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Ru_kim

Chère lectrice, Cher lecteur,

Entrer dans l’univers de ru, c’est se balader dans les rues du Vietnam et dans celles du Québec. Il y a deux univers et une narratrice attachée à un territoire, puis à un autre. Entre les deux espaces, le personnage principal parle de sa famille composée, entre autres, d’un fils autiste.  Ainsi, c’est l’histoire d’une réfugiée vietnamienne venue trouver avec les siens, lorsqu’elle était encore une enfant, un vent de liberté en sol québécois. Elle fait partie de ceux qu’on appelle les boat people. Elle a quitté un enfer pour se retrouver dans un paradis blanc. Elle revisite ses fantômes à travers de courts chapitres pour les ramener à la vie, pour faire comprendre qui elle est. Pour ce faire, elle se remémore les odeurs de sa terre natale, son internement dans un camp de réfugiés en Malaisie. Elle décrit son arrivée à Grandby (ville québécoise) et le froid de l’hiver… Elle évoque aussi les gens qui l’ont accompagnée ou encore marquée durant son parcours. C’est son exil, c’est son déracinement, c’est la fuite au nom de la survie dont il est question…

Le talent de conteuse de Kim Thŭy s’avère indéniable. Je me suis laissé bercer par sa plume. J’ai adoré cette lecture pour son côté intimiste, féminin où le souvenir détient une place capitale. Les chapitres se suivent et ils font appel au recueillement, au comique, au tragique un peu comme la vie… Cette lecture m’a ouvert une porte sur un univers qui m’était inconnu… Qu’est-ce que je connais moi, la Québécoise, des Vietnamiennes ou des Vietnamiens si ce n’est qu’un restaurant?  Un film sur une guerre? Rien… Je suis née du bon côté, celui qui n’a pas de guerre, celui qui n’a pas de camp de réfugiés, celui qui n’est pas communiste…

Dès l’incipit, le lecteur est transporté :

Je suis venue au monde pendant l’offensive du Têt, aux premiers jours de la nouvelle année du Singe, lorsque les longues chaînes de pétards accrochées devant les maisons explosaient en polyphonie avec le son des mitraillettes.

J’ai vu le jour à Saigon, là où les débris des pétards éclatés en mille miettes coloraient le sol de rouge comme des pétales de cerisier, ou comme le sang des deux millions de soldats déployés, éparpillés dans les villes et les villages d’un Vietnam déchiré en deux.

Je suis née à l’ombre de ces cieux ornés de feux d’artifice, décorés de guirlandes lumineuses, traversés de roquettes et de fusées. Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère. (p. 11)

Les chapitres sont courts et ils se suivent selon une logique qui n’est pas chronologique. L’auteure se livre avec authenticité et vérité. C’est touchant, c’est beau, c’est émouvant…

Mes parents nous rappellent souvent, à mes frères et à moi, qu’ils n’auront pas d’argent à nous laisser en héritage, mais je crois qu’ils nous ont déjà légué la richesse de leur mémoire, qui nous permet de saisir la beauté d’une grappe de glycine, la fragilité d’un mot, la force de l’émerveillement. Plus encore, ils nous ont offert des pieds pour marcher jusqu’à nos rêves, jusqu’à l’infini. (p. 56)

Dans la vidéo suivante, l’écrivaine parle de son processus d’écriture, de son parcours jusqu’à ru, et de l’importance de léguer à ses fils l’histoire des immigrants vietnamiens… C’était dans le cadre du Salon du livre de Paris de 2010.

De surcroit, il importe de mentionner que Kim Thŭy a remporté le prix du Gouverneur général du Canada avec ce premier roman. Je vous le recommande sans hésitation. Une lecture du cœur, une lecture axée sur les sens, une lecture sur la résilience…

Avez-vous lu ce magnifique bouquin?

Bien à vous,

Madame lit

Thŭy, Kim. ru,Montréal, Libre expression, 2009, 144 p.

ISBN 978-2-7648-046306