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Bizz

Chère lectrice, Cher lecteur,

Dérives de Biz raconte l’histoire d’un homme qui un jour a un enfant. Cet enfant s’avère son roi-soleil jusqu’au jour où il sombre dans une dépression. Après la joie d’avoir un fils, la déprime s’empare de son être, envahit son esprit, le fait dériver à bord d’un radeau dans les méandres de son âme pour fuir un quotidien trop lourd, peuplé des pleurs de son fils, de l’incompréhension de sa femme, des rencontres chez la psychologue, des balades en auto au rythme des comptines pour enfant. La paternité, oui mais à quel prix?

Biz aborde dans ce roman un sujet grave : le mal-être associé à la paternité. Même s’il trouve son fils génial, le narrateur se sent fortement écrasé par la vie au point d’être totalement coupé de ses émotions…

Dans mes bras, mon pauvre fils était exténué d’avoir trop pleuré. J’allais le bercer dans le salon à la lueur d’un réverbère. La pluie laissait de longues traînées tristes sur les vitres et, malgré tout, j’étais incapable de compassion pour mon propre bébé, pourtant si vulnérable dans la noirceur, le silence et la solitude. (p. 23)

Le roman apparaît construit autour de deux éléments : le quotidien du narrateur et la traversée d’un marais sur un radeau (métaphore de l’état d’esprit malade).

L’eau du marais est grisâtre et empeste le soufre. […] Depuis plusieurs jours, je n’ai plus aucun repère visuel. Je suis au milieu de nulle part. Autour de moi s’étend un horizon infini.

Tout cet espace m’apaise. Je ne ressens presque plus rien, comme si mes émotions étaient anesthésiées par la solitude. Ici, rien ne me dérange, personne ne cherche à entrer en contact avec moi. Je n’ai pas de relation à établir, pas de problèmes à résoudre. La totale sérénité. (p. 37)

Biz s’est inspiré de son vécu pour écrire ce bouquin.  D’ailleurs, il confiait à Chantal Guy de La Presse à propos de cette difficulté d’être père et du fait qu’on peut et qu’on doit en parler.

Socialement, au Québec, on est rendu là, dit-il. On peut parler de ça. Je n’ai pas du tout écrit un pamphlet masculiniste, je ne parle pas au nom de ma génération, mais je me rends compte que beaucoup de gens se retrouvent là-dedans. Les filles sont intéressées par mon livre pour le donner à leurs chums, pour comprendre ce qu’ils vivent ou ce qu’elles ressentent elles aussi. On excuse plus les pères de ne pas «tripper» sur les nouveau-nés; pour une mère, qui le porte, qui l’allaite, ce doit être beaucoup plus heavy comme pression.

Le seul défaut de ce bouquin c’est qu’il est trop court! Biz, du groupe Loco Locas, sait bien écrire. Il entraîne son lecteur dans un univers qui interpelle, un univers empreint de références mythologiques, un univers poétique…

Un père indigne? Un père qui ose affirmer qu’il la trouve difficile la paternité…

Un livre à lire, à découvrir pour vous laisser entraîner dans ces dérives, l’espace de 93 pages car malgré tout, il y a la vie…

Comme le mentionne le narrateur à Cerbère :

Je veux revoir les miens. Je veux revoir la coulée de cuivre des cheveux de mon fils, tellement vivant, lui. Je veux sentir la chaleur de ma femme. Je veux boire avec mes amis, discuter avec mon père, rire avec ma mère et regarder le hockey avec mon frère. Je veux me lever pour mon pays. Bref, je veux faire ce que je n’ai pas fait depuis longtemps : vivre. (p. 88)

Ce livre a reçu les prix suivants :

  • Grand Prix littéraire Archambault
  • Prix du Public/Finaliste (2010)

Avez-vous déjà lu un livre abordant la difficulté d’être père?

Bien à vous,

Madame lit

Biz, Dérives, Montréal : Leméac, 2010, 93 p.

ISBN : 978-2-7609-3316-3

Guy, C. (2010, 22 février). Biz : les dérives d’un père indigne. La Presse. Récupéré de http://www.lapresse.ca/arts/livres/201002/22/01-953951-biz-les-derives-dun-pere-indigne.php