Madame lit Les Hauts de Hurtebise d’Emily Brontë

« Vous êtes dans le malheur, n’est-ce pas ? Tout seul comme le démon, et envieux comme lui. Personne ne vous aime, personne ne versera de larmes quand vous mourrez. Je ne voudrais pas être à votre place ! » (p. 381)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
J’ai lu la nouvelle traduction du célèbre et unique roman d’Emily Brontë, Wuthering Heights, (le titre original) publié par Les Belles lettres et s’intitulant désormais Les Hauts de Hurtebise. De mon côté, j’ai toujours connu ce livre en français sous le nom Les Hauts de Hurlevent. Patrick Reumaux est le nouveau traducteur du bouquin d’Emily Brontë. Je tiens par le biais de cet article à remercier la maison d’édition, car j’ai reçu ce livre en service de presse. De plus, cette lecture me permet de participer aussi au défi Les Classiques, c’est fantastique.
En août, les organisatrices du défi ont proposé la consigne suivante aux participantes et aux participants:
« Je ne suis pas un héros (ni une héroïne)
Le mois d’août sera celui des héros et des héroïnes qui n’en sont pas vraiment. Maintenant que vous avez la chanson de Balavoine en tête avec le titre du défi (c’est cadeau !), il ne vous reste qu’à choisir celui ou celle à qui cette étiquette colle à la peau ! »
Comme le personnage principal, Heathcliff, apparaît comme un anti-héros, je me suis dit que cette lecture me permettrait de participer au défi.
Les Hauts de Hurtebise d’Emily Brontë
Catherine Earnshaw vit avec son frère Hindley et son père dans leur demeure dans la campagne anglaise. Son père, en revenant d’un voyage, ramène un enfant sombre, abandonné, qu’il va nommer Heathcliff. Heathcliff et Catherine vont grandir ensemble en jouant dans la ferme, en se promenant dans le paysage pluvieux de l’Angleterre et en bavardant près du feu. Ils sont inséparables. Cependant, Hindley développe une haine contre cet autre garçon qui bénéficie de l’amour de son père. Les années passent et à la mort du père, Hindley revient à Hurtebise avec son épouse après avoir reçu une éducation pour vivre dans les Hauts. Sa femme va tout faire pour séparer les deux adolescents et elle va être appuyée par son époux qui va faire en sorte que Heathcliff occupe une place de domestique. Il le bat, il l’insulte et il l’humilie. Cependant, la pire humiliation, trahison, vient de Catherine qui décide d’épouser Edgar Linton, son voisin, qui est du même milieu social qu’elle. En colère, Heathcliff s’enfuit des Hauts de Hurtebise.
Trois ans plus tard, il revient en homme riche. Personne ne sait d’où vient cette fortune. Il cherche à tourmenter Catherine et son époux en courtisant Isabelle, la soeur d’Edgar. Ils vont avoir un fils Linton aux Hauts de Hurtebise. Cependant, Isabelle réalise à quel point son époux est violent et qu’il n’est amoureux que de sa belle-soeur, Catherine. Catherine tombe elle aussi enceinte, mais elle devient rapidement très malade. Elle donne naissance à une fille prénommée, Cathy, en son honneur, car elle meurt peu après son accouchement. Edgar et Heathcliff sont dévastés par cette mort.
Isabelle va s’enfuir des Hauts de Hurtebise avec son fils pour aller vivre en ville, car elle ne peut supporter la violence de son époux envers Hindley devenu alcoolique à la suite du décès de son épouse et envers elle. Hindley a hypothéqué la demeure paternelle et à sa mort, tout est légué à Heathcliff.
Les années passent et les deux voisins, Heathcliff et Edgar, vivent dans la haine. Heathcliff a vu son fils revenir vivre auprès de lui et développer des sentiments pour sa cousine Cathy. Mais encore, Heathcliff s’occupe aussi du fils d’Hindley, Hareton. Heathcliff profite des sentiments de Cathy pour Linton et se venge d’Edgar en réussissant à s’approprier la propriété des Linton à la mort de son fils. Qui héritera finalement des Hauts de Hurtebise ? Cathy, pourra-t-elle trouver le bonheur ?
Mes impressions
Heathcliff : anti-héros
Heathcliff possède toutes les caractéristiques de l’anti-héros. Il est cruel, violent et il est motivé par un fort esprit de vengeance.
