Madame lit Follement écrivaines de Xavière Hardy

« Trois femmes. Trois écrivaines. Trois suicides ». (p. 7)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
Dès que j’ai lu le résumé de l’essai Follement écrivaines de Xavière Hardy, je me suis dit que ce dernier avait tout pour me plaire. Pourquoi ? D’une part, parce qu’il aborde l’écriture féminine, d’autre part, il met en scène des autrices que j’admire énormément comme Virginia Woolf, Sylvia Plath et Marina Tsvetaïeva. Donc, j’ai demandé à la maison d’édition Hasthag de m’en faire parvenir une copie en service de presse et je la remercie par le biais de ce billet.
Tout d’abord, qui est Xavière Hardy ?
Selon le site Web des éditions Hashtag :
« Née à Grasse sur la Côte d’Azur, Xavière Hardy est une écrivaine canadienne et française. En 2020, son premier roman Ne passez pas par la case départ est publié aux Éditions Complicités à Paris. Après des études supérieures en école de commerce et presque quinze années comme gestionnaire de jeu vidéo à Montréal et professeur auxiliaire en production de jeu vidéo au Champlain College de Burlington, Xavière se consacre désormais à l’écriture. »
Follement écrivaines
Par le biais de neuf chapitres, l’essayiste propose une réflexion bien documentée sur la place des femmes dans la littérature. Pour ce faire, elle se réfère à trois autrices majeures de la littérature du XXe siècle qui se sont enlevé la vie, Virginia Woolf, Marina Tsvetaïeva et Sylvia Plath. Devenir autrice lorsque tu es une femme, une épouse, une mère, revêt tout un défi. Le temps consacré à l’écriture apparaît comme un temps volé aux enfants, à l’époux, aux amis. Quelle place la société accorde-t-elle aux autrices ? Quel rôle lui donne-t-on ? Quels revenus financiers lui attribue-t-on ? Devant trop de pression, pourquoi certaines renoncent-elles à l’écriture et parfois, à la vie ? À travers le portrait des 3 autrices, l’essayiste s’interroge sur l’évolution du statut d’autrice et elle se remet en question quant à sa propre place dans le domaine littéraire afin de donner, peut-être, un peu d’espoir et un sens au travail des autrices.
Mes impressions
J’ai toujours voulu écrire un roman, alors j’ai trouvé cet essai fort intéressant, car j’ai pu comprendre certains éléments freinant mon propre processus d’écriture. Dès le départ, l’essayiste m’interpelle en mentionnant qu’elle va vivre avec la dépression jusqu’à sa mort et que les pilules lui sont nécessaires afin de stabiliser ses pensées. En ce qui concerne Woolf, Tsvetaïeva et Plath, elle relève ceci :
« Sans ces petites pilules, aurais-je connu un destin similaire à ceux de Sylvia Plath, Marina Tsvetaïeva et Virginia Woolf ? Les premiers antidépresseurs arrivent sur le marché dix ans après les suicides de Virginia et Marina. Leur administration en est à ses balbutiements lorsqu’ils sont prescrits à Sylvia peu de temps avant sa mort. » (p. 9-10)
Je n’avais jamais réalisé cet élément lorsque je pensais aux suicides de ces grandes autrices. Leur destin aurait-il été différent avec des antidépresseurs ? Je pense aussi à Nelly Arcan qui a marqué profondément le domaine littéraire avec ses magnifiques écrits. Mais, pour moi, le problème de Nelly est ailleurs… cette dernière a été plutôt victime de son corps, de sa beauté. La pression de la société et le regard de l’homme sur le corps d’une femme peuvent provoquer des drames terribles. Nelly Arcan n’a pu échapper à ce corps qu’en le quittant. Alors, le titre résonne en pensant à toutes ces autrices : follement écrivaines.
Mais encore, un autre élément que j’ai trouvé intéressant : le peu de femmes dans le domaine littéraire. Par exemple, les membres des jurys des grands prix littéraires s’avèrent composés majoritairement d’hommes. C’est peu dire… Et le mariage ? Faut-il « tuer cet ange du foyer » comme le propose Woolf ? L’essayiste interroge les statistiques des dernières années et il n’est pas étonnant de constater que les femmes s’occupent encore la plupart du temps de la cuisine et des devoirs des enfants. Elles font des tâches non-rémunérées, c’est-à-dire du travail domestique. Le partage des tâches ménagères n’est pas encore fait également. Comment dans un tel contexte, peuvent-elles écrire ? Il est important de relever que cet essai met l’accent sur les obstacles auxquels sont confrontés les autrices, et ce, même si rien n’a changé depuis cent ans. Xavière insiste particulièrement sur Plath qui dès le départ a mis la carrière de son époux le poète Ted Hugh devant la sienne. Pourquoi ? Parce qu’il est son Dieu, son Homme, son Époux ? Et lui, il lui sera infidèle malgré tout le renoncement de Plath pour lui plaire, pour faire de lui le plus grand des poètes et pour s’occuper de leurs enfants. D’ailleurs, avant de se suicider, elle prépare des biscuits et des verres de lait pour ses enfants. De mon côté, je partage l’opinion de Woolf : l’autrice doit s’éloigner le plus possible des tâches du foyer.
