Madame lit des suggestions livresques martiniquaises

Pour le défi littéraire Madame lit des livres du monde, en décembre, il faut lire un livre (poésie, théâtre, essai, roman) d’un auteur martiniquais. J’ai décidé de partager avec vous quelques titres tributaires de ce coin du globe pour vous donner envie de plonger dans un univers ou encore pour vous aider dans votre préparation.

Sans plus tarder, voici des suggestions. J’ai cité l’extrait du site des Libraires pour quelques livres (résumé ou premières lignes). En cliquant sur le lien du livre, vous serez redirigé sur le site. Vous pouvez, si vous le désirez, commander le livre. J’ai présenté aussi des résumés tirés du site de l’éditeur.

Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire

Je crois qu’il faut absolument lire une fois de chef d’œuvre de la littérature.  Je n’oublierai jamais les premières lignes de ce livre… «Au bout du petit matin»…

«Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique..».

Texaco de Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992

  « Une vieille femme câpresse, très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immobiles. Je n’avais jamais perçu autant d’autorité profonde irradier de quelqu’un… Elle mélangeait le créole et le français, le mot vulgaire, le mot précieux, le mot oublié, le mot nouveau…’ Et c’est ainsi que Marie-Sophie Laborieux raconte à l’auteur plus de cent cinquante ans d’histoire, d’épopée de la Martinique, depuis les sombres plantations esclavagistes jusqu’au drame contemporain de la conquête des villes. D’abord, les amours d’Esternome, le ‘nègre-chien’ affranchi, avec la volage Ninon qui périt grillée dans l’explosion de la Montagne Pelée, puis avec Idoménée l’aveugle aux larmes de lumière, qui sera la mère de Marie-Sophie. Dans les temps modernes, Marie-So erre d’un maître à l’autre, au gré de mille et un’djobs’ qui l’initient à l’implacable univers urbain. Ses amours sont sans lendemain. Devenue l’âme du quartier Texaco, elle mène la révolte contre les mulâtres de la ville, contre les békés qui veulent s’approprier les terres, contre les programmes de développement qui font le temps-béton. Patrick Chamoiseau a sans doute écrit, avec Texaco, le grand livre de l’espérance et de l’amertume du peuple antillais, depuis l’horreur des chaînes jusqu’au mensonge de la politique de développement moderne. Il brosse les scènes de la vie quotidienne, les moments historiques, les fables créoles, les poèmes incantatoires, les rêves, les récits satiriques. Monde en ébullition où la souffrance et la joie semblent naître au même instant. »

Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon

« La décolonisation faite, cet essai de compréhension du rapport Noir-Blanc a gardé toute sa valeur prophétique : car le racisme, malgré les horreurs dont il a affligé le monde, reste un problème d’avenir. Il est ici abordé et combattu de front, avec toutes les ressources des sciences de l’homme et avec la passion de celui qui allait devenir un maître à penser pour beaucoup d’intellectuels du tiers monde. »

La rue Cases-Nègres de Joseph Zobel

«Grand classique de la littérature antillaise, dans lequel Joseph ZOBEL, à travers le récit de sa propre enfance, nous décrit la Martinique des années 30, empeignant avec la mémoire du cœur et des blessures, la vaillance, la dureté et la tendresse des descendants d’esclaves acharnés à bâtir pour leurs enfants un pays plus libre et plus généreux.»

Papa est-ce que je peux venir mourir à la maison? de Tony Delsham

« Lorsque tu es dépendante de la drogue, dit-elle, tu n’es plus rien, ton cerveau n’est plus que le locataire d’une tête vide. Mais, hélas, il n’est pas mort, loin de là.

Ainsi, tu as conscience de ta chute, tu as conscience du dégoût provoqué autour de toi, tu lis la douleur inscrite dans les yeux de ton père et dans les yeux de ta mère. Mais tu n’y peux rien. Si tu savais jusqu’où je suis allée dans la déchéance pour avoir ma dose !

Un jour, j’ai subi le délire sexuel de six types, sales, puants la vase, plus laids que laid. Tia ! Je me disais qu’ils avaient peut-être le sida, pourtant j’acceptais.

J’étais prête à accepter plus encore pour une boule de crack, une malheureuse boule de crack, voilà ce qu’elle est devenue ta fille, papa ». Terrible confession de Juliana, belle jeune fille à qui tout semblait sourire. La drogue aux Antilles est un fléau, personne n’est à l’abri.»

Batouala de René Maran, prix Goncourt 1921

«Premier roman nègre écrit par un nègre, en qui Léopold Sédar Senghor voyait un «précurseur de la négritude », récit d’une violence et d’une modernité extraordinaires, voici la complainte de Batouala, grand chef de tribu, vaillant chasseur et excellent marcheur.

Nous sommes en 1921. À cette époque, personne n’ose douter du bien-fondé du colonialisme, porteur de civilisation et de paix. Une voix pourtant s’élève. Celle de René Maran, auteur antillais (1887-1960), alors fonctionnaire au ministère des Colonies, qui dénonce, dans ce roman précédé d’une terrible préface, les abus de l’administration en Afrique-Équatoriale française et les méfaits de l’impérialisme. Ses propos déclenchent un véritable scandale qui culminera avec le prix Goncourt qui lui sera tout de même décerné la même année. René Maran n’ose-t-il pas écrire ?»

