Madame lit le billet d'un participant au défi

Chère lectrice, Cher lecteur,

M. Robert Benoit s’est laissé influencer par ma recommandation sur La Mort à Venise. Donc, pour sa participation au défi de décembre, il a rédigé un billet sur cette histoire de Thomas Mann. Comme il ne possède pas de blogue, je lui ai proposé de partager son texte sur le mien. Voici ce qu’il a à dire sur cette nouvelle.

La Mort à Venise de Thomas Mann

Un voyage en Toscane en novembre m’a empêché de participer au défi littéraire 2019 de Madame.lit. Je voulais participer à celui du mois de décembre et voici ce que je découvre en me rendant sur le site de la blogueuse : Une recommandation littéraire d’une blogueuse ou d’un blogueur.

Quelques jours après mon retour, Madame lit, à qui j’ai déjà parlé de ce voyage en Toscane, me propose de lire La Mort à Venise de Thomas Mann.

Une très bonne idée. J’avais déjà lu Seule Venise  de Claudie Gallay et durant le voyage en Toscane, je complétais la lecture du dernier tome d’À la recherche du temps perdu de Proust.

Claudia Gallay et une évocation de Venise :

            « La plus belle saison pour Venise, c’est l’hiver à cause de la lumière. Regardez comme ça vibre dans le marbre et sur les fresques. »

De plus, Venise est une ville d’une grande importance dans le chef-d’œuvre de Proust.

Dans La Prisonnière le narrateur dit aimer Albertine et quelques pages plus loin, il raconte le contraire et souligne que le fait qu’elle soit avec lui l’empêche de retourner à Venise. Dans les dernières pages de ce volume, il manifeste le désir de partir pour Venise sans Albertine qu’il est résolu de quitter immédiatement. Le passage est magnifique même si un peu long :

            « Mais tout à coup le décor changea ; ce ne fut plus le souvenir d’anciennes impressions, mais d’un ancien désir, tout récemment réveillé encore par la robe bleue et or de Fortuny, qui étendit devant moi un autre printemps, un printemps plus du tout feuillu mais subitement dépouillé au contraire de ses arbres et de ses fleurs  par ce nom que je venais de me dire : «Venise », un printemps décanté qui est réduit à son essence… »

            Venise revient régulièrement dans le dernier volume du roman de Proust, Le temps retrouvé.

            À cet égard, Proust accorde beaucoup d’importance à la mémoire, la mémoire volontaire vs la mémoire involontaire. Il tente de se souvenir de certaines situations, de certains moments de sa vie, mais il ne retrouve pas les sensations éprouvées à ces moments du passé. C’est quand il ne tente pas de se remémorer un événement que sa mémoire le lui fait revoir. Il en est ainsi pour Venise :

            « (…) si je réussissais à retrouver ce que j’avais senti en posant mes pieds… »

Et quelques lignes plus loin :

            «  Et presque tout de suite je la reconnus, c’était Venise dont mes efforts pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma mémoire ne m’avaient jamais rien dit et que la sensation que j’avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc, m’avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour-là à cette sensation qui était restée dans l’attente, à leur rang d’où un brusque hasard les avait impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. »

            C’est en ayant en tête le Venise de Claudie Gallay et celui de Marcel Proust que j’ouvris le texte de Thomas Mann. Avec le titre de l’œuvre, je me demandais ce que je découvrirais de cette ville que j’ai visitée à trois occasions et que j’ai beaucoup aimée.

            Je me disais en entreprenant la lecture de la nouvelle que ce qu’on y dirait de cette ville serait différent de ce que j’avais lu dans les deux livres dont j’ai fait mention. Un regard sur une ou deux critiques et je découvre les propos suivants :

            « La fascination mortelle que peut exercer la beauté, tel est le sujet de La Mort à Venise, ce chef-d’œuvre d’inspiration romantique… »

            Cette fomulation m’intrigue, pique ma curiosité en raison de la beauté qui pourrait conduire à la mort. Et c’est avec ces mots que j’entreprends la lecture de cette célèbre nouvelle dont Visconti en réalisa un film.

            Le héros du récit, Gustav Aschenbach, un écrivain célèbre apprécié de ses lecteurs et de la critique, au moment d’une promenade éprouve une envie de voyager :

            « Son désir se faisait visionnaire, (…) son imagination inventait une illustration à chacune des mille merveilles, des mille horreurs de la terre, que d’un coup elle tâchait de se représenter. »

            Des merveilles mais aussi des horreurs… Lui, qui pris par son travail d’écrivain, n’avait considéré les voyages que comme mesure d’hygiène et qui réalisait que sa vie lentement commençait à décliner.

