Madame lit Les Mystères de la forêt d’Ann Radcliffe

«Je serai peut-être un sujet de méditation pour les générations à venir qui chancelleront quelques moments sur les objets de leur curiosité.»
Chère lectrice, Cher lecteur,
En novembre, les organisatrices de la saison 4 du défi Les classiques c’est fantastique, ont proposé aux participantes et aux participants la consigne suivante :
«Tout est dans l’intitulé… Littérature libertine ou d‘idées, prémices de l’autobiographie, émergence des grands romans pré-réalistes, foisonnement théâtral, poésie plus confidentielle… À vous de choisir quel titre sera le plus à même d’incarner l’esprit de ce siècle.»
Comme j’ai acheté Les Mystères de la forêt d’Ann Radcliffe (1764-1823) dans la collection Folio classique dans une vente de livres usagés à ma bibliothèque municipale, je me suis dit qu’il était temps que le sorte pour plonger dans ce récit qui a été publié pour la première fois en 1791. En plus, comme j’adore la littérature britannique, j’avais hâte de me lancer dans cette histoire. Il est à noter que la première traduction en français de ce livre remonte à 1830 et elle a été réalisée par François Soulès.
Les Mystères de la forêt
Une jeune femme de 18 ans, Adeline, demande à son père de quitter le couvent dans lequel elle a grandi. Son père préférait qu’elle devienne une religieuse, mais elle s’y refuse. En attendant son père dans une auberge alors qu’elle est laissée à elle-même avec des hommes qu’elle ne connaît pas, un couple, M. et Mme Lamothe, capturés par ces derniers qui sont des brigands, est obligée de partir sur la route avec eux. Le couple a accepté de la prendre avec lui s’il voulait être libéré. M. et Mme Lamothe sont en fuite car M. La Motte a contracté de nombreuses dettes, à Paris, dont il est incapable de s’acquitter. Le couple est accompagné d’une servante et d’un homme à tout faire. Dans la forêt, à l’abri des brigands et loin de Paris, ils décident de passer la nuit dans une abbaye tombant en ruine. Puis, le lendemain, ils réalisent que cette abbaye est le meilleur endroit pour y vivre et pour se cacher des créanciers de La Motte. Adeline, d’une grande beauté, ne laisse pas indifférent un marquis qui découvre leur cachette, car ce dernier est propriétaire de l’abbaye. Cependant, Adeline ne ressent que du dégoût pour lui. Dans la garde du marquis, Adeline rencontre Théodore, un jeune officier pour qui elle développe des sentiments. Le marquis veut plus que tout posséder Adeline et pour ce faire, il demande à La Motte de l’aider. Avec qui Adeline finira-t-elle ses jours? Le fils de La Motte, Louis, ressent aussi des sentiments pour la belle. Une série d’aventures est déclenchée autour de la jeune femme…
Mes impressions
Comme je suis une admiratrice de Jane Austen, je voulais découvrir ce livre qu’elle a parodié dans Nothanger Abbey. C’est chose faite maintenant et je dois avouer que je suis bien contente que cette histoire soit terminée. L’héroïne, Adeline, m’a tapé sur les nerfs. Elle pleure tout le temps ou elle tombe dans les pommes ! Je sais bien que le livre est associé à un courant autour de la sensibilité, mais trop de larmes, trop d’apitoiements font en sorte que je n’ai pas apprécié la trop belle, la trop délicate Adeline. Je préfère des héroïnes possédant plus de personnalité ou de panache comme celles dans les écrits de Jane Austen qui sont bien souvent des rebelles. Pour un livre de 500 pages habité par une pleurnicheuse-geignarde qui est certaine qu’elle est née pour être malheureuse, c’est long… Le pathos s’avère Roi !
