Mots-clés

,

La chambre verte3Chère lectrice, Cher lecteur,

J’ai terminé il y a quelques jours La chambre verte de Martine Desjardins. J’ai lu ce bouquin selon la recommandation de la cousine de mon père car l’écrivaine est une de ses bonnes amies.

Alors, ce récit raconte l’histoire de la famille Delorme durant 3 générations. Le thème principal de ce roman, c’est l’argent. Chaque personnage a un rapport très particulier avec les sous. Les noms des personnages sont des signifiants illustrant l’aspect financier. Ainsi, le patriarche, Prosper, fait construire une chambre dans le sous-sol de la maison pour stocker l’argent familial. À sa mort, son fils, Louis-Dollard, hérite d’une belle somme. Ce dernier voue aussi un culte à l’argent, tout comme son épouse, Estelle, qui épargne sur tout. Elle se confectionne même une étole en fourrure à partir de souris qu’elle a piégées au fil du temps.  Louis-Dollard réussit ensuite dans l’immobilier. Un jour, une jeune femme, Penny Sterling,  cogne à la porte du domicile familial pour louer un appartement. En guise de preuve qu’elle peut se permettre les paiements du loyer, elle révèle à Louis-Dollard qu’elle a créé un jeu qui lui a permis d’amasser une belle somme. Les Delorme décident de la marier à leur fils Vincent. Toutefois, Vincent et Penny leur réserveront de belles surprises!

J’ai bien aimé ce roman humoristique. J’ai apprécié m’évader dans un univers qui n’était pas tragique. J’ai trouvé certains passages très drôles, comme ce penchant d’Estelle pour le sucre à la crème. Cette femme vaut le détour en matière d’avarice! Elle pourrait bien s’entendre avec notre Séraphin national…

Aussi, les dix commandements de la famille Delorme sont assez spéciaux et comiques.

1.Tu n’auras d’autre dieu que sa majesté.
2 La Pièce Mère et toutes les autres espèces tu honoreras et jamais ne détruiras.
3. Tu te souviendras que l’argent ne pousse point aux arbres.
4. Tu ne garderas aucune menue monnaie sur toi.
5. Tu ne dépenseras point en vain.
6. Tu ne donneras point aux pauvres.
7. Tu ne prêteras point, ni sur gage ni à usure.
8. Tu ne joueras point.
9. Tu n’accepteras point de fausse monnaie.
10. Tu ne convoiteras point les biens vendus en magasin. (p. 165)

De plus, les Delorme ont leur propre prière.

Notre Dollar qui êtes précieux,
Que votre fonds soit crédité,
Que votre épargne arrive,
Que votre versement soit fait
Au Trésor comme aux livres.
Donnez-nous aujourd’hui notre intérêt quotidien,
Et pardonnez-nous nos dépenses
Comme nous profitons des sous
qui nous sont avancés.
Ne nous laissez pas succomber à la spéculation,
Mais préservez notre capital.
Nanti soit-il.

Comme vous pouvez le remarquer, l’écrivaine joue avec des éléments de la religion pour présenter le culte que voue la famille Delorme à l’argent. D’ailleurs, la chambre verte peut faire référence à une chapelle.

J’ai passé un bon moment de lecture et j’ai bien rigolé avec les vieilles filles Delorme (les sœurs de Louis-Dollard) qui se saoulent à l’essence de vanille. L’essence de vanille, dans le bouquin, est composée de 35% d’alcool blanc, un « produit de la distillation »! Comme quoi, il faut profiter de la vie avec ce qui nous tombe entre les mains.

De plus, la narratrice du roman, n’est nulle autre que la maison. Elle nous parle de son sort, des événements qui se déroulent en ses lieux, de la chambre verte, du butin, etc. C’est assez original aussi. Comme elle le soulève :

Sous mon toit, personne ne prononce le mot «Trésor» sans avoir l’impression de violer un tabou. Ce secret est si bien gardé que j’oublie moi-même parfois que j’en suis la dépositaire attitrée. Le Trésor est tapi depuis toujours au plus profond de moi, dans un trou où jamais ne l’atteint la lumière qui révélerait sa véritable nature, et j’en suis venue à penser, au fil des ans, que quand il émet dans le noir ses sourds reflets, c’est mon propre cœur qui palpite. Un cœur d’or, il va sans dire, comme l’est le silence. Un cœur fermé, engourdi dans l’oubli, usé par des années de négligence, qui doit sans cesse contenir ses débordements. Car je suis riche des désillusions et des désappointements que j’ai encaissés, j’ai de la rancune envers ces Delorme qui me laissent vêtue de haillons alors qu’une infime parcelle de ce Trésor suffirait à me renipper… (p. 36)

De surcroit, elle apparaît bien capable de se faire entendre et de se mêler à l’histoire des siens!

Aimez-vous ce type de récit tout en humour et en ironie?

Bien à vous,

Madame lit

Desjardins, M. (2016). La chambre verte. Québec : Alto.

Figure. Alto (2016). La chambre verte. Récupéré de http://www.editionsalto.com/fiche.php?no_livre=729