            « Il cherchait la note éxotique, le dépaysement. »

            Il s’installe dans une île exotique de l’Adriatique; cela ne lui convient pas et il prend le bateau pour se rendre à Venise, pour trouver comme il dit :

            « (…) l’incomparable, la fabuleuse merveille? »

Il y attend le soleil, un ciel clair :

            « Il avait besoin de sortir, de regarder le ciel, de voir s’il n’y avait pas une éclaircie sur Venise. Il ne lui semblait pas qu’il ne pût en être autrement, car la ville l’avait toujours accueilli dans un limbe de lumière, mais… »

            Avant de découvrir ce qu’il va admirer à Venise, ce serait bien d’en savoir un peu plus sur le personnage. Le second chapitre nous fait découvrir l’écrivain. Il est biographe, romancier, essayiste. Il se fait un nom, joue au personnage et administre sa célébrité. Il travaille beaucoup. Quelques passages qui font bien comprendre qui il est :

            « Aussi s’était-il dès le début trouvé de répondre à toutes les attentes, même les plus hautes, et il n’avait par connu le loisir, l’insouciant abandon des vingt ans. » 

            « Il formait aussi le vœu ardent de vivre longtemps, car il avait toujours été convaincu que celui-là seul est un artiste, grand, total et vénérable vraiment, à qui il est donné d’exercer sa puissance créatrice et de représenter l’homme à tous les âges de la vie. »

            « À travers la fiction, on reconnaissait dans les romans d’Aschenbach ces incarnations successives ; l’homme qui se domine et à l’élégance de cacher aux regards du monde, jusqu’à la dernière minute, le mal qui le mine et sa ruine physiologique. »

            « Avec les années, les propos d’Aschenbach avaient pris quelque chose de pédant, d’officiel ; peu à peu son style se dépouillait, on n’y trouvait plus les jaillissantes hardiesses, l’originalité, la subtilité de nuance des premiers temps… »

            Ces passages semblent peut-être un peu longs, mais il m’ont paru importants quand j’ai trouvé les propos de Thomas Mann dans un échange avec Luchino Visconti, lors d’une rencontre en 1951 :

            « L’histoire est essentiellement une histoire de mort, mort considérée comme une force de séduction et d’immoralité, une histoire sur le désir de la mort. Cependant le problème qui m’intéressait surtout était l’ambiguité de l’artiste, la maîtrise de son Art. »

            Plus j’avance dans la lecture de cette nouvelle plus je trouve pertinents les propos de l’auteur de la nouvelle. J’aurais aimé avoir en ma possession ces propos avant d’entreprendre la lecture de la nouvelle. Et c’est le mot « surtout » qui me parle…

            Mais qu’Aschenbach va-t-il découvrir à son arrivée à Venise?

            Sur le bateau il évoque ce qui l’attend : le soleil et la lumière, les coupoles et les campanilles dont il avait tant rêvé. Ses propos au moment où le bateau entre dans le canal de San Marco :

            « C’était donc elle, il allait encore une fois y atterrir à cette place qui confond l’imagination et dont l’éblouissance architecture emplissait d’émerveillement et de respect  les navigateurs abordant autrefois le territoire de la république : l’antique magnificence du Palais et le Pont aux Soupirs, sur la rive, les colonnes, le lion, le saint, la fastueuse aile en saillie du temple fabuleux, la rue sur la Porte et la Grande Horloge. »

            Il ne s’arrête pas à Venise et veut une gondole pour se rendre à son hôtel au Lido. Et cette remarque peut-être prémonitoire quand il évoque une gondole noire :

            « (…) cela suggère l’idée de la mort elle-même, de corps transportés sur des civières, d’événements funébres, d’un suprême et muet voyage. »

            Sa première découverte au Lido dans son hôtel, une famille polonaise :

            « Le groupe se composait de trois jeunes filles de quinze à dix-sept ans et d’un adolescent aux cheveux longs qui pouvait avoir quatorze ans. »

            La beauté du jeune homme lui fait songer à la statuaire grecque de la grande époque.

En artiste qu’il est Aschenbach en conclut :

            « (…) les traits avaient un charme si personnel, si unique qu’Aschenbach ne se  souvenait d’avoir vu ni dans la nature ni dans les musées une si parfaite réussite. »

            Il tombe amoureux du jeune adolescent qu’il a l’occasion d’observer chaque matin quand ils se retrouvent tous les deux à la plage. Quelques regards, mais aucun échange verbal entre les deux personnes. L’écrivain se sent vieux, il est malade et veut quitter Venise. Une valise égarée et il revient au Lido et revoit le jeune homme et à la fin de ce chapitre, on peut lire cette description de l’écrivain :

            « Et penché en arrière, les bras pendants, accablé et secoué de frissons successifs, il soupira la formule immuable du désir… impossible en ce cas, absurde, abjecte, ridicule sainte malgré tout et vénérable même ainsi :  Je t’aime. »

            Le chapitre suivant nous introduit à l’épidémie mortelle de choléra qui se répand à Venise, une maladie qu’on cache pour ne pas faire fuir les touristes. L’écrivain est mis au courant de ce qui se passe, mais se demande s’il doit en aviser la famille du jeune adolescent.

            Les deux derniers chapitres nous décrivent les événements en lien avec le choléra, ce qui nous vaut des pages magnifiques, troublantes vécues par l’écrivain. On découvre un homme amoureux qui se sent vieux et un écrivain qui se pose des questions sur son statut d’artiste.

Des pages à lire qui devraient vous faire aimer ce grand écrivain qu’est Thomas Mann. Ayez à l’esprit les propos de Mann à Visconti sur l’ambiguité de l’artiste et vous comprendrez peut-être mieux les grands passages des deux derniers chapitres.


Je tiens à remercier Robert Benoit de m’avoir choisie dans le cadre du défi de décembre.

M. Benoit à préparé ce diaporama sur la beauté d’une autre ville italienne : Florence. N’hésitez pas à le visionner.

Le pont Vecchio par Robert Benoit

Que pensez-vous de l’article de Robert Benoit sur La Mort à Venise?

Bien à vous,

Madame lit

3 commentaires »

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