Madame lit Sukkwan Island de David Vann

«Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre». (p.16)


Chère lectrice, Cher lecteur, 

J’ai décidé de lire Sukkwan Island de David Vann car François Busnel l’avait recommandé à La Grande Librairie. L’auteur a remporté le prix Médicis étranger en 2010 avec Sukkwan Island. J’ai acheté l’édition du dixième anniversaire. Dans cette dernière, j’ai eu accès à une préface inédite de Delphine de Vigan et une postface inédite de l’auteur. 

Mon expérience de lecture 

Roy, treize ans, accepte d’accompagner son père Jim pour passer une année dans une cabane en Alaska sur Sukkwan Island, une île isolée de tout, une île sauvage qui ne peut être accessible que par bateau ou par hydravion. Ils quittent donc le soleil de la Californie pour se retrouver dans un territoire inconnu. Ils devront chasser, pêcher, affronter les intempéries et les animaux sauvages comme les ours pour survivre.  

Je ne connaissais pas ce livre; je n’en avais jamais entendu parler. Je ne connaissais pas plus son auteur, David Vann et son vécu. En ce sens, j’ai décidé de suivre le conseil donné par Delphine de Vigan dans la préface. Comme elle le mentionne : 

«Sukkwan Island est un livre que l’on devrait lire sans qu’aucun discours le précède. Sans rien savoir de l’histoire qu’il raconte ni de sa genèse, comme on choisirait la promesse d’une expérience de lecture unique et extrême, dans laquelle on s’engagerait avec un mélange de confiance et d’inquiétude. Lectrice, lecteur, si tu as cette chance, passe ton chemin, saute ces pages et entre dans ce roman vierge de tout commentaire et de toute représentation. Il sera toujours temps d’y revenir.» (p. 7)

Comme j’étais cette lectrice dont parlait de Vigan, j’ai vécu une expérience de lecture déstabilisante, perturbante et choquante. Je n’entrerai pas dans les détails du livre car si vous ne l’avez pas encore lu, je ne voudrais pas brimer votre lecture. Il est des histoires comme cette dernière qui sont uniques, qui entraînent le lecteur dans des zones sombres où règnent la tension, le drame, la surprise. Grâce à ce récit, je suis passée par une gamme d’émotions terribles. J’ai été piégée par le jeu dramatique. Les deux personnages offrent un portrait marqué par l’incommunicabilité, l’incompréhension, la solitude moderne, la peur, la dépression, le manque, la dépendance, l’égoïsme. C’est, vous l’aurez compris, une lecture coup de poing. Ce livre est parfait sur le plan de la tension dramatique. Je vous le conseille; je dois même dire que je vous le recommande fortement. Amoureux de la littérature, lisez ce livre, admirez la puissance de l’écriture et la beauté des descriptions des paysages. C’est tout sauf une histoire correcte. C’est une histoire américaine sauvage.

Ce bouquin offre également au lecteur une expérience sensorielle. Parfois, ça sent la vie, parfois, ça sent la mort ou l’humidité, le moisi. Comme il est dit : 

«Roy s’arrêta devant la cabane et contempla les flots lovés dans un U pâle qui semblait toucher le ciel.  Aucune ligne ne les séparait, aucun horizon. Il était impossible de dire où la pluie et le brouillard rejoignaient l’océan, sauf à quelques pas devant lui, juste au bord de l’eau. Les arbres alentour paraissaient en lambeaux. Il avança jusque’à l’eau en posant un pied prudent sur les rochers humides, il entendait la pluie de toute part, comme un tissu sonore qui supplantait tous les autres bruits. C’était la seule odeur, aussi. Même lorsqu’il détectait l’arôme de la terre ou de la mer, les parfums dont il imaginait qu’ils étaient ceux des fougères, des orties ou du bois pourri, ils faisaient partie intégrante de l’odeur de la pluie.» (p.60)  

Ce recours aux sens contribue à créer un climat tragique, sombre et surnaturel. L’eau apparaît funeste, morbide. Elle encercle les protagonistes, elle les accompagne, elle est imbibée de terre, de pourriture.  Elle provoque chez le lecteur un imaginaire de la mort, du désespoir.

Mais encore, Sukkwan Island apparaît comme une expérience unique que tout lecteur doit vivre une fois dans sa vie. L’émotion est palpable et l’inquiétude croissante. 

Avez-vous lu ce bouquin? 

Bien à vous, 

Madame lit

Vann, David. (2021). Sukkwan Island traduit de l’anglais par Laura Derajinski. Paris : Gallmeister, 216 p. 

ISBN 978-2-35178-601-7

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Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Sukkwan Island par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

18 commentaires »

  1. Je suis en train de lire ce roman. Il me reste une vingtaine de pages pour en terminer la lecture. Tes propos sont tellement bien pour décrire tout ce qu’on peut découvrir dans ce roman. J’aime bien ce que tu soulignes avec l’expérience sensorielle. La vie, la mort qui se rencontrent au fil des pages. Quel merveilleux papier pour inciter les gens à lire ce roman.

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  2. Je l’ai lu il y a longtemps (à sa sortie, je crois, à l’époque où certains livres voyageaient de blogueurs en blogueurs !) et comme tu t’en doutes, il m’a profondément marquée. Je n’avais pourtant pas relu l’auteur jusqu’à récemment : j’ai découvert Désolations l’an dernier, que j’ai beaucoup aimé aussi, bien qu’il soit aussi très désespérant.

    Aimé par 2 personnes

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