Madame lit Qu’avons-nous fait de nos rêves? de Jennifer Egan

Qu’avons-nous fait de nos rêves?

«Le temps est un casseur? Tu vas le laisser te basculer? »         

Chère lectrice, Cher lecteur,

Comme mentionné dans mon bilan de juillet, j’ai lu au cours de ce mois Qu’avons-nous fait de nos rêves? de Jennifer Egan car dans ce roman, il est question d’amitié, le thème mensuel choisi pour le Défi littéraire 2019 de Madame lit. Ce livre a suscité mon intérêt car l’autrice a remporté le prestigieux prix Pulitzer en 2011 grâce à ce dernier et elle a été finaliste au Pen/Faulkner Award.

Que raconte cette histoire?

Il importe de mentionner que ce récit est un roman choral. Ainsi, durant cinquante ans, plusieurs personnages prennent la parole pour raconter un moment précis de leur existence. Leur destin est entremêlé et il faut faire les liens entre les époques, entre leur vécu, entre leur rencontre. Tout débute autour d’une bande d’adolescents nés dans les années soixante ou soixante-dix. Ces derniers jouent de la musique et aspirent à la réussite. Puis, ils deviennent des adultes et ils ont des vies marquées, par exemple, par la drogue, par l’alcool ou encore par la cleptomanie. Certains ont des enfants, d’autres pas. L’histoire se construit autour de deux personnages principaux. Il y a Sasha, une belle rousse, d’abord droguée puis cleptomane. Elle est l’assistante de Bennie Salazar, l’autre personnage principal, un producteur de disques. Sasha est plus jeune d’une dizaine d’années que Bennie. Autour de ces deux êtres viennent se greffer d’autres protagonistes. On peut mentionner Scotty, le talentueux guitariste du groupe devenu travailleur municipal et dont le principal passe-temps est la pêche. Réussira-t-il à refaire surface grâce à son ami perdu de vue Bennie? Et que dire de Lou, le premier producteur du groupe, dont le charme en a fait tomber plus d’une et dont l’égoïsme notoire a eu un impact sur les femmes qui l’ont accompagné au fil des années et surtout sur ses enfants? Autant de vies, autant de rêves, autant de déceptions.

Le fil conducteur s’avère le temps. Le temps qui passe, celui qui nous entraîne, celui qui fait en sorte qu’on possède des rêves, puis un jour, on se réveille et il semble qu’il est trop tard. Une autre génération est là, avec sa fougue, avec ses rêves, avec sa technologie, avec ses mots.

Alex sentit une douleur irradier ses yeux et sa gorge. «Je ne comprends pas ce qui m’est arrivé, constata-t-il. Franchement.

Bennie, l’homme entre deux âges, aux cheveux d’argent en bataille et au regard pensif, lui répondit : « Tu as vieilli, Alex, comme nous tous.»

À cet égard, Jennifer Egan s’est interrogée, un peu comme Proust (cité à deux reprises en exergue), sur les moments de jadis qui ont défini ce que nous sommes. Ces noyaux qui nous ancrent dans un rapport au temps. Ces derniers se sont déroulés dans un lieu, dans un instant triste ou merveilleux et ils ont laissé leur empreinte indélébile. Dans ce temps qui passe, y a-t-il un sens?

C’est pour ça que j’ai gaspillé tant d’années. Un vieillard. Une maison vide. Je fonds en larmes, c’est plus fort que moi. Rhea m’entoure de ses bras. Même après tout ce temps, elle n’hésite pas. Sa peau est flasque- les peaux à taches de rousseur vieillissent prématurément, m’avait dit Lou un jour. […]

Je sanglote dans ses cheveux :

«Tu as trois enfants».

-Chut.

-Qu’est-ce que j’ai?»

D’anciens camarades de lycée réalisent des films, fabriquent des ordinateurs. Font des films sur ordinateur. Une révolution, n’arrête-t-on pas de répéter. Moi, j’essaie d’apprendre l’espagnol. Le soir, ma mère contrôle mes connaissances avec des fiches.

Trois enfants. Nadine, l’aînée, a presque l’âge que j’avais lors de ma rencontre avec Lou. Dix-sept ans. Je faisais de l’auto-stop. Il conduisait une Mercedes rouge. En 1979, ce pouvait être le début d’une histoire exaltante, où tout était possible. À présent, c’est la fin.

«Tout ça n’a aucun sens, dis-je à Rhea.

-Ce n’est pas vrai. Tu ne l’as pas encore trouvé, voilà  tout.  » (p. 105-106)

Une nostalgie? Certes. Je me suis beaucoup retrouvée dans ces personnages dont les rêves se sont brisés pour toutes sortes de raison. Génération désillusionnée, génération sacrifiée, génération des paradis artificiels, Jennifer Egan est l’architecte d’une constellation marquée par le temps et la destinée. Un roman pour méditer? Oui. Un roman pour se poser la question suivante : Qu’avons-nous fait de nos rêves?

J’ai trouvé cette vidéo sur You Tube. Dans cette dernière, Jennifer Egan aborde son livre et son parcours.

Un livre pour se laisser aussi bercer par cette sublime chanson de Sylvain Lelièvre ( « Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves? » ). Je vous en prie, écoutez-la… »

Un livre que je recommande pour faire le point sur ce que nous sommes dans ce temps qui file…

Avez-vous déjà lu ce bouquin? Qu’en avez-vous pensé?

Bien à  vous,

Madame lit

EGAN, Jennifer. Qu’avons-nous fait de nos rêves?, traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter, Paris, Stock, 2012, 370 p.

ISBN 978-2-234-07163-6

Leslibraires.ca

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Qu’avons-nous fait de nos rêves? de Jennifer Egan par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

1 commentaire »

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s