Madame lit Les Revenants de Laura Kasischke

Des filles mouraient et revenaient d’entre les morts. (p. 328)

Chère lectrice, Cher lecteur,

En décembre, pour terminer le défi 2019 de Madame lit, il faut lire un bouquin recommandé par une blogueuse ou par un blogueur littéraire. J’ai choisi de lire Les Revenants de Laura Kasischke qui avait été recommandé par Anne de Textualités.

Que raconte cette histoire?

Une étudiante américaine d’une prestigieuse université, la Godwin honors hall de la Nouvelle Angleterre, Nicole Werner, meurt dans un accident de voiture. Elle est belle, elle est jeune, elle est brillante, elle fait partie d’une sororité populaire, elle a un amoureux fou d’elle. Elle a tout pour elle. Son petit ami, Craig Clements Rabbitt, conduisait la voiture. Le drame plonge alors le campus dans une atmosphère funèbre. Le seul témoin de l’accident s’avère Shelly Lockes, une professeure de musique de l’université. Elle tente tant bien que mal d’expliquer ce qu’elle a vu aux policiers et aux journalistes. Malheureusement, les faits sont masqués, voire détournés.

Une année s’écoule. Personne n’a oublié Nicole sur le campus. Bien au contraire, beaucoup la voient déambulant un peu partout. Craig surtout, rongé par le remord et la culpabilité est de retour entre les murs universitaires, car faute de preuve, il n’a pas été inculpé et il a été réadmis. Il se confie à Perry, son colocataire. Il lui raconte qu’il reçoit de drôles de cartes postales, d’étranges coups de fil et qu’il est hanté par le fantôme de Nicole. Ce dernier parlera à Mira Polson, la professeure d’anthropologie du campus, spécialiste de la mort et de ses rites. Que s’est-il vraiment passé ce soir-là? Craig, sous le choc, a perdu la mémoire. Qui pourra recoller les morceaux de cette histoire? Les revenants existent-ils? Hallucination ou folie? Comment expliquer le phénomène de la mort? Le mystère est poignant et certains, à tenter de l’élucider, vont perdre la vie.

Ce roman choral m’a plongée dans une atmosphère oscillant entre les apparences et la réalité. J’ai suivi les personnages durant plus de 650 pages et je me suis laissée prendre au jeu de l’écrivaine. J’ai  adoré cette ambiance morbide où les jeunes en viennent à vouloir comprendre la mort, à l’exploiter, à la manipuler, à la défier. Mais encore, le plus troublant est sans aucun doute les membres de la sororité de Godwin honors hall. Ces dernières sont cruelles, mesquines, méchantes et elles sont prêtes à tout pour préserver les apparences, pour fausser la réalité et pour manipuler le devenir des uns et des autres. C’est la loi du silence, «un secret d’état», qui règne à travers les rites et les traditions afin d’entretenir un mythe collectif qui est lié au paraître.

De plus, la mort devient même une menace de congédiement pour les professeurs. Dans cette prestigieuse université, il faut étouffer le scandale, masquer les drames, éviter les commérages. Quelqu’un doit payer. C’est la société américaine puritaine qui est présentée dans toute sa splendeur. La réputation d’une institution prime afin de préserver les apparences. Parfois, il faut sacrifier un membre du corps professoral pour le bien de la collectivité, pour maintenir les apparences. Même la nature participe à cet esprit d’étouffement, de camouflage. Le réel s’emploie à masquer les apparences à travers des symboles comme la lune et la neige.

Le campus était vide. Les trottoirs glissants et déserts. Le soleil s’était levé au-dessus de l’horizon, faisant de la neige vierge- hautes congères et aplats immaculés- un aveuglant paysage lunaire. Mira se dit qu’on avait désormais là un parfait campus pour les revenants. Pour les invisibles. Les disparus. Nul ne pourrait les voir déambulant sur cette neige. (p. 634)

J’ai beaucoup aimé cette histoire. Il me reste une drôle d’image comme quoi Laura Kasischke a bien réussi son mandat. Ses personnages me hantent tout comme cette Amérique puritaine que je connais si bien à travers ses silences, ses hypocrisies, ses apparences régnant au sein des institutions du domaine du savoir.

Je ne peux que vous recommander cette histoire se retrouvant aux frontières du réel. C’est un magnifique roman énigmatique et poétique. C’est palpitant, c’est étouffant, c’est une tragédie américaine.

Avez-vous déjà lu du Laura Kasischke? Que pensez-vous de cette histoire?

Bien à vous,

Madame lit

KASISCHKE, Laura, Les Revenants, traduit de l’anglais par Éric Chédaille, Paris, Le livre de Poche, 2013, 663 p.

ISBN 978-2-253-16452-4

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Les Revenants par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

9 commentaires »

  1. Comment ne pas avoir le goût de lire ce roman après avoir noté ce que tu nous en dis. Magnifiques ces deux derniers paragraphes avec tout ce que tu soulignes! Les quatre derniers qualificatifs m’interpèlent et je retiens spécialement énigmatique et poétique. Un livre que je me procure c’est certain…

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  2. Avant tout, merci d’avoir mentionné ma chronique. Je suis ravie que tu aies été si séduite par l’écriture tellement évocatrice et puissante de Laura Kasischke. Je retrouve ma lecture dans la tienne. Bravo pour cette magnifique chronique ! Tu termines l’année en beauté, avec un livre vraiment fascinant. J’espère qu’il augurera d’autres belles découvertes littéraires pour l’année 2020. Bon réveillon !

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  3. Ce n’est pas mon genre de roman, mais tu me donnerai presque envie de le lire 😉 j’ai tenté une fois un roman de cette auteur (Un oiseau blanc dans le blizzard) mais j’ai abandonné car je n’ai pas réussi à accrocher à son style 😦

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