Madame lit Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb

Stupeur_tremblements-Moi

Chère lectrice, Cher lecteur,

Stupeur et tremblements est le huitième roman d’Amélie Nothomb et son troisième autobiographique. Ce dernier a été publié en 1999 et il raconte l’histoire d’Amélie, une Belge travaillant au Japon pour l’entreprise Yumimoto, «l’une des plus grandes compagnies de l’univers», au début des années 90. Cette dernière vit une chute professionnelle au sein de l’entreprise passant d’interprète à comptable pour terminer préposée à l’entretien des toilettes au 44e étage, elle qui rêvait enfant de devenir Dieu. Sa supérieure hiérarchique, la trop belle Fubuki, l’humilie à chaque gaffe qu’elle commet durant cette année et elle ne peut échapper à la spirale de la soumission dans laquelle elle est enfermée. Elle s’évade de cette dernière en regardant par la fenêtre, symbole de l’évasion, de la liberté, de l’ouverture.

La fenêtre était la frontière entre la lumière horrible et l’admirable obscurité, entre les cabinets et l’infini, entre l’hygiène et l’impossible à laver, entre la chasse d’eau et le ciel. Aussi longtemps qu’il existerait des fenêtres, le moindre humain de la terre aurait sa part de liberté. (p. 173-174)

C’est le choc des cultures et des valeurs qui est présenté entre l’Occident et l’Orient au fil des pages. Si je n’ai pas été totalement charmée par cette histoire, j’ai bien apprécié l’ironie se dégageant de la dualité entre Amélie-san et Fubuki, entre les hommes et les femmes, entre les postes de cadres et ceux des autres paliers. Amélie sait accepter les humiliations et pose un regard philosophique, critique et humoristique sur le mode de fonctionnement oriental relié à l’importance suprême de la hiérarchie dans les entreprises. Ainsi, pour survivre aux derniers mois à nettoyer les toilettes, car elle ne peut démissionner puisqu’elle perdrait la face selon les Nippons, elle n’a pas d’autre choix que de se moquer de son existence. Une relation amour-haine s’établit entre Fubuki et elle jusqu’au point où elle en vient à souhaiter la mort de celle qu’elle ne cesse d’observer pour sa beauté. Symbole du Japon, Fubuki est admirée, sublimée et érotisée dans les moindres détails.

Roman récompensé par l’Académie française en 1999, porté à l’écran par Alain Corneau, ce dernier vous permettra sans aucun doute de passer une très belle soirée ou deux, en compagnie d’Amélie-san et de ses mésaventures tournées en dérision. Roman autobiographique, je lève mon chapeau à la détermination de l’écrivaine belge qui a subi du harcèlement. En se moquant de la rigidité des entreprises japonaises par rapport à leur structure hiérarchique, elle dévoile aussi toute leur complexité.

Cette histoire m’est réellement arrivée et je suis allée au Japon avec l’idée de devenir japonaise et non pas pour aller faire la révolution. Et le fait de vouloir devenir réellement japonaise, supposait une réelle résignation mais aussi une détermination car je me suis accrochée autant que possible et je n’ai quitté cette entreprise japonaise que quand j’ai compris, à la lumière de mon dernier poste, que vraiment il n’y avait plus d’espoir.

Amélie Nothomb possède un véritable talent de conteuse et vous allez certainement sourire en lisant Stupeur et tremblements et vous serez amené à comprendre ce titre à la Jane Austen tributaire de «l’ancien protocole impérial nippon». De plus, le lecteur apprend qu’au pays du Soleil-Levant, le travail, c’est l’existence. Amélie Nothomb a mentionné à Josiane Grinfas :

Il me faut un délai très long entre l’expérience et l’écriture. C’est un travail de digestion très lent. L’expérience Yumimoto date de 1990, Stupeur et Tremblements de 1998 : il s’agit du récit d’une humiliation, il m’a sans doute fallu ce temps pour reconstruire une image de moi. J’ai été la première étonnée de rédiger ce texte, de le publier. C’était tellement inconscient, irréfléchi, instinctif… Mais j’étais comme enceinte de ce livre.

Pour piquer votre curiosité, voici la bande-annonce du film d’Alain Corneau :

Ce livre est mon quatrième roman belge lu dans le cadre de mon Défi littéraire. Le mois d’avril se veut sous le signe de la littérature belge.

Défi_litt_2018_bon

Avez-vous lu Stupeur et tremblements? Qu’avez-vous pensé de ce dernier?

Bien à vous,

Madame lit

Calou, l’ivre de lecture (s.d.). Amélie Nothomb entrevue de Top ouest-Propos recueillis par Étienne Turpin. Récupéré de http://calounet.pagesperso-orange.fr/interview/nothomb.html

Cinemaetcie (2012). Stupeur et tremblement. [Vidéo en ligne]. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=RDQmyNFK8sc

Classiques&Contemporains (s.d.). Amélie Nothomb et Sylvie Testud parlent de Stupeur et Tremblements. Récupéré de http://classiquesetcontemporains.com/interviews/amelie-nothomb-et-sylvie-testud-parlent-de-stupeur-et-tremblements

Nothomb, Amélie, Stupeur et tremblements, Paris, Albin Michel, 1999, 174 p.

ISBN 978-2-226-10950-7

20 commentaires »

  1. J’ai lu ce roman et je n’ai pas été emballé.
    Mais quand on fait le lien entre l’écrivaine et le Japon et qu’on lit les propos d’Amélie Nothomb que vous citez à la fin de votre papier on a l’impression qu’en relisant le roman on pourrait changer notre point de vue et qu’on comprendrait mieux ce qu’a vécu l’écrivaine.

    C’est vraiment une raison pour lire ou relire ce roman!

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis une fan absolue d’Amélie Nothomb. J’ai tout lu. Je n’ai pas tout aimé mais ses romans sur le Japon sont, pour moi, les meilleurs. J’ai adoré « Stupeur et tremblements ». Et pour une fois, je trouve que le film est bon aussi.

    Aimé par 1 personne

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