Il revient aux Hauts de Hurtebise pour se venger de Catherine qui n’a pas été à la hauteur de leur amour. Il souhaite par le fait même se venger d’Edgar qui lui a ravi son amour. Il revient aussi aux Hauts de Hurtebise pour se venger d’Hindley qui l’a humilié et battu durant son enfance. Son devenir est marqué par son désir de vengeance.
Comme le pense Edgar sur son lit de mort à propos de son domaine de la Grange :
« Il devina que l’un des buts de son ennemi était d’assurer à son fils, ou plutôt à s’assurer à lui-même, la fortune et les terres […]. »
Bien entendu, Heathcliff est un personnage ambivalent. Son amour pour Catherine est immense. Mais la souffrance qu’il a endurée à la suite du mariage de Catherine a transformé sa personnalité au point d’élaborer une vengeance effroyable, impitoyable, cruelle.
Comme il le mentionne à Catherine à son retour :
« Et quant à toi, Catherine, j’ai bien envie de te dire quelques mots, puisque nous sommes là-dessus. Je veux que tu sois consciente que je sais que tu m’as infligé un traitement infernal, oui infernal. […]
« Et si tu t’imagines que je vais continuer à souffrir sans me venger, je te convaincrai d’ici peu du contraire. » (p. 164)
Ainsi, Heathcliff est mené par les ténèbres l’entourant. D’ailleurs, il est souvent associé dans le récit au démon, au diable.
Comme Hindley le dévoile à Isabelle :
-« Luttez par amour contre ce démon aussi longtemps que vous pourrez. Quand l’heure sera venue, tous les anges du Ciel ne pourront rien pour lui !» (p. 198)
En tous les cas, il est rare de découvrir un personnage dont les actes sont conditionnés par un tel égoïsme et par un tel esprit de vengeance au point de détruire tout sur son passage tel un cavalier de l’apocalypse.
De surcroît, j’ai adoré ce livre fougueux. Heathcliff s’avère impossible à oublier !
Et la traduction maintenant ?
Comme l’a mentionné le traducteur et écrivain Patrick Reumaux :
« Traduire, c’est transmettre des formes. Un simulacre : devant le texte à traduire, le traducteur est en mouvement, il marque son territoire comme la fleur-insecte marque le sien », nous expliquait Patrick Reumaux à l’occasion d’un entretien à son domicile, en fin d’année 2014. » Source : Les univers du livre Actualitté
Pour marquer son territoire, le traducteur l’a fait avec ce livre. Tout d’abord, il y a le titre. Le traducteur s’approprie ainsi l’histoire et lui donne une couleur bien à lui. Cependant, dans le livre, j’ai remarqué un petit Hurlevent glissé peut-être par mégarde à la page 387.
« J’ai fait une visite à Hurlevent mais je ne l’ai pas vue depuis qu’elle est partie ».
Mais encore, le traducteur amène l’instance lectrice dans un langage qui se colle à la parole. Ainsi, le personnage de Joseph, le serviteur ou l’homme à tout-faire, parle un patois. Il s’exprime selon son éducation.
« – Maît’e, maît’e, le vlà qui vole la lanterne! cria le vieux en se mettant à ma poursuite. Vas-y, Charpie, mon chine. Vas-y, Loup, saute-y dessus, saute-y ». (p. 43)
Et il y a aussi Ellen, celle qui raconte l’histoire des Earnshaw et des Linton, qui ne cesse de dire « la Catherine » ou encore « la Cathy ».
Au début, j’étais mal à l’aise de voir affubler Catherine d’un la devant son nom. Je trouvais cette façon de faire assez péjorative. Et pourtant, Ellen aime Catherine.
« Nous avons fait cercle autour de lui et, par-dessus la tête de la Miss Cathy, j’ai aperçu un gamin aux cheveux noirs, sale, en haillons, assez grand pour marcher et parler, qui avait l’air plus vieux que la Catherine ». (p. 67)
De plus, dans ce texte, la lectrice ou le lecteur ressent toute la puissance du vent en mouvement. Le vent qui transporte les âmes, qui fait vaciller les coeurs, qui chasse les fantômes. D’ailleurs, le titre est expliqué ainsi :
« Les Hauts de Hurtebise est le nom de la demeure de Mr Heathcliff. « Hurtebise » est une façon de parler locale qui décrit le tumulte de l’atmosphère auquel est exposé ce lieu quand le vent souffle en tempête. Des rafales d’air pur, c’est ce que l’on doit avoir par tous les temps là-haut : on peut deviner la puissance du vent du nord soufflant au-dessus de la crête à l’inclinaison excessive des quelques sapins rabougris à l’extrémité de la maison à la maigre rangée d’épineux aux membres tendus dans la même direction comme pour quémander la charité du soleil. » (p. 26)
Donc, c’est une traduction très osée, qui amène la lectrice ou le lecteur dans un univers plus représentatif du parler des personnages.
