Madame lit Routes secondaires d’Andrée A. Michaud

Routes_seconadaires

Chère lectrice, Cher lecteur,

Andrée A. Michaud exploite avec Routes secondaires le thème de l’écrivain et de son double. Le lecteur est plongé dans une histoire où deux personnages, Heather Thorne et Andrée A. Michaud, ne font qu’un. L’écrivaine est habitée par son personnage au point qu’elle se fond dans Heather, une jeune femme amnésique, morte mystérieusement depuis très longtemps. En raison des nombreux signifiants tributaires de la vie d’Andrée A. Michaud, l’effet de réel est très fort. Le lecteur s’avère entraîné dans une quête marquée par la dualité pour découvrir ce qui va arriver à l’une comme à l’autre. Pour ce faire, l’écrivaine mélange la réalité à la fiction pour brouiller le lecteur sur les routes secondaires de son coin de pays, l’Estrie. En ce sens, le lecteur est dans l’illusion de vie, dans cette expérience affective de l’autre.  L’écrivaine a mentionné dans une entrevue accordée à Fabien Deglise du Devoir :

Ce livre montre que l’auteur est toujours présent dans son histoire, qu’il est toujours omniprésent, que créer, c’est une question de réciprocité, d’influence et d’une fusion qui se crée à un moment donné entre lui et son personnage.

Par cette explication de l’écrivaine, l’incipit du roman prend tout son sens. C’est en marchant dans les bois qu’elle connaît bien, en automne, que l’écrivaine a eu son idée de roman :

Je dois m’appeler Heather. Elle doit s’appeler Heather. Ces phrases que je me répète depuis des mois sans parvenir à en fixer le sens ont peu à peu perdu leur limpidité première pour devenir une obsession.

Je dois m’appeler Heather. Elle doit s’appeler Heather. […]

Tous les sens en alerte, j’imaginais un roman dans lequel je pourrais rendre la force obscure de ce sous-bois, quand je m’étais arrêtée au milieu de la route, ébahie, pour murmurer je dois m’appeler Heather, elle doit s’appeler Heather. […]

Je venais d’esquisser le début du roman que je cherchais dans le sous-bois.

Par le biais de ce récit, l’écrivaine démontre les étapes de la création d’un roman et de la construction identitaire d’un personnage tout en se mettant en scène. En ouvrant le bouquin, le lecteur lit cette phrase : «Tous les personnages de ce roman ont vécu entre le 1er mars 2014 et le 19 janvier 2017.» Ainsi, le lecteur est amené dans un univers intimiste qui lui semble vrai. Il y découvre peu à peu l’histoire de cette jeune femme morte depuis très longtemps, Heather, et il en vient à comprendre ses dernières heures. C’est fascinant, c’est déroutant, c’est dérangeant.

Ce livre m’a fait un peu penser à celui de Delphine de Vigan D’après une histoire vraie où il est aussi question de l’écrivaine et de son double à travers le processus de création. Pour lire ma chronique sur ce bouquin, cliquez sur D’après une histoire vraie.

Je n’avais jamais lu de roman d’Andrée A. Michaud. Pourtant, cette dernière a remporté le prix du Gouverneur général du Canada avec Bondrée et elle est finaliste pour gagner le prestigieux prix Giller. Dans Routes secondaires, les descriptions de la forêt sont absolument magnifiques. J’aurais envie de me promener dans les bois avec le livre entre les mains pour réciter des extraits. Ainsi, je pourrais m’imbiber du sens de l’observation de l’écrivaine. Les mots sont bien choisis et on ne peut qu’admirer la plume de l’auteure.

Si vous avez envie de découvrir comment une écrivaine est impliquée dans son processus d’écriture, je vous recommande de lire cette histoire et de vous perdre sur les routes secondaires en suivant le fantôme d’Heather ou d’Andrée A. Michaud.

J’aime beaucoup la phrase suivante :

RIEN DE LA RÉALITÉ NE ME SEMBLE PLUS VRAI. Le cœur de juillet est froid et l’été est un mensonge, je l’ai déjà écrit, auquel je me prends parfois à croire lorsque le soleil luit et que je fais couler la sueur sur le front de P. Mais l’automne sera vrai, qui empiète déjà sur la blancheur des marguerites. (p. 146)

J’ai lu ce roman en attendant de recevoir Don Quichotte de la Manche. Pour connaître l’édition que je me suis procurée, cliquez sur Lecture du moment!

Aimez-vous ces récits où les auteurs se mettent en scène?

Bien à vous,

Madame lit

Deglise, F. (2017, 18 novembre). La première phrase de «Routes secondaires». Le Devoir. Récupéré de https://www.ledevoir.com/lire/513268/la-premiere-phrase-de-routes-secondaires-d-andree-a-michaud

Michaud, Andrée A., Routes secondaires, Montréal, Québec Amérique, 2017, 241 p.

ISBN 978-2-7644-3227-3

 

15 commentaires »

  1. J’aime bien quand un auteur se met en scène mais de cette manière cela me semblait un peu ardu.
    Par ailleurs tu fais le lien entre la création d’un roman et la construction identitaire et cela m’intéresse vraiment.
    Un livre de plus à lire…

    Aimé par 1 personne

    • Je suis bien contente de l’apprendre. L’écrivaine propose un univers où la création est à l’honneur. C’est totalement déroutant mais en même temps très original et superbement écrit. Au plaisir!

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  2. J’ai fini par le finir. Je pense que c’est le genre de livre qu’on doit étudier au cégep et même à l’université. Ou en tout cas, être accompagné.e, ne serait-ce que pour essayer de comprendre ce qu’il y a à comprendre. Non pas comparer nos impressions, mais vraiment essayer de comprendre l’histoire.
    Pour l’instant, comme toi, j’ai surtout aimé les descriptions, même si elles se répètent dans toutes les nuances.
    Et aussi la technique — déroutante en effet — de ces rappels.
    Fiinalement, je pense que j’ai rien compris: qui est qui? et quand?

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    • Il y a beaucoup d’éléments de fantastique aussi dans ce récit (miroir, double, etc). Un livre qui peut être interprété sous différents angles. Un livre qui serait intéressant d’étudier dans une perspective psychanalytique! Merci!

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    • C’est assez difficile comme lecture. Je dirais que l’auteure vit une sorte de transe créative… C’est intriguant et original… Elle s’amuse avec son lecteur, le fait basculer dans des sphères où l’identité de l’écrivaine et celle de son personnage se croisent, deviennent un tout.

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  3. Merci pour la découverte !
    Récemment j’ai lu « La Serpe » de Jaenada, dans lequel l’auteur se mettait en scène avec humour dans sa démarche d’écrivain enquêtant pour les besoins du livre, et dans « Polococktail Party », Dorota Maslowska se met aussi en scène parmi les personnages féminins que croise le héros. Mais dans les deux cas, cette mise en scène semble beaucoup moins introspective et autoanalytique que dans ce roman.

    Aimé par 1 personne

    • C’est vraiment un livre où l’on sent que l’écrivaine s’est laissée aller totalement dans son processus créatif. Je peux te comprendre d’avoir un peu peur,.. Il faut écouter son cœur! Il y a un livre pour chaque moment! Merci!

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