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Duras

Chère lectrice, Cher lecteur,

Permettez-moi aujourd’hui de vous présenter un sublime extrait tiré de La douleur de Marguerite Duras… Ce passage est beau comme le chant de la mer… triste comme le cri d’un oiseau blessé, pur comme la caresse du vent sur une joue…

Dans une heure D. sera là. Je ferme les yeux. S’il revenait, nous irions à la mer, c’est ce qui lui ferait le plus de plaisir. Je crois que de toutes façons je vais mourir. S’il revient je mourrai aussi. S’il sonnait : « Qui est là. -Moi, Robert L. », tout ce que je pourrais faire c’est ouvrir et puis mourir. S’il revient nous irons à la mer. Ce sera l’été, le plein été. Entre le moment où j’ouvre la porte et celui où nous nous retrouvons devant la mer, je suis morte. Dans une espèce de survie, je vois que la mer est verte, qu’il y a une plage un peu orangée, le sable. À l’intérieur de ma tête la brise salée qui empêche la pensée. Je ne sais pas où il est au moment où je vois la mer, mais je sais qu’il vit. Qu’il est quelque part sur la terre, de son côté, à respirer. […] Cet homme devant la mer, c’est lui. En Allemagne les nuits étaient froides. Là, sur la plage, il sort en bras de chemise et il parle avec D. Ils sont absorbés par leur conversation. Je serai morte. Dès son retour je mourrai, impossible qu’il en soit autrement, c’est mon secret. D. ne le sait pas. J’ai choisi de l’attendre comme je l’attends, jusqu’à en mourir. Ça me regarde.

J’adore ces phrases courtes imbibées de détresse, de désir, d’amour, de mort, de mer, de sable, de rêve, de l’autre que l’on aime à en mourir…

Avez-vous lu La douleur de Duras ? Cet extrait vous donne-t-il le goût de découvrir ce bouquin ? Pour Duras, ce dernier est « une des choses les plus importantes » de sa vie…

Bien à vous,

Madame lit

Duras, Marguerite, La douleur, Paris : Gallimard, coll. Folio, 217 p.