Madame lit des extraits sur les filles du roi

Chère lectrice, Cher lecteur,

Permettez-moi de partager avec vous deux extraits abordant les filles du roi en Nouvelle-France. Au Québec, l’imaginaire collectif est fortement imprégné par la manière dont la colonisation s’est faite et par la naissance de notre peuple. À cet égard, l’arrivée des filles du roi a fait couler beaucoup d’encre. Le premier extrait choisi est tiré de l’Histoire populaire du Québec ; Des origines à 1791 de Jacques Lacoursière. Lacoursière rapporte un passage du récit de voyages de Louis-Armand de Lom d’Arce, troisième baron de Lahontan, publié en 1703. Ce dernier a habité dix-ans (1683-1693) en Nouvelle-France.  Voici ce que le baron avait à dire à propos des filles du roi.

Après la réforme de ces troupes [Carignan], on y envoya de France plusieurs vaisseaux chargés de filles de moyenne vertu, sous la direction de quelques vieilles béguines qui les divisèrent en trois classes. Ces vestales étaient pour ainsi dire entassées les unes sur les autres en trois différentes salles, où les époux choisissaient leurs épouses de la manière que le boucher va choisir les moutons au milieu d’un troupeau. Il y avait de quoi contenter les fantasques dans la diversité des filles de ces trois sérails, car on en voyait de grandes, de petites, de blondes, de brunes, de grasses et de maigres ; enfin chacun y trouvait chaussure à son pied. Il n’en resta pas une au bout de quinze jours. On m’a dit que les plus grasses furent plus tôt enlevées que les autres, parce qu’on s’imaginait qu’étant moins actives elles auraient plus de peine à quitter leur ménage et qu’elles résisteraient mieux au grand froid de l’hiver, mais ce principe a trompé bien des gens. Quoiqu’il en soit, on peut ici faire une remarque assez curieuse. C’est qu’en quelque partie du monde où l’on transporte les plus vicieuses Européennes, la populace d’outre-mer croit à la bonne foi que leurs péchés sont tellement effacés par le baptême ridicule dont je vous ai parlé [baptême du Bonhomme Terre-Neuve] qu’ensuite elles sont sensées filles de vertu, d’honneur et de conduite irréprochable. Ceux qui voulaient se marier s’adressaient à ces directrices auxquelles ils étaient obligés de déclarer leurs biens et leurs facultés, avant que de prendre dans une de ces classes celles qu’ils trouvaient le plus à leur gré. Le mariage se concluait sur-le-champ par la voie du prêtre et du notaire, et le lendemain le gouverneur général faisait distribuer aux mariés un bœuf, une vache, un cochon, une truie, un coq, une poule, deux barils de chair salée, onze écus avec certaines armes que les Grecs appellent Keras. (L’Histoire populaire du Québec ; Des origines à 1791, p. 117-118).

Dans Le premier jardin, Anne Hébert rend hommage d’une certaine façon, dans quelques pages, aux filles du roi. Ainsi, elle écrit :

Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve d’où elles sont sorties au dix-septième siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous.

                Michel, Jaquette

                Mignolet, Gillette

                Moullard, Éléonore

                Palin, Claude-Philiberte

                Le Merle d’Aupré, Marguerite

Ce n’est rien pour Flora Fontanges et pour Raphaël de réciter un chapelet de noms de filles, de leur rendre hommage, de les saluer au passage, de les ramener sur le rivage, dans leurs cendres légères, de les faire s’incarner à nouveau, le temps d’une salutation amicale. Toutes sans exception, les grasses et les maigres, les belles et les moins belles, les courageuses et les autres, celles qui sont rentrées en France, trop effrayées pour vivre ici, parmi les sauvages, la forêt et le terrible hiver, celles qui ont eu dix ou quinze enfants, celles qui les ont tous perdus à mesure, celle qui a réussi à en sauvé un seul sur douze mort-nés, c’était une petite fille qu’on a appelée Espérance pour conjurer le sort, mais elle est décédée à l’âge de trois mois ; celle qui a été rasée et battue de verges aux carrefours ordinaires de la ville pour crime d’adultère, et la petite Renée Chauvreux, enterrée dans le cimetière, le cinq janvier 1670, venue de France par les derniers vaisseaux et trouvée morte dans les neiges, le quatre janvier de ladite année. (p. 103-104)

C’était ma façon, en ce mois consacré à l’Histoire, de soulever l’arrivée des filles du roi en Nouvelle-France et de leur rendre hommage à travers le récit de voyages d’un baron et par le biais de la merveilleuse plume d’Anne Hébert.

Bien à vous,

Madame lit

HÉBERT, Anne. Le premier jardin, Montréal, Boréal, 2012, 188 p.

LACOURSIÈRE, Jacques. Histoire populaire du Québec ; Des origines à 1791, Montréal, Éditions du Club Québec-Loisirs INC, 1996, 480 p.

Leslibraires.ca

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