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Ashini

Chère lectrice, Cher lecteur,

L’image de l’autochtone hante l’imaginaire du peuple québécois depuis de nombreuses années. Parfois, cette figure peut être associée à la méchanceté, parfois elle semble représenter l’homme libre, la plénitude de l’esprit et la parfaite harmonie qu’entretient l’autochtone avec la nature. Ashini, un Chef montagnais vit selon les traditions des siens. Il ne veut pas habiter dans une réserve comme les membres de son peuple car il considère que cela les mènera à l’extermination et qu’ils devront se soumettre à la loi de l’homme blanc. C’est la voix du passé qui tente de s’élever afin de revendiquer, une dernière fois, la liberté pour les siens en s’adressant aux autorités pour faire changer les choses…

Un espoir me vint, fou, envahissant, magnifique. S’il acceptait la palabre? Si j’arrivais à lui faire comprendre le bien que je voulais accomplir?
Tiens, s’il venait ici, s’il voyait de ses yeux les femmes affaissées, les enfants tristes, les hommes sans gestes? S’il réalisait du coup que ma demande ne rendait pas seulement aux Montagnais leur honneur, mais au Canada entier un peuple neuf à ajouter aux autres, une richesse, un savoir, le recommencement d’une grande sagesse? (p. 84).

Entrer dans cet univers, c’est aller à la rencontre d’un personnage fort : Ashini. Ce dernier dénonce avec force l’assimilation des autochtones car ils perdent leur territoire, leur mode de vie, leurs valeurs. Le personnage de la fille d’Ashini illustre bien cette dualité. En allant s’établir en ville, cette dernière rompt avec l’ordre établi du peuple montagnais. Cette fuite vers le mode de vie des Blancs semble bien démontrer l’influence, l’attrait de la culture blanche sur les autochtones. Le miroitement d’une vie plus facile évoque l’ailleurs meilleur… Comme le fait remarquer Ashini : «Ma fille a fui la forêt pour servir les Blancs, à la ville (p. 15)». Cette dernière quitte sa demeure pour servir une culture autre que la sienne dans la ville. Tandis que pour le père, c’est l’opposé :

J’ai grandi libre. Mais ma liberté était celle de l’oiseau en cage. Il est de cages qui sont des volières où un oiseau peut conserver en lui l’illusion du grand ciel et des plongées infinies. Il est aussi des cages étroites comme des prisons. (p. 32)

Mais encore, le roman présente la forêt de l’Ungava, située dans le Grand Nord québécois, dans toute sa splendeur. C’est le paradis perdu, l’espace sacré, celui s’opposant à l’espace profane que représentent la ville des Blancs et la réserve qui éclate de beauté grâce à la plume de l’auteur.

Et les montagnes à contempler et les étoiles à admirer et la lune froide de novembre à invoquer et tout ce qui est beau et bon et qui nous enveloppe et nous tient, la saveur du vent, l’odeur de l’eau blanche, la senteur des sapins, la musique de tous les sons de ce pays. (p. 24)

Ce roman publié en 1960 est mon préféré de ce grand auteur québécois d’ascendance montagnaise. Véritable cri du coeur, il faut se rendre à la toute fin pour comprendre les dernières paroles d’Ashini… Fantôme, esprit hantant la mémoire des Blancs, le message d’Ashini reviendra encore et encore marteler les pas de ceux qui ont volé les terres de son peuple, qui ont crié sur son passage : «Va-t’en, maudit sauvage! » alors qu’il était chez lui…Le Blanc usurpateur, c’est nous, c’est vous, ce sont eux…

femme-autochtone

Ce roman a reçu des prix prestigieux comme :

  • Le Prix France-Canada en 1961
  • Le Prix du Gouverneur général du Canada en 1962

Si vous avez envie de lire un roman poétique, empreint de véracité, je vous recommande ce testament de sang… vous ne pourrez rester indifférent..

Connaissez-vous la plume d’Yves Thériault?

Bien à vous,
Madame lit

Thériault, Yves, , Montréal : Bibliothèque québécoise, 1988, 106 p.
ISBN : 2-89406-003-3