Madame lit Suite française d’Irène Némirovski

Chère lectrice, Cher lecteur,

Pour le défi 2019 de Madame lit, en mars, le roman historique est à l’honneur. Aussi, Eva, Patrice et Goran organisent Le mois de l’Europe de l’Est. Alors, j’ai demandé une suggestion à Goran et il m’a gentiment recommandé de lire du Irène Némirovski (1903-1942). J’ai tout de suite répondu positivement. Je me suis donc empressée d’aller chercher Suite française.  

En lisant la préface de Myriam Anissimov, j’ai pris connaissance du destin tragique d’Irène Némirovski et de l’histoire entourant Suite française. Cette écrivaine d’origine ukrainienne faisait partie de la bourgeoisie juive en France. Elle a été arrêtée en 1942 et elle a été déportée à Auschwitz où elle morte. Grâce à ses filles Élisabeth et Denise qui ont réussi à survivre en étant cachées dans des endroits, le lecteur peut plonger dans ce magnifique livre. Le manuscrit d’Irène était dissimulé dans la valise de Denise. Mais encore, en annexe, on retrouve les notes rédigées par l’écrivaine avec des dates. Elle aborde, entre autres, le climat politique, les personnages de ses romans ou encore la faune et la flore. Ainsi, le lecteur prend conscience du travail associé à son processus créatif. De plus, on a accès à une correspondance de 1936 à 1945. Ce livre m’apparaît comme un trésor, une force de la nature, un hymne à la vie dans une époque morbide.

Le roman est composé de deux parties indépendantes.

  • Tempête de juin

Dans cette dernière, le lecteur suit le parcours de quelques personnages lorsqu’ils quittent Paris pour échapper aux Allemands et pour éviter d’être témoin de la destruction probable de leurs biens. II y a les Péricand, le couple formé par Corte et sa maîtresse, les Michaud et Charles Langelet. Ces personnages sillonnent les routes françaises et ils sont bien malgré eux témoin de drames. Ils en viennent à perdre leur intégrité dans cette confusion engendrée par l’occupation allemande. Les Michaud apparaissent comme les seuls ayant conservé un minimum de dignité humaine.

  • Dolce

Dolce présente l’histoire de Lucile Angellier dont le mari est prisonnier des Allemands. Ce dernier lui a été infidèle et il est plus ou moins présent. Lucille vit à Bussy en compagnie de sa belle-mère. La ville est occupée par l’envahisseur allemand qui réquisitionne tout et qui fait la loi. Bruno von Falk, un commandant allemand, loge chez les Angellier. Peu à peu, Lucille se sent attirée par ce dernier tout comme lui par elle.   

Parallèlement à leur histoire, il y a celle de Benoit, un jeune fermier de retour chez lui et qui épouse Madeleine, sa fiancée. Il est jaloux car Madeleine a pris soins de Jean-Marie pendant quelques mois. Bonnet, un Allemand, s’installe chez le couple. Benoit ressent une forte jalousie car il croit que l’Allemand tente de séduire son épouse. Il en vient à l’assassiner et à tuer également le chien accompagnant le régiment. Madeleine demande alors à Lucile de cacher Benoit chez elle pour ne pas qu’il soit emprisonné par les Allemands.   

Le récit se déroule peu avant l’entrée en guerre de l’Union soviétique contre l’Allemagne.

J’ai énormément apprécié lire Suite française. Je me suis sentie privilégiée de tenir entre mes mains ce témoignage à propos d’une sombre période de notre humanité. Irène Némirovski possédait un sens de l’observation incroyable et une façon extraordinaire de construire ses personnages. Dans Tempête de juin, elle a su démontrer à quel point l’homme et la femme peuvent être ridicules. Par exemple, au moment où Mme Péricand réalise qu’elle a oublié son beau-père, un pauvre vieillard en chaise roulante, le narrateur mentionne :

Elle regarda encore une fois tout ce qu’elle emportait, «tout ce qu’elle avait sauvé ! » : ses enfants, sa mallette. Elle toucha les bijoux et l’argent cousus sur sa poitrine. Oui, elle avait agi en ces moments terribles avec fermeté, courage et sang-froid. Elle n’avait pas perdu la tête ! Elle n’avait pas perdu… Elle n’avait pas… Elle poussa brusquement un cri étranglé. (p. 139)

Ainsi, elle a pensé à son argent et à ses bijoux, mais elle a oublié un membre de sa famille…

Mais encore, dans Dolce, les sens du lecteur sont vivement sollicités grâce à la sublime plume d’Irène Némirovski. Le lecteur en est presque amené à croire qu’il faut avoir vécu la guerre pour écrire de telles phrases. Pour illustrer cette affirmation, il est mentionné :

Les bottes…Ce bruit des bottes… Cela passera. L’occupation finira. Ce sera la paix, la paix bénie. La guerre et le désastre de 1940 ne seront plus qu’un souvenir, une page d’histoire, des noms de batailles et de traités que les écoliers ânonneront dans les lycées, mais moi, aussi longtemps que je vivrai, je me rappellerai ce bruit sourd et régulier martelant le plancher (p. 250).

Je ne peux que vous encourager à lire Suite française. Je suis convaincue que vous serez aussi touché que moi par les mots, les personnages, les descriptions s’y retrouvant.

C’était ma deuxième lecture pour mars, mois consacré au roman historique. Grâce à cette dernière, j’ai pu participer aussi au Mois de l’Europe de l’Est organisé par Eva, Patrice et Goran.

Avez-vous déjà lu du Irène Némirovski?

Bien à vous,

Madame lit

NÉMIROVSKI, Irène. Suite française, Paris, Denoël, 2004, 434 p.

ISBN 2-20725645-6   

Leslibraires.ca


Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Suite française par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.  

Catégories: Défi littéraire 2019

28 commentaires »

  1. Je ne sais comment te remercier de m’avoir incité à lire ce roman. Ce fut une véritable découverte, une découverte merveilleuse. Deux parties passablement différentes mais on y retrouve ce climat de peur, de terreur.
    J’ai tellement aimé que j’en suis aux dernières pages du roman Le vin de solitude de cette écrivaine.
    Merci encore

    Aimé par 2 personnes

    • Je suis bien contente de lire ces mots. Je te remercie d’avoir accepté de lire ce roman en même temps que moi. Et oui! Quelle plume! Je vais certainement aussi poursuivre ma découverte de l’univers de cette merveilleuse écrivaine. Un diamant littéraire brut!

      Aimé par 1 personne

  2. Une plume incroyable… Je conseille également son roman Chaleur du sang que j’ai beaucoup aimé. On en a déjà parlé mais je le redis ici pour tes lecteurs 🙂
    Merci pour le partage et ton billet très intéressant..

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai énormément aimé ce livre, quand je l’ai lu à l’occasion de la présentation à Budapest de la biographie d’Irène Némirovsky par Susan Suleiman (cette bio existe en français: Albin Michel, 2017). L’histoire, la plume, le fait de savoir que tout cela est quasiment croqué sur le vif, et puis cet échange poignant de lettres avec son éditeur… C’est le seul que j’ai lu d’elle, donc je note la recommandation d’Eva pour Chaleur du sang.

    Aimé par 2 personnes

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