Madame lit Kukum de Michel Jean

« Certains chagrins laissent sur le coeur des cicatrices indélébiles». (p. 188)

Chère lectrice, Cher lecteur, 

En décembre, pour le défi littéraire, les prix littéraires France-Québec sont à l’honneur. J’ai choisi de lire Kukum de Michel Jean. Ce dernier a remporté le prestigieux prix en 2020. J’avais acheté le roman pour l’événement de 2020 : le 12 août, j’achète un livre québécois. Cette année, j’avais proposé des livres d’autrices et d’auteurs autochtones. Michel Jean est un écrivain innu de Mashteuiastsh. Il exerce aussi les métiers de journaliste à TVA et de chef d’antenne. Les Québécois le connaissent car ils le voient à la télévision. 

 Que raconte Kukum?

À quinze ans, Almanda, une orpheline blanche habitant chez son oncle et sa tante, tombe amoureuse d’un Innu de Pekuakami, Thomas. Elle devient son épouse et elle va adopter le mode de vie nomade du groupe auquel appartient Thomas. Elle devra apprendre à chasser, à se déplacer durant de longs jours en portant du matériel, à parler une autre langue. Au fil du temps, Almanda et Thomas vont bâtir une famille et connaître les bouleversements engendrés par les hommes d’affaires qui vont de plus en plus s’approprier un territoire qui ne leur appartenait pas. 

Ce que j’en pense 

D’emblée, je dois dire que c’est le meilleur livre que j’ai lu cette année. Dès l’incipit, j’étais conquise par la plume de Michel Jean. Ce dernier a nommé le territoire comme nul autre avec cette histoire. Un territoire qu’il connaît, qui l’a sans aucun doute façonné, qui lui a parlé. Et cette voix a aussi retenti en moi. 

Une mer au milieu des arbres. De l’eau à perte de vue, grise ou bleue selon les humeurs du ciel, traversée de courants glacés. Ce lac est à la fois beau et effrayant. Démesuré. Et la vie y est aussi facile qu’ardente. (p. 11)

Dans ce livre, il est question d’une nature qui change sous le regard impuissant des Innus de Pekuakami. Ces derniers, des nomades, ont été forcés de s’établir dans des réserves car le gouvernement a vendu leur territoire. Almanda est témoin de tout ça. Grâce à elle, on suit avec tristesse la perte d’autonomie des Innus habitués au souffle de la liberté, au respect de la faune et de la flore. Confinés dans des réserves, le gouvernement leur arrache leurs enfants pour les envoyer dans des pensionnats pour qu’ils reçoivent une éducation catholique. Beaucoup d’enfants seront abusés par des religieux. Beaucoup vont aussi mourir loin des leurs. Ces événements vont être accompagnés par le son de la hache qui s’abat sur les arbres, par celui du train qui va prendre possession des lieux, par le dynamitage faisant dériver les cours d’eau. Comme Michel Jean le mentionne à propos de son livre : 

«Ce que je voulais vraiment raconter, c’était la sédentarisation forcée des Autochtones. Les gens ne savent pas comment ça s’est fait. On pense en général, au Québec, que les Autochtones ont toujours vécu sur les réserves. […] Ça ne fait pas 200 ans. […] C’est arrivé au 20e siècle. (Source : Ici.Radio-Canada. Michel Jean et son roman Kukum : raconter, expliquer et émouvoir).»

J’ai été très touchée par ce livre. Je connaissais la plupart des événements présentés dans le récit. Mon grand-père maternel a été un bûcheron. Il bûchait pour nourrir ses 12 enfants. Ma grand-mère maternelle était analphabète. Je suis née de l’autre bord. Du côté de celui qui a détruit, de celui qui a été intransigeant, menaçant. Mes grands-parents étaient des catholiques et pratiquaient la religion. Ils ont connu les années de Duplessis. Ils ont participé à déforestation, à la construction du chemin de fer. J’ai honte lorsque je lis des histoires comme Kukum. Honte parce que mes ancêtres ont contribué à la destruction de l’autre, du territoire et de la faune. C’est arrivé. Ça fait partie de nous.

Lisez cette merveilleuse histoire pour que l’Histoire puisse enfin parler de la Vérité. Vous allez certainement pouvoir suivre le vol majestueux des outardes, observer la beauté du lac Pekuakami ou dormir à la belle étoile. 

Kukum est plus qu’un nom, c’est un hymne à la beauté du monde. Lisez ce livre….

Vous avez lu Kukum? Qu’en pensez-vous? 

Bien à vous, 

Madame lit 

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander le livre mentionné par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

JEAN, Michel. Kukum, Montréal, Les Éditions Libre expression, 2019, 222 p. 

Catégories: Défi 2020

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13 commentaires »

  1. Un billet qui va droit au coeur. Un appel à la reconnaissance d’une responsabilité d’une classe se permettant de détruire une autre. Cela me rappelle la colonisation ‘bien pensante’ et la main mise sur les richesses du Congo dit belge! A défaut de pouvoir revenir en arrière, il faut reconnaître l’Histoire et l’expliquer à nos jeunes. Je sens cette volonté dans ton billet. Merci.

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