu qui me reste de toi. (p. 161)

Lydia retrouve grâce à Michel le «sens du possible». Ces deux écorchés s’aident l’espace d’une nuit à amorcer une traversée de leur désert…

Michel, comme le fait remarquer Lydia, est un bâtisseur de cathédrale… il voue un culte à celle qu’il aime… c’est sa façon d’aimer… Comme il le stipule :

Lorsqu’on a aimé une femme de tous ses yeux, de tous ses matins, de toutes les forêts, champs, sources et oiseaux, on sait qu’on ne l’a pas encore aimée assez et que le monde n’est qu’un commencement de tout ce qui vous reste à faire. Je ne vous demande pas d’entrer en religion avec moi, je sais que vous avez seulement voulu aider une femme, rendre sa mort plus douce. Nous nous sommes parlé toute la nuit, mais je ne vous ai presque rien dit, parce que ce sont vos lèvres qui me parlaient d’elle.  (p. 140-141).

Pour moi, c’est Yannick qui sculpte le devenir de ce roman. Ainsi, elle demande à Michel :

Je ne veux pas partir comme un voleuse; il faut que tu m’aides à rester femme; la plus cruelle façon de m’oublier, ce serait de ne plus aimer. Dis-lui… (p. 142-143)

Ce petit roman de 178 pages s’avère poignant… L’auteur nous entraîne dans un univers sombre et lumineux à la fois… Deux êtres vivent une rencontre; celle qui permet de retrouver un semblant d’espoir, celle qui soulève un vent de vérité, celle qui tente de donner un sens au néant… Deux êtres déroutés, seuls, attendent que cela passe…. Chacun a son chemin de croix à parcourir…

J’ai aimé tout particulièrement le sentiment d’entraide soulevé au fil des pages. L’entraide entre Michel et Lydia est admirable… Tout comme celle entre Michel et le Señor Galba. Cet éleveur de chien m’a beaucoup émue… Je ferme les yeux et j’imagine le caniche rose danser avec le chimpanzé et je trouve cela beau, burlesque, mystique… L’entraide entre le Señor Galba et son vieux chien apparaît également frappante…ils vivent fusionnés et ils sont angoissés par la perte de l’un ou de l’autre… D’ailleurs, le chien meurt quelques heures avant son maître…

Je suis un peu perturbée par cette lecture… c’est rare… je ne me souvenais pas de la force de ce texte… je vous encourage d’ailleurs à le lire.

De surcroit, Milan Kundera a participé à la rédaction du scénario basé sur ce roman. Romy Schneider et Yves Montand ont incarné les personnages principaux. J’adorerais voir le film pour observer ces deux magnifiques acteurs endosser les rôles de ces écorchés…. J’admire énormément leur talent et je souhaiterais les entendre prononcer les belles phrases tributaires des pages de ce bouquin…

Avez-vous déjà lu ce roman? Avez-vous vu le film? Qu’est-ce que vous en avez pensé?

Bien à vous,

Madame lit

Gary, R. (1977). Clair de femme. Saint-Amand : Gallimard,  coll. Folio, 178 p.

Clair_femme_film                                                      Figure : https://www.bing.com/images/search?q=calir+de+femme+film&view=detailv2&&id=DDC91432D138C481A6AC8A244F8DF00D514A0233&selectedIndex=16&ccid=KJAMdRbI&simid=608038929025992437&thid=OIP.M28900c7516c8aae9292b7bba578a454ao0&ajaxhist=0