Madame lit sur Elena Ferrante

Chère lectrice, Cher lecteur,

Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous un article de M. Robert Benoit. Ce dernier participe au Défi littéraire de Madame lit depuis janvier. Alors, en juillet, comme il fallait lire un roman dont le thème principal était l’amitié, il a fouillé dans mes recommandations concernant cette thématique et il a décidé de plonger dans les romans d’Elena Ferrante. Alors, sans plus tarder, voici ce qu’il a gentiment accepté d’écrire sur cette merveilleuse histoire d’amitié entre deux héroines exceptionnelles.

Le thème de l’amitié proposé par Madame lit pour le mois de juillet m’intéressait beaucoup. Dès que j’eus terminé la lecture de L’imparfaite amitié, je me suis lancé dans la lecture de L’amie prodigieuse, le célèbre roman d’Elena Ferrante. Quelle découverte et que de bonheur à lire ces pages! En fait, je m’y suis mis après la lecture de deux phrases dans la présentation tirée du site des Libraires que Madame lit avait citée dans ses suggestions livresques sur l’amitié :

            « Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent avec pour toile de fond un Naples sombre et en évolution. »

            « L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse. »

Les deux derniers mots de cette phrase sont tellement vrais et révélateurs de ce que l’on retouve tout au long des pages de ce roman. Lisez le roman en ne retenant que ces deux mots et vous ne serez pas déçu…

Je ne tenterai pas de vous résumer les pages de ce roman qui comprend les 4 tomes suivants : Enfance, adolescence – Le nouveau nom – Celle qui fuit et celle qui reste – L’enfant perdue. Je veux vous faire découvrir différentes facettes de cette amitié entre ces deux femmes, Rafaella, dite Lina ou Lila et Elena, dite Lenu. Elena est la narratrice du roman.

Les deux femmes naissent en 1944 et le quatrième tome, L’enfant perdue, se conclut en l’an 2005, les deux héroïnes sont au début de la soixantaine. Ce sont quelques unes des phases de cette amitié que je vais évoquer pour vous dans ces lignes. On y relève plusieurs autres thèmes dont ce Naples sombre et en évolution que l‘on retrouve dans la première phrase de la présentation de Madame lit.

Une amitié qui dure plus de cinquante ans n’est-ce pas merveilleux? Je vous cite quelques lignes des deux derniers paragraphes dans l’épilogue du roman :

« Peut-être ces deux poupées qui avaient traversé plus d’un demi-siècle et étaient arrivées jusqu’à Turin signifiaient-elles simplement que Lila allait bien et m’aimait… »

Et pourtant quelques lignes plus loin on peut lire les derniers mots du roman :

« Contrairement aux récits, la vraie vie, une fois passée, tend non pas vers la clarté mais vers l’obscurité. Je me suis dit : Maintenant que Lila s’est montré aussi nettement, il faut que me résigne à ne plus la voir. »

Je n’en dis pas plus long, il faut lire le roman… Mais quand même, quelques explications pour mieux comprendre. Les deux poupées dont il est fait mention sont vraiment importantes et sont annonciatrices de  beaucoup de situations du roman… Elles apparaissent dès les premières pages du roman où l’on évoque la naissance de l’amitié entre les deux jeunes filles :

« Un jour, Lila et moi décidâmes de monter l’escalier qui conduisait, marche après marche, étage par étage, jusqu’à la porte de l’appartement de Don Achille : c’est ainsi que notre amitié commença. »

Elles sont très jeunes et s’amusent avec des poupées, Tina est la poupée d’Elena et Nu, celle de Lila. Elena dit que sa poupée est très belle. Écoutez bien… :

 « Moi j’étais petite et, en fin de compte, ma poupée en savait plus long que moi. Je lui parlais, elle me parlait. Elle avait un visage, des cheveux et des yeux en celluloïd. Elle portait une robe bleue que lui avait cousue ma mère dans un de ses rares moments heureux, et elle était très belle. La poupée de Lila, en revanche, avait un corps en chiffon jaunâtre rempli de sciure, et je la trouvais laide et crasseuse. »

            Et l’on peut lire quelques pages plus loin :

« Lila était au courant de cette peur car ma poupée parlait à haute voix. C’est pour cela que, le jour même où, sans discuter, simplement par des regards et des gestes, nous échangeâmes nos poupées pour la première fois, à peine eut-elle en main Tina qu’elle la poussa l’autre côté de la grille et la laissa tomber dans l’obscurité. »

Dès ces mots, la tension entre les deux filles apparaît déjà. Ces affrontements sont présents dans tout le roman mais leur amitié va demeurer comme vous pouvez le lire dans les passages de l’épilogue que je vous ai cités.

Et pourtant tant de choses les séparent et les rapprochent en même temps.

Les deux sont brillantes à l’école mais c’est Elena qui retient l’attention des professeurs qui l’admirent. Lina ne poursuit pas ses études alors qu’Elena obtient un diplôme universitaire. Lina demeure dans le quartier où elle est née. Elena va étudier à Pise et elle va demeurer à Florence et s’établit plus tard à Turin. Les deux femmes vont s’éprendre du même homme, Nino Sarratore qui sera l’amant des deux femmes. Les deux auront un enfant de lui. Lina travaille à Naples alors qu’Elena publie des livres et devient directrice d’une maison d’édition. Les deux femmes ont des enfants et pendant qu’Elena est en déplacement pour rencontrer ses lecteurs c’est Lina qui garde ses enfants et ceux de son amie. Les deux femmes discutent au téléphone ou se rencontrent à Naples quand Elena y séjourne ou y passe. Des discussions très particulières : Elena raconte sa vie, Lina se moque ou ne répond pas aux questions de son amie… Elle a même refusé de lire les romans d’Elena car pour Lina, la réalité, le réel c’est le travail qu’elle fait alors que la littérature c’est l’imaginaire, l’irréel.

En dépit de toutes ces différences elles demeurent amies. Le tome trois de L’amie prodigieuse témoigne des difficultés de cette amitié :

« C’est peut-être la dernière fois que je parle de Lila avec une telle richesse de détails. Par la suite, elle et devenue toujours plus fuyante, et le matériau à ma disposition s’est appauvri. La faute aux divergences de nos vies, la faute à notre éloignement. Et pourtant, même lorsque je vivais dans d’autres villes et que nous ne voyions presque jamais, même lorsqu’elle ne me donnait pas de nouvelles selon son habitude, et que je m’efforçais de ne pas lui en demander, son ombre me stimulait, me déprimait, me gonflait d’orgueil ou m’abattait, sans jamais me permettre de trouver l’apaisement. »

Vous voulez en savoir plus long sur la vie de la ville de Naples, cette ville qui évolue durant les cinquante ans du roman, sur la corruption, sur les mouvements féministes lancez-vous dans la lecture de ce roman que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande.

M. Robert Benoit a réalisé ce diaporama à partir de ses photos sur des villes italiennes que l’on retrouve dans les 4 tomes. Il adore aller arpenter ce coin de pays.

Florence, Pise et Rome diaporama réalisé par M. Robert Benoit

Je tiens à le remercier d’avoir bien voulu rédiger cet article autour du thème de l’amitié pour le défi littéraire.

Avez-vous eu la chance de plonger dans l’univers d’Elena Ferrante ?

Bien vous,

Madame lit

FERRANTE, Elena. Coffret – L’ami prodigieuse (4 tomes), Gallimard, collection Folio.

ISBN 9782072744501

Leslibraires.ca

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Le coffret d’Elena Ferrante le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

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