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Affiche_journée nationale de commémoration et d'action -6 décembre

Chère lectrice, Cher lecteur,

Pour les Canadiennes et les Canadiens, le 6 décembre apparaît toujours comme étant une journée où il importe de se souvenir des 14 étudiantes de l’École polytechnique de Montréal tuées par Marc Lépine qui détestait les femmes. Elles sont mortes parce qu’elles étaient des femmes. Intelligentes certes. Mais parce qu’elles étaient des femmes.  Le 6 décembre est donc la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.  En ce sens, pour se rappeler de :

  • Geneviève Bergeron
  • Hélène Colgan
  • Nathalie Croteau
  • Barbara Daigneault
  • Anne-Marie Edward
  • Maud Haviernick
  • Barbara Klucznik Widajewicz
  • Maryse Laganière
  • Maryse Leclair
  • Anne-Marie Lemay
  • Sonia Pelletier
  • Michèle Richard
  • Annie St-Arneault
  • Annie Turcotte

je vous présente un article de Nicole Brossard, écrivaine québécoise, paru le 20 décembre 1989 dans La Presse.

La tuerie de l’École polytechnique

[Le mercredi 6 décembre 1989, un homme âgé d’une vingtaine d’années s’engouffrait dans les couloirs de l’École polytechnique de Montréal et y abattait 14 étudiantes.

«Vous êtes des filles, vous allez être des ingénieures. Vous êtes une gang de féministes. J’haïs les féministes!» a crié Marc Lépine avant de commencer à tirer sur ses futures victimes. ..]

«Sur le plan politique, l’acte de Marc Lépine était double : terroriste et ciblé. Certes, l’acte terroriste contre les femmes a été condamné par l’ensemble de la presse, ce qui ne requiert pas beaucoup d’analyse et de courage. Mais il n’en est pas de même pour l’acte politique dirigé contre les féministes. Là, on a préféré se replier sur la folie de Lépine, puis un léger glissement a permis du suggérer que, de toute façon, les féministes sont des excessives, qu’elles sont monstrueuses de vouloir politiser le geste dément d’un jeune homme désespéré, puis, peu à peu, on a pensé qu’il serait sain de donner la parole aux hommes pour qu’ils puissent s’exprimer et expliquer comment le féminisme gâche (fâche) leur vécu; puis on organise des pétitions contre la vente des armes, on parle de la violence comme si elle n’avait jamais existé avant les années 80… Tout pour éviter de se solidariser avec les féministes et le mouvement féministe. »

«Certes, on reconnaît qu’il y a une certaine exploitation des femmes, que trop de femmes sont battues et violées, mais simultanément on ne semble pas tolérer que les féministes communiquent leur analyse, leur réflexion et, disons-le, leur colère et combien leur tristesse spécifique. Se solidariser avec les féministes, cela voudrait dire admettre qu’elles n’ont pas exagéré l’ampleur du mépris des hommes à l’égard des femmes, admettre qu’elles n’ont pas inventé les preuves quotidiennes de la  domination des femmes par les hommes, admettre que, derrière la discrimination, la pornographie, le viol, la pauvreté systématique des femmes, il y a des hommes de chair, d’affaires et de religion.

Source : Nicole Brossard, la presse, 20 décembre 1989.

Un texte qui 28 ans plus tard s’avère malheureusement toujours d’actualité…

Si vous n’avez pas vu le film Polytechnique de Denis Villeneuve, premier réalisateur à mettre en images le drame de l’École polytechnique, je vous le recommande. Vous allez découvrir une Karine Vanasse inoubliable…Voici la bande-annonce que j’ai trouvée sur YouTube.

6decafficheC’était ma façon de me commémorer le meurtre de 14 femmes. Je n’oublierai jamais ce 6 décembre 1989.

Bien à vous,

Madame lit