Madame lit Abigaël de Magda Szabó

Abigael-moi

Lorsqu’ils eurent franchi le seuil, Gina se trouva dans l’autre univers qu’on lui avait désigné comme le sien désormais, et le changement de sa vie fut aussi total que celui d’un enfant qui vient au monde ou d’un mourant qui rend le dernier souffle. (p. 28)

Chère lectrice, Cher lecteur,

Défi_litt_2018_bonPour le défi Madame lit des livres du monde et pour Le mois de l’Europe de l’Est organisé par Eva, Patrice et Goran, j’ai décidé de plonger dans l’univers d’Abigaël de Magda Szabó (1917-2007). Cette écrivaine hongroise a déjà remporté à l’unanimité le prix Femina étranger pour son roman La Porte. Cette dernière est très connue du domaine littéraire puisqu’elle est poète, dramaturge, doctoresse en philologie, traductrice et essayiste. Donc, il me tardait de connaître la plume de cette grande dame de la littérature hongroise qui a été couronnée par de nombreux prix comme le témoigne sa page Wikipédia. D’ailleurs, sur cette dernière, on peut apprendre qu’Hermann Hesse (que j’adore) a dit d’elle à son éditeur : «J’ai pêché un poisson d’or pour vous, ne le laissez pas partir….».

Abigaël publié en français pour la première fois par les Éditions Viviane Hamy en 2017 pour le 100e anniversaire de naissance de Magda Szabó est un roman inédit. Dans ce dernier, l’écrivaine met en scène une adolescente, Georgina Vitay, durant la Deuxième Guerre mondiale et dont le père est un général rebelle (c’est un résistant aux forces de l’ordre). Elle est l’enfant unique de son père adoré et elle a grandi à Budapest comme une mondaine. Sa mère est morte depuis plusieurs années. Gina, pour les intimes, doit aller étudier, du jour au lendemain, sans explication, dans un pensionnat calviniste, Matula, qualifié de forteresse. Elle se retrouve alors loin de son père, qui lui demande de ne dévoiler à personne l’endroit où elle se trouve, de sa tante qu’elle apprécie énormément et de sa gouvernante Marcelle qui a dû retourner dans son pays à cause de la guerre. L’adolescente gâtée a tout à apprendre du mode de vie sévère dans lequel elle se retrouve confinée dans une région lointaine. Saura-t-elle s’adapter aux règles strictes de l’établissement? Pourquoi les jeunes matuliennes se confient-elles à Abigaël, la statue que l’on aperçoit dans le jardin du pensionnat? En tant de guerre, tout peut arriver.

Le drame se joue à la fois à l’intérieur du pensionnat (une adolescente insoumise, contrainte d’obéir à des règlements exaspérants) et à l’extérieur par le biais des résistants hongrois luttant contre la stupidité de la guerre emportant des innocents à tout jamais. Les deux s’entremêlent pour créer le portrait d’une Hongrie bouleversée dans ses valeurs et dans son âme à travers le regard d’une fillette.

Tous les visages se tournèrent vers ces lycéennes au travail : les hommes qui partaient au front regardèrent les filles et les arbres fruitiers. Ce fut une des expériences qui ne prirent de sens que plus tard dans la mémoire de Gina. Tous ces soldats soudain muets, les yeux fixés sur elles-elle comprit plus tard qu’en voyant les Matuliennes, ces garçons qui partaient au-delà de la frontière avaient pensé à leurs enfants ou à leur famille, ils avaient pensé à leur lopin de terre, à leur jardin, au grand ordre de la nature qui fait mûrir les récoltes en automne, et à laquelle les hommes obéissent depuis la nuit des temps; et c’est ce que ces soldats auraient fait eux aussi, si le train ne les avait pas emmenés pour tuer ou être tués. (p. 205)

Abigaël  m’apparaît comme un roman initiatique racontant le sombre parcours d’une adolescente confrontée à celui embrasant son époque; l’apprentissage est difficile, le passage entre le monde de l’adolescence à celui d’adulte l’est tout autant. Entrer dans cet univers, c’est écrasant, c’est rempli de brimades, de solitude, d’incompréhension, un peu à l’image de l’adolescence. Mais, il y a aussi de la solidarité, de la gentillesse, de l’amitié tout au fil des pages de ce récit poignant, touchant. J’ai tout simplement adoré cette lecture. Le narrateur accompagne Gina sans la juger, décrivant les émotions l’habitant et l’entourant d’une bienveillance, un peu comme Abigaël veillant sur elle…

La nouvelle Gina, celle qui venait de voir le jour à la pâtisserie Hadja, ne mesurait pas la vie aux offenses et aux brimades, ni à la quantité de gâteaux non consommés. Elle s’efforçait d’intégrer ce que son père lui avait révélé, et ce n’est pas quelque chose que la conscience pût s’approprier tout de suite. (p. 160).

Je tiens à remercier M. Robert Benoit pour la photo suivante; elle a été prise lors de son voyage en Europe de l’Est. Elle me fait beaucoup penser à ce récit.

Voyage Europe de l'est 2005 123

C’était ma première rencontre avec un univers de l’écrivaine hongroise et je dois dire que ce ne sera pas la dernière. Je ne m’attendais pas à être autant captivée par l’ambiance lugubre du pensionnat, par les petites Matuliennes si attachantes et par la trame narrative qui entraîne le lecteur dans un suspense le tenant en haleine jusqu’à la dernière page. J’ai envie de plus de Magda Szabó!

De votre côté, avez-vous déjà lu un récit de Magda Szabó? Lequel?

Bien à vous,

Madame lit

SZABÓ, Magda, Abigaël, traduit du hongrois par Chantal Philippe, Paris, Viviane Hamy, 2017, 417 p.

ISBN 978-2-87858-980-1

Vous avez envie d’acheter ce livre? Cliquez sur Abigaël. La livraison est gratuite partout dans le monde!

Frais_port

28 commentaires »

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman.
    Et tout l’essentiel du roman il me semble se retrouve dans les derniers mots de la page 205 rapportés Madame.lit : « … et c’est ce que les soldats auraient fait eux aussi, si le train ne les avait pas emmenés pour tuer ou pour être tués. »
    L’univers clos de cette école et tout ce qui se passe durant cette guerre dont ces jeunes filles ne savent rien.
    J’ai aussi apprécié l’évolution de Gina et je me suis laissé prendre par l’intrigue et la recherche du personnage d’Abigaël.
    Un merveilleux roman.

    Aimé par 1 personne

    • De mon côté, j’ai deviné assez rapidement qui se cachait derrière Abigaël mais c’est tellement agréable en tant que lectrice de jouer le jeu! Merci pour ton commentaire sur ce roman hongrois surprenant se déroulant à une époque terrible pour notre humanité. Au plaisir!

      J'aime

  2. Je suis contente que cette découverte te ravisse. Je lirai celui-ci certainement. N’oublie pas La rue Kathaline, c’est mon préféré et j’ai vu qu’il allait sortir en poche.
    J’aime la façon dont l’auteure marie le romanesque et l’Histoire.

    Aimé par 1 personne

  3. Comme Abigael est déjà pris à la BANQ, je vais commencé par La porte.
    Décidément, vous êtes ma source de livres à lire.
    Si vous ne savez pas quoi faire à la fin avril, vous pourriez venir dans la Petite-Nation, voir Colette… et le Festin de livres! 😉

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s