« Si l’on pouvait savoir de quelle bassesse est faite la vie coloniale, on n’en parlerait plus. Elle avilit peu à peu. Rares sont, même parmi les fonctionnaires, les coloniaux qui cultivent leur esprit. Ils n’ont pas la force de résister à l’ambiance, à l’alcool… Ces excès et d’autres, ignobles, conduisent ceux qui y excellent à la veulerie la plus abjecte. Cette veulerie ne peut qu’inquiéter de la part de ceux qui ont charge de représenter la France. » ?

Le Nègre et l’Amiral de Raphaël Confiant

«Entre 1939 et 1945, la Martinique fut coupée de la métropole et du monde extérieur. L’amiral Robert, envoyé plénipotentiaire du maréchal Pétain, y fit régner une manière de tyrannie vichyste. C’est dans cette atmosphère coloniale tragi-comique que Raphaël Confiant a choisi de tisser les destins de ces personnages hauts en couleur que sont Rigobert et Philomène, nègres du bidonville du Morne Pichevin, d’Alcide, l’instituteur sorti du rang, d’Amédée Mauville, l’intellectuel mulâtre en rupture de classe, du travailleur agricole indien Vidrassamy et du patriarche blanc créole Henri Salin du Bercy. L’auteur, ce faisant, brosse une impressionnante fresque de l’époque.»

L’autre qui danse de Suzanne Dracius

«Dans la quête d’une identité à éclipses, Rehvana dévale les versants de sa route sans rien amasser, heurtant son destinaux confins des deux Mondes, l’Ancien et le Nouveau. Entre la fascination pour son île natale et la quiète adéquation aux valeurs de l’Europe, Suzanne Dracius étend d’une rive à l’autre son regard d’écrivain sans prendre le chemin des choix impératifs. Le récit qu’elle déroule, en conteuse de l’ici et de l’ailleurs, lie les truculences de la Martinique aux recherches contemporaines d’une France multi-ethnique, pays de toutes les solitudes. C’est le roman d’une Martinique qui éclaire les squats et les banlieues de Paris et lave de ses chaleurs ou de ses pluies les fièvres des enfants prodigues qui ont cru trouver ailleurs les racines que, généreusement, elle leur offrait.»

Traité de Tout-Monde d’Édouard Glissant

«J’appelle Chaos-monde le choc actuel de tant de cultures qui s’embrasent, se repoussent, disparaissent, subsistent pourtant, s’endorment ou se transforment, lentement ou à vitesse foudroyante : ces éclats, ces éclatements dont nous n’avons pas commencé de saisir le principe ni l’économie et dont nous ne pouvons pas prévoir l’emportement. Le Tout-Monde, qui est totalisant, n’est pas (pour nous) total.

Et j’appelle Poétique de la Relation ce possible de l’imaginaire qui nous porte à concevoir la globalité insaisissable d’un tel chaos-monde, en même temps qu’il nous permet d’en relever quelque détail, et en particulier de chanter notre lieu, insondable et irréversible. L’imaginaire n’est pas le songe, ni l’évidé de l’illusion.»

Édouard Glissant.

Fleurs en terrain volcanique de Julienne Salvat

«Alors s’accomplissait leur métamorphose face à l’Océan, dans ces rituels qui puisaient aussi bien dans les poteries, les calebasses et paniers de la Caraïbe dans les soubiques de Madagascar, dans les tentes et bretelles de Bourbon, créant la saveur nourricière de nos ailleurs mêlés. La lumière lunaire. Son huile diluvienne pleuvait sur leurs visages ainsi régénérés. Transfigurées, elles devenaient pour nous choéphores de l’avenir, porteuses de visions vivifiantes. Leurs robes blanches et fauves bougeaient en vagues drapées, leurs bracelets et leurs anneaux luisaient, tantôt armes de guerres, tantôt armes de paix.»

J’espère que cette liste vous aidera à faire un choix pour le défi littéraire ! J’ai hâte de connaître le bouquin qui bercera certaines de vos soirées de décembre. De mon côté, je vais plonger dans Texaco de Patrick Chamoiseau pour terminer le défi littéraire sous le chaud soleil de la Martinique.

Bien à vous!

Madame lit

Source : Les Libraires. http://www.leslibraires.ca

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander les livresmentionnées par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

Catégories: Défi littéraire 2018

12 commentaires »

  1. hello 🙂
    j’ai habité 6 mois en Martinique 🙂
    j’avais adoré lire les livre de Marie-Reine de Jaham (en particulier la grande béké)

    Sinon de cette liste j’aime beaucoup Raphaël Confiant

    Je n’ai pas lu les autres titres (j’avais essayé Texaco et abandonné rapidement ; avec un petit en bas-âge, je n’arrivais pas à me concentrer sur ce livre…)
    Je vais voir si je le trouve à la bibli pour retenter…

    Bises

    Aimé par 1 personne

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