Je vous recommande de lire Les Hauts de Hurtebise si :
- Vous aimez les histoires d’amour passionnel
- Vous souhaitez découvrir une nouvelle traduction
- Vous adorez la littérature anglaise avec ses landes, ses vents et sa folie
Par ailleurs, j’ai lu Les Hauts de Hurtebise dans le cadre du défi Les Classiques, c’est fantastique créé par Moka et Fanny. En ce mois d’août, il fallait aller à la rencontre d’un anti-héros dans un classique. Heathcliff apparaît comme le roi des anti-héros !
Je ne peux m’empêcher de partager cette merveilleuse chanson de Kate Bush sur le roman d’Emily Brontë.
Avez-vous entendu parler de cette nouvelle traduction ?
Bien à vous,
Madame lit
Emily Brontë, traduit de l’anglais par Patrick Remaux. Paris, Les Belles Lettres, 2024, 443 p.
ISBN : 978-2-251-45535-8
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C’est toi qui m’apprends cette nouvelle traduction. De mon côté, j’ai ce roman, mais dans une traduction plus ancienne, et avec un titre différent : « Le plateau des rafales ». Il n’est pas répertorié sur Wikipedia, il s’agit d’une édition belge imprimée en 1943 à Bruxelles par l’éditeur Claude Chabry. Assez rare, du coup, je pense!
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Je suis impressionnée par ton édition! Celle que je présente a un côté plus moderne. C’est fou les changements de titres! Je devrais faire une recherche sur les titres de ce livre en français. Merci!!!
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Je n’ai toujours pas lu ce classique. Une nouvelle traduction est une excellente occasion de le faire
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Oui! Merci. Bonne découverte de ce grand classique.
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Heathcliff est l’antihéros par excellence, quel remarquable choix ! Je suis un peu dubitative devant le choix du titre par contre, mais c’est difficile de dépoussiérer les classiques sans heurter les lecteurs!
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Oui, la traduction est moderne. Pourtant, c’est un grand traducteur qui propose cette nouvelle version. En tous les cas, la couverture est très belle tout comme la qualité du papier!
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Bonsoir Nathalie, cette traduction a l’air très audacieuse ! J’aime bien le mot Hurlevents et il me semble que Hurtebise n’est pas aussi beau mais ce n’est que mon avis 😃 Si je lis un jour ce célèbre roman je crois que ce sera la traduction plus ancienne. Merci et bonne soirée 🙏🎇🛏
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Merci à toi! Je te comprends par rapport à ton choix. Bonne semaine!
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J’ignorais cette nouvelle traduction, et qu’il avait été rebaptisé pour l’occasion… j’avais adoré cette lecture, faite il y a quelques décennies, et c’est un roman que je relirai un jour, c’est sûr… (dans ma vieille version du Livre de poche)..
Ingannmic (https://bookin-ingannmic.blogspot.com/)
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J’ai aussi une vieille édition. J’étais curieuse de lire cette nouvelle publiée chez Les Belles Lettres. J’en sors mitigée… Merci!
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Choix parfait ! C’est un livre que j’aimerais relire (mais j’avoue que je resterai sur ma vieille traduction : elle ne m’a jamais dérangée et je crois que Hurlevent est trop ancré en moi !).
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Je te comprends… cependant, le traducteur est très connu et je crois qu’il voulait donner un souffle plus réaliste (niveaux de langue) à ce roman. Merci!
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Je ne remets pas son travail en cause et je suis mal placée pour critiquer l’intérêt d’une nouvelle traduction (alors que j’ai également présenté un roman bénéficiant d’une nouvelle trad). C’est juste que, pour ce titre, je ne suis pas forcément tentée de la découvrir !
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Je comprends tellement. C’est d’ailleurs un des éléments qui m’a perturbée tout au long de ma lecture. Je crois que la prochaine fois, je le lirai en anglais. 🙂
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Je te tire mon chapeau. Je redoute toujours un peu les classiques en anglais.
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j’adore ce roman, déjà relu… tu m’intrigues vraiment avec cette traduction !
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Bonne découverte alors!
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