J’ai aussi énormément apprécié le chapitre 8 : De l’importance d’écrire, car il est question dans ce dernier du dialogue entre la vie et l’écriture. Je le sais, car lorsque je souhaite m’enfermer pour écrire, je dois faire fi de ma vie (mon conjoint, mes animaux, etc. ). La réponse, comme il est présenté, se trouve dans les dires de Marina Tsvetaïeva :
« Pourquoi j’écris ? J’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire » (p. 115) et l’essayiste poursuit en citant cet extrait : « Je ne vis pas pour écrire des vers, j’écris des vers pour vivre ». J’ai appris dans cet essai que pour Plath, l’écriture est associée à la religion, au sacré. Pour Woolf, la véracité de l’histoire à travers les personnages demeure l’aspect le plus important.
Ce que je retiens aussi : écrivez les femmes. Ne vous limitez pas. D’ailleurs, l’essayiste, en abordant le travail d’écriture de Woolf, Tsvetaïeva et Plath, tente de définir sa place, une place bien à elle et trouver un cadre qui lui est propre. Par le fait même, chaque autrice peut s’interroger en lisant cet essai, sur son acte d’écriture, son cadre et sur son essence.
Voici donc quelques éléments que j’ai trouvé très intéressants, mais cet essai forme un tout. Je vous invite à le lire si :
- Vous êtes passionné par l’écriture
- Vous aimez les textes de Virginia Woolf, Marina Tsvetaïeva et Sylvia Plath
- Vous voulez en apprendre davantage sur l’écriture au féminin
Que pensez-vous des éléments que j’ai présentés de cet essai ?
Bien à vous,
Madame lit
Xavière Hardy, Montréal, Éditions Hashtag, 2024, 145 p.
ISBN : 978-2-924936-64-1
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Bonjour Nathalie, ce livre a l’air passionnant et tu en parles très bien. J’admire ces trois écrivaines et c’est vrai qu’on peut s’interroger sur leur désespoir et leur mort tragique, en lien avec la société. Intéressant aussi cette réflexion sur les antidépresseurs ! Merci de cet article. Je te souhaite une très bonne journée.
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Merci Marie-Anne, cet essai est intéressant. Il importe de réfléchir aux conditions des autrices… et de réaliser qu’elles n’ont pas encore la parité… bonne fin de semaine!
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Je n’ai lu que Virginia Woolf, et encore, pas beaucoup, mais cela m’intéresse beaucoup malgré tout et je pense que cet essai me donnera très envie de lire les deux autres autrices. Xavière Hardy aborde le sujet avec beaucoup d’intelligence visiblement.
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Ce sont trois grandes écrivaines et l’essayiste se réfère aux journaux, aux écrits, etc. pour aborder les problématiques reliées à l’écriture. J’ai beaucoup apprécié cet essai…
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Cela a dû être une lecture bien intense, et l’analyse que tu présentes par rapport à « et si… » est interpellante. Pourquoi écrit-on ? Pour quoi, qui écrit-on? Quant au peu de femmes dans la littérature, elles sont juste moins mises en lumière, un peu moins éditées et surtout moins mises en avant.
Article intéressant à ce sujet :
https://theconversation.com/litterature-un-art-encore-largement-domine-par-les-hommes-126561
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Oui et l’essayiste aborde la domination de l’homme dans le domaine des lettres et je crois que ce phénomène est plus relié à l’Europe.
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Je ne suis pas sûre. L’article en question vient d’une chercheuse de l’université de Sherbrooke.
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D’accord… je me trompe peut-être…
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Je trouve très intéressant et je retiens particulièrement le lien entre deux mots de ton texte : l’écriture et la vie. Je me doutais bien que Virginia Woolf serait de la liste et je veux découvrir les deux autres écrivaines de ton texte. Et peut-être un jour, un roman de toi… Je te le souhaite!
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Merci beaucoup! Tu aimerais beaucoup cet essai. Au plaisir!
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