«Lorsqu’elle fut seule, elle répandit un torrent de larmes et s’abandonna à l’excès de sa douleur. Elle se voyait sans amis, sans parents, sans secours, abandonnée au plus affreux des dangers et trahie par les personnes mêmes à qui elle avait donné si longtemps des consolations, qu’elle avait aimées comme ses protecteurs et respectées comme les auteurs de ses jours. Cette pensée frappa son coeur des plus affligeantes sensations et celle de son péril imminent absorba pendant quelque temps la douleur d’avoir découvert dans autrui des desseins aussi criminels.» (p. 260)
De surcroît, les descriptions de la nature, dont l’instance lectrice ressent l’influence de Rousseau, sont pour la plupart reliées aux états d’âme d’Adeline. Je dois dire que Radcliffe excelle dans l’art de la description de paysage.
«Un soir, tandis que Claire était occupée à la maison, Adeline errait seule dans un endroit favori au milieu des rochers qui bordaient le lac. Tandis qu’elle se livrait avec délice à la contemplation de ce magnifique spectacle du soleil couchant sur les sommets couleur de rose, elle entendit le son d’un cor de chasse et, jetant ses regards sur le lac, elle aperçut un bateau de plaisance. […]
En prêtant l’oreille aux sons enchanteurs et moelleux du cor qui se perdaient insensiblement dans le lointain, la scène lui parut plus attrayante et elle ne put résister à la tentation de peindre en vers des objets qui lui offraient tant de charmes.» (p. 404)
Adeline écrit des poèmes et ces derniers permettent encore à l’instance lectrice d’avoir accès à ses états d’âme. Par le biais de ces derniers, Adeline peint le trop plein de ses émotions. Les poèmes entrecoupent le récit.
Mais encore, ce roman est présenté comme un roman gothique. Il y a des manifestations surnaturelles par le biais des éléments suivants : ruines, émotions terrifiantes, forêt, obscurité, jeu du miroir, squelette, grincements, cauchemars, pièces secrètes, etc. mais seulement dans la première partie. Après, Adeline est sur la route pour fuir le terrible marquis dont l’unique but est de la violer. Ainsi, le lecteur reconnaît dans cette autre partie qui se déroule loin de l’abbaye, d’autres caractéristiques du roman gothique comme la quête d’identité d’Adeline, la découverte de la complexité du monde et les problèmes régissant l’époque, le sang (la noblesse), l’héritage, l’inceste, la division familiale, etc.
En tous les cas, je vous laisse décider si ce dernier vous intéresse. Pour ma part, je vais garder un souvenir mitigé. Je suis heureuse d’avoir enfin lu un bouquin gothique d’Ann Radcliffe et je suis un peu déçue par son héroïne qui passe son temps à pleurer et à s’évanouir.
Ce bouquin a été lu dans le cadre du défi Les Classiques c’est fantastique créé par Moka et Fanny . En novembre, il fallait plonger dans un roman du XIIIe siècle et pour faire honneur à ce siècle, j’ai choisi d’explorer les prémisses du roman gothique.
Avez-vous lu Les Mystères de la forêt?
Bien à vous,
Madame lit
Les Mystères de la forêt, traduit de l’anglais par François Soulès et révisé par Pierre Arnaud
Radcliffe, Anne, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2011.
ISBN : 978-2-07-030421-9
Vous avez remarqué une faute dans mon article? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture!!!
Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Les Mystères de la forêt d’Ann Radcliffe par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.



N’étant pas sensible aux romans gothiques, je n’ai pas franchi le cap de lire Ann Radcliffe même si j’adore Jane Austen. Je ne pense pas franchir le pas après ta chronique car les points qui t’ont agacée auraient certainement le même effet sur moi. Mais je suis contente d’avoir plus de détail sur ce roman qui permet de mieux saisir toutes les références qu’y fait Jane Austen dans Northanger Abbey.
J’aimeAimé par 1 personne
Oui! C’est ce que je voulais découvrir (les références à Northanger Abbey). Du coup, j’ai presque envie de le relire parce que j’ai le livre de Radcliffe en tête et je pourrais encore mieux saisir l’ironie d’Austen. Je vais y réfléchir. Ce serait intéressant d’écrire un article sur ces deux livres. Merci!
