Madame lit un extrait d’une lettre de Mitterand

Lettres à Anne

Chère lectrice, Cher lecteur,

En ce mois dédié aux lettres pour le Défi 2019 de Madame lit, permettez-moi de partager avec vous un extrait d’une sublime missive de celui qui a été deux fois président de la République. Les Lettres à Anne témoignent de l’amour incommensurable que vouait François Mitterand à Anne Pingeot de 27 ans sa cadette. Dans ces dernières, le lecteur découvre un homme amoureux, passionné, possédant une plume magnifique. François Mitterand a rédigé pendant 33 ans des lettres enflammées à Anne Pingeot. Par le biais de ces dernières, il a mis en lumière un amour camouflé.

Dimanche 15 novembre 1964

(…)

Je bénis ce visage que j’aime, que je voyais ce matin à l’église, tout tendu vers ta recherche intérieure, que mes doigts caressaient ce soir, posé sur mes genoux, et qui poursuivait la même méditation. Je bénis, ma bien-aimée, ton visage où j’essaie de lire ce que sera ma vie. Je t’ai rencontrée et j’ai tout de suite deviné que j’allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n’y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour.

Un jour sans toi, évidemment ce n’est rien de très grave me dit ma raison. Et ce n’est pas grave en effet. J’étouffe pourtant comme cela m’arrive parfois. Contradictions. Tu m’es nécessaire, sinon je perds le goût des choses les plus élémentaires. Aimer ramène au rêve du surnaturel. Je t’aime. Je respire mal hors du monde qu’avec toi tu m’as apporté. Loin de toi je suis comme chassé de ma patrie nouvelle ou plutôt de ma plus ancienne patrie.

Un jour, dix jours, dix ans, l’absence n’a pas d’instrument de mesure. Elle ressemble toujours à la mort. Comme la mort elle invite à sortir de soi-même. L’absence peut tuer.

Ce n’est pas une lettre que j’écris. Je me parle et te parle à mots entrecoupés. De longs instants s’écoulent sans tracer une ligne. Je pense à toi si fortement, Anne, mon amour, que l’exprimer c’est dire moins. Je voudrais quand même que tu comprennes que plus j’avance en toi plus loin m’apparaît la possession. On ne possède pas une âme. Possède-t-on le ciel quand on touche l’horizon? on ne touche pas non plus l’horizon : il est toujours à l’autre bout. L’union entre l’horizon et moi c’est que je vais à lui, l’insaisissable mais fraternel ami de l’espérance. De la même manière t’aimer c’est chercher sans relâche, c’est donner jusqu’à l’épuisement de ses forces. Le feu brûle ses propres raisons d’exister. En mourant il s’accomplit. Vivre et aimer sans s’accomplir totalement n’a pas de sens. L’homme qui aime peut mourir : trop tôt ou trop tard? Cela n’a pas de sens non plus. L’homme qui aime échappe au temps. (p. 327-328)

J’adore… et vous?

J’ai découvert aussi cette vidéo sur YouTube expliquant le contexte des lettres.

Bien à vous,

Madame lit

MITTERAND, Francois. Lettres à Anne ; 1962-1995, Paris, Gallimard, 2016, 1276 p.

ISBN 978-2-07-019724-8

Leslibraires.ca

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