Madame lit Les vestiges du jour

«On ne peut pas s’attarder sans cesse sur ce qui aurait pu exister.» (p. 329)

Chère lectrice, Cher lecteur,

En guise de second livre d’une autrice ou d’un auteur ayant remporté le prix Nobel de littérature, j’ai choisi de plonger dans Les vestiges du jour de Kazuo Ishiguro. Ce dernier s’est vu décerner la prestigieuse reconnaissance en 2017. Pourquoi ce livre? Je me souviens de l’adaptation cinématographique avec Anthony Hopkins et Emma Thompson. J’en garde un excellent souvenir et je voulais découvrir le roman pour renouer avec cette merveilleuse histoire habitée par un protagoniste, Mr Stevens, hors du commun.   

Que raconte ce bouquin?

En route pour aller rendre visite à l’ancienne gouvernante de Darlington Hall, Miss Kenton, Mr Stevens emprunte les routes anglaises dans le confort d’une Ford prêtée par le nouveau propriétaire de la maison, un riche Américain. En chemin, il observe les beautés de la campagne anglaise et il replonge dans ses souvenirs. Il se pose des questions sur ses choix, sur son rôle de majordome dans un temps bien mouvementé dans les années 30 sous les ordres de Lord Darlington et sur sa relation avec Miss Kenton. Ainsi, il relate des anecdotes lors de ses 35 années de service auprès de Lord Darlington, il décrit son rôle en tant que majordome et ses responsabilités dans une maison de haute importance, il réussit à aborder ses relations avec son père, lui aussi un majordome. Plus que tout, il démontre le rôle du majordome dans différentes époques, celle de son père, celle de Lord Darlington et celle de Mr Farraday, le riche Américain. Mais, en fin de compte, c’est la rencontre avec lui-même qui éclate à travers ses mots. Un homme digne, humain, loyal.

Comme j’aime ces histoires plus grandes que nature… Comme j’aime ces personnages humbles, tourmentés par leurs choix, par leur rôle, par leur statut social, par leurs non-dits. La littérature britannique est riche de tels personnages. C’est surtout ces traits qui me plaisent dans cette littérature. J’ai été encore une fois charmée. Dès le début, le narrateur, Mr Stevens, crée cette ambiance lorsqu’il aborde la nature anglaise en faisant une analogie entre la personnalité de ses compatriotes et la beauté de la Grande-Bretagne.

Mais qu’est-ce précisément cette «grandeur»? En quoi, au juste, réside-t-elle? Je suis conscient qu’il faudrait une intelligence bien supérieure à la mienne pour répondre à pareille question, mais si j’étais forcé d’émettre une hypothèse, je dirais que c’est justement l’absence de tout caractère dramatique ou spectaculaire qui est le trait distinctif de la beauté de notre terre. Ce qui compte, c’est le calme de cette beauté, sa retenue. C’est comme si la terre connaissait sa propre beauté, sa propre grandeur, et n’éprouvait aucun besoin de les clamer. (p. 45)

Alors, pour moi, lire cette littérature, c’est aller à la rencontre de cette grandeur. Grâce à Mr Stevens, je ne pouvais être plus comblée. Cet homme apparaît passionnant. Il n’est jamais vulgaire. Il est à l’image de cette grandeur dans toute sa dignité et dans toute son humilité. Comme il le mentionne :

Nécessairement, un «grand» majordome doit pouvoir faire état de ses années de service en disant qu’il a consacré ses talents à servir un grand homme et, par l’intermédiaire de celui-ci, à servir l’humanité. (p. 166-167)

Lorsqu’il se remémore toutes ces années à servir les autres, il ressent une certaine fierté car il croit qu’il a contribué, à sa façon, à l’Histoire. Car, son patron a reçu dans son domaine de Darlington Hall des personnes comme Herr Ribbentrop, Chamberlain, Lord Halifax, Churchill, etc.

Bien entendu, il s’interroge sur ses choix. Mais à quoi bon?  Il sait que le temps qui passe ne se renouvelle pas. Il sait que parfois, il faut faire des sacrifices pour contribuer aussi à façonner la beauté du monde afin de ressentir fierté et contentement.

Et pour les nostalgiques, voici la bande-annonce du sublime film.

Lire Les vestiges du jour, c’est du bonheur.

Lire Les vestiges du jour, c’est découvrir une plume magnifique dénudée d’artifice.

Lire Les vestiges du jour, c’est aller à la rencontre de la grandeur d’une âme humaine.

Le lirez-vous?

Bien à vous,

Madame lit

ISHIGURO, Kazuo. Les vestiges du jour, traduit de l’anglais par Sophie Mayoux, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2010, 338 p.

ISBN 978-2-07-041670-7

22 commentaires »

  1. Belle critique qui donne envie de lire… Je ne me suis pas encore décidé pour la lecture du mois d’avril. J’avais lu et beaucoup aimé, dès leurs sorties, Robinson et La vraie vie. Pour une nouvelle lecture du Prix Rossel, j’avais envie de choisir « Si tu passes la rivière » de G. Damas. Mais après ta critique, j’hésite avec « Les vestiges du jour ». Allez, ce ne sera tout de même pas la décision la plus difficile à prendre dans ma vie. L’avenir verra finalement le livre choisi. Quel qu’il soit, merci pour ta critique intéressante de ce livre de Ishiguro.

    Aimé par 1 personne

  2. Moi aussi, j’ai adoré le film ! Je ne savais pas qu’il était adapté d’un roman de Kazuo Ishiguro. Je note donc ce titre, je suis curieuse de découvrir le livre au regard du film et ta chronique me motive bien 🙂 Merci pour ce billet enthousiaste.

    Aimé par 1 personne

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