J’aimeAimé par 1 personne
Très bonne idée, cette relecture ! De toute façon, ça ne fait jamais de mal de relire un Jane Austen, au contraire ;-D
J’aimeAimé par 1 personne
Bien d’accord! 🙂
J’aimeAimé par 1 personne
Ouh! Elle a l’air bien irritante, cette Adeline! Je ne pense pas que je prendrai le risque de cette découverte! Ton retour me suffit amplement!
J’aimeAimé par 2 personnes
Oui, mais c’est tout de même intéressant de découvrir une autrice de ce siècle avec le début du roman gothique. Mais bon. Adeline, c’est tout un personnage!
J’aimeAimé par 1 personne
Je n’ai encore jamais lu Radcliffe et je me demandais ce que pouvait valoir ce roman. Tu m’as un peu refroidie. Je n’aime pas trop moi non plus quand ça pleurniche à tout va.
J’aimeAimé par 1 personne
Alors, je ne te le recommande pas à moins que tu souhaites lire un des premiers romans gothiques. Ça dépend toujours de l’objectif de ta lecture. Le mienne était clairement de lire un roman gothique britannique du dix-huitième siècle rédigé oar une autrice. Alors, il faut choisir… C’est pourquoi je suis sortie mitigée de cette lecture. Merci!
J’aimeJ’aime
Bonjour Nathalie je n’ai jamais lu de roman gothique ni d’œuvre d’Ann Radcliffe ! Mais après lecture de ton intéressante chronique je crois que je vais éviter celui-ci. Ça a l’air très daté ! Et puis une héroïne qui pleure tout le temps ou qui tombe dans les pommes c’est pénible 🙂 Bonne journée
J’aimeAimé par 1 personne
Ça oui, cette Adeline était pénible. À part sa bonté et sa beauté, je me demande bien ce que les hommes lui trouvaient! Merci!
J’aimeAimé par 1 personne
J’ai dû relire ma chronique pour savoir si j’avais aimé ou pas. C’était il y a onze ans et j’en avais fait un coup de cœur. A vrai dire, je ne pense pas que ce serait le cas aujourd’hui…
J’aimeAimé par 1 personne
Notre perspective évolue… Ce roman possède des qualités; c’est Adeline qui a été un irritant lors de ma lecture avec ses larmes et ses évanouissements. Merci!
J’aimeJ’aime
Je ne suis pas totalement surprise par ton avis. Ma lecture des Mystères d’Udolphe avait été mitigée également et j’avais souligné les mêmes défauts et qualités que toi, de la tendance systématique de l’héroïne à pleurer ou à s’évanouir aux descriptions des paysages réussies. Les livres me semblent assez interchangeables sur l’ambiance, les ressorts gothiques que l’on y trouve, les héroïnes et leur méchant…
J’aimeAimé par 1 personne
Merci beaucoup pour ton commentaire. Je crois que je vais m’intéresser de plus près au genre gothique mais dans un contexte plus moderne pour découvrir d’autres facettes des héroïnes. Je pense que «Les Mystères de la forêt» a mal vieilli. Pourtant Ann Radcliff était tout de même assez libre pour son époque car elle écrivait. Mais bon. On est tout de même loin de notre siècle.
J’aimeAimé par 1 personne
Je suis d’accord avec toi quant au vieillissement de ses romans… Au plaisir de suivre tes prochaines découvertes : as-tu des titres en tête ?
J’aimeAimé par 1 personne
J’ai découvert une vidéo sur Youtube sur ce sujet et on parle des romans de Joyce Carol Oates. Comme je suis une grande admiratrice de cette dernière et que j’ai beaucoup de ses livres, je vais essayer de comprendre le cadre méthodologique du roman gothique moderne pour m’y référer durant ma lecture.
J’aimeAimé par 1 personne
D’accord ! je ne savais pas qu’elle avait écrit des romans « gothiques »…
J’aimeAimé par 1 personne
On apprend! 🙂
J’aimeAimé par 1 personne
Merci pour ton avis 🙂
J’avais hésité à le lire mais le côté gothique m’a refroidie… je pense avoir bien fait d’avoir choisi un autre titre.
J’aimeAimé par 1 personne
Oui. Il a des forces mais il a mal vieilli à mon avis… Merci! 🙂
J’aimeJ’aime