Madame lit un magnifique poème

Source : Pixabay

Chère lectrice, Cher lecteur,

Pour célébrer la littérature québécoise, je me permets de partager avec vous un sublime poème de Saint-Denys-Garneau (1912-1943). Ce poète, malgré sa courte vie, a certainement marqué le domaine littéraire québécois avec son recueil Regards et Jeux dans l’espace publié en 1937. Ainsi, Saint-Denys Garneau par la force de sa plume, de son lyrisme et de thèmes reliés à l’intériorité rompt avec un modèle établi. Il a été un précurseur en poésie québécoise car avant lui, les poètes abordaient plutôt des thèmes patriotiques et du terroir. Il est à noter également que Saint-Denys Garneau exploitaient le thème du regard et de l’observation pour entraîner le lecteur dans un lieu mélancolique marqué par la fragilité de la vie tributaire probablement de sa condition.

Après les plus vieux vertiges
Après les plus longues pentes
Et les plus lents poisons
Ton lit certain comme la tombe
Un jour à midi
S’ouvrait à nos corps faiblis sur les plages
Ainsi que la mer.

Après les plus lentes venues
Les caresses les plus brûlantes
Après ton corps une colonne
Bien claire et parfaitement dure
Mon corps une rivière étendue
et dressé pur jusqu’au bord de l’eau

Entre nous le bonheur indicible
D’une distance
Après la clarté du marbre
Les premiers gestes de nos cris
Et soudain le poids du sang
S’écroule en nous comme un naufrage
Le poids du feu s’abat sur notre coeur perdu

Après le dernier soupir
Et le feu a chaviré l’ombre sur la terre
Les amarres de nos bras se détachent
pour un voyage mortel
Les liens de nos étreintes tombent d’eux-mêmes
et s’en vont à la dérive sur notre couche
Qui s’étend maintenant comme un désert
Tous les habitants sont morts
Où nos yeux pâlis ne rencontrent plus rien
Nos yeux crevés aux prunelles de notre désir
Avec notre amour évanoui comme une ombre
intolérable
Et nous sentions notre isolement s’élever
comme un mur impossible

Sous le ciel rouge de mes paupières
Les montagnes
Sont des compagnes de mes bras
Et les forêts qui brûlent dans l’ombre
Et les animaux sauvages
Passant aux griffes de tes doigts
Ô mes dents
Et toute la terre mourante étreinte

Puis le sang couvrant la terre
Et les secrets brûlés vifs
Et tous les mystères déchirés
Jusqu’au dernier cri la nuit est rendue

C’est alors qu’elle est venue
Chaque fois
C’est alors qu’elle passait en moi
Chaque fois
Portant mon coeur sur sa tête
Comme une urne restée claire.

Hector de Saint-Denys Garneau, Regards et jeux dans l’espace

Hector de Saint-Denys Garneau figure dans la liste de mes poètes préférés québécois au côté de sa cousine Anne Hébert. Son seul recueil Regards et Jeux dans l’espace est à découvrir, à relire, à porter en soi comme le vent de la vie…

Que pensez-vous du poème partagé avec vous aujourd’hui?

Bien à vous,

Madame lit

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Regards et jeux dans l’espace par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

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