Madame lit Mémoires d’un âne de la comtesse de Ségur
« Je ne me souviens pas de mon enfance ; je fus probablement malheureux comme tous les ânons, joli, gracieux comme nous le sommes tous ; très certainement je fus plein d’esprit, puisque, tout vieux que je suis, j’en ai encore plus que mes camarades. »
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
En janvier, les organisatrices du défi Les Classiques, c’est fantastique ont proposé la consigne suivante aux participantes et aux participants :
« Janvier: Les animaux, ces héros comme les autres
Ce mois-ci, les êtres humains seront dans l’ombre et vont se faire voler la vedette par de petites bêtes à poils, à écailles ou à plumes (ou toute autre suggestion de votre part.) »
Comme il me reste que quelques livres de mon enfance, ma sœur les a tous jetés, j’ai sorti Mémoires d’un âne de ma bibliothèque, que j’avais demandé à mes parents de m’acheter lors d’une vente de livres à la bibliothèque municipale de La Malbaie. Je ne me souvenais plus du tout cette histoire ! Je n’aurais même pas pu citer le nom de l’âne nous narrant ses aventures. Alors, je suis contente de participer au défi, car cela me permet de renouer avec de beaux souvenirs. Et que dire de renouveler mon expérience avec un livre de la bibliothèque rose…
Mémoires d’un âne
Un âne, Cadichon, alors qu’il est devenu vieux, raconte ses mémoires. Pour ce faire, il aborde ses aventures à travers le temps et il parle de ses différentes maîtresses et de ses différents maîtres. Il soulève les coups de bâton qu’il a reçus tout comme les caresses qu’il a appréciées. Mais Cadichon est un âne qui joue des tours. Il aime s’amuser. Parfois, il n’aime pas quelqu’un, alors il se venge. Par exemple, alors que le chien Médor se fait tuer par accident par un jeune garçon lors d’une partie de chasse, Cadichon jure qu’il se vengera pour la perte de son ami. Surtout, Cadichon fera l’apprentissage de l’importance de la bonté et du repentir. Ainsi, il pense aux personnes qu’il a blessées et il va même jusqu’à aider une famille qui a connu sa méchanceté. Il ne faut pas oublier que Cadichon est un âne plus intelligent que les autres… Il va se servir de son intelligence pour faire le bien autour de lui.
J’ai ressenti beaucoup d’émotions en tournant les pages de ce livre. C’est fou comme notre inconscient s’avère sollicité par le biais d’un objet. Le plaisir de revenir à ce livre est indescriptible. J’ai même repensé à La cabane enchantée de la comtesse de Ségur. J’ai tellement pleuré enfant, car ma chienne, Princesse, l’avait déchiqueté. Tant de souvenirs…. Comme le dirait Claude Dubois, chanteur québécois : « J’ai souvenir encore…».
Ainsi, Camille, Madeleine, Jacques, Élizabeth ou August et tous les autres, sont des enfants inoubliables et cependant, je les avais oubliés. Et le fouet qui marque la peau de notre pauvre Cadichon… parfois, il fallait le punir. Je crois que mon amour des animaux doit remonter à cette histoire. Pourquoi avoir choisi Mémoires d’un âne au lieu des Petites filles modèles ? Je n’ai que deux livres achetés enfant par mes parents de la comtesse de Ségur : Les malheurs de Sophie et Mémoires d’un âne. Je sais que ces livres ont ouvert des portes en moi, des portes reliées à mon imaginaire et ils ont participé au développement de mon identité. Ces derniers ont toujours été avec moi. Je suis heureuse qu’ils aient échappé à la main de ma sœur.
Mais encore, je comprends ce que l’autrice a véhiculé comme morale auprès de la jeunesse avec ce livre. Il faut se servir de son intelligence et ne pas se venger. Il importe plutôt de cultiver la bonté et la compassion envers les plus démunis. Le fait de se servir d’un âne pour faire passer cette philosophie est génial. L’âne symbolise certainement le plus stupide de tous les animaux. Cadichon est cependant un âne intelligent, différent. Comme quoi, les enfants intelligents doivent se servir de leur force pour faire le bien et non pas le mal en se vengeant. L’importance d’avoir du cœur apparaît comme la voie à emprunter.
« Vous verrez, mon cher petit Maître, comment moi, pauvre âne, et mes amis ânes, ânons et ânesses, nous avons été et nous sommes injustement traités par les hommes. Vous verrez que nous avons beaucoup d’esprit et d’excellentes qualités […]. Vous verrez enfin que lorsqu’on aura lu ce livre, au lieu de dire : Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira : De l’esprit comme un âne, savant comme un âne, docile comme un âne, et que vous et vos parents vous serez fiers de ces éloges.
Hi ! han ! mon bon maître ; je vous souhaite de ne pas ressembler, dans la première moitié de sa vie, à votre fidèle serviteur.
Lettre de Cadichon à son petit Maître, M. Henri de Ségur (préface des Mémoires d’un âne) »
Mémoires d’un âne se lit facilement et il devrait être mis dans les mains des enfants ! Oui, il y a de la cruauté, mais c’est comme ça aussi la vie… Les enfants sont parfois cruels entre eux.
En faisant des recherches sur la comtesse de Ségur, j’ai trouvé que Marguerite Yourcenar n’avait pas la même perception que moi. Pour elle :
« J’ai toujours détesté les livres de la comtesse de Ségur, la « Bibliothèque rose » me donne encore mal au cœur quand j’en vois un exemplaire. »
Pour moi, les livres de la bibliothèque rose portent le parfum de mon enfance… Merci aux éditions Casterman de m’avoir donné tant de belles heures de lecture.
J’ai lu les Mémoires d’un âne dans le cadre du défi Les Classiques, c’est fantastique créé par Moka et Fanny.
Gardez-vous de bons souvenirs des livres de la comtesse de Ségur ou au contraire, comme Marguerite Yourcenar, vous les avez détestés ?
Bien à vous,
Madame lit
Comtesse de Ségur, Tournai, Casterman, La bibliothèque rose, 1979, 254 p.
ISBN : 2-203-13501-8
Vous avez remarqué une faute dans mon article ? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture !!!
Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Mémoires d’un âne par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé. Je recevrai une petite redevance qui ne vous coûtera rien.




Je partage tout à fait ton avis. Je fais partie de celles et ceux qui ont appris en lisant la Comtesse de Ségur, que ce soit au niveau des valeurs qu’elle véhicule qu’en ce qui concerne le contexte historique et la vision qu’avait l’auteure des différences sociales et de tout ce qu’elles comportent comme préjugés. Je garde un particulièrement bon souvenir d’ Un bon petit diable, de Diloy le chemineau, et des Petites filles modèles + les Vacances, que j’ai dévorés chez ma grand-mère dans une vieille édition, avec une couverture totalement rouge.
Merci pour cette plongée en enfance!
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Merci ! Je ne suis pas seule à avoir apprécié les belles histoires de la comtesse de la Ségur. On a certainement lu et apprécié les mêmes livres enfant. J’ai vu dans Internet la vieille édition avec la couverture rouge ! Que de souvenirs !!!
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Aveu du jour… Je n’ai jamais lu cette autrice. En revanche – écho du jour – je lis justement un essai (Le château de mes sœurs) qui évoque Les Petites filles modèles. C’est peut-être l’occasion de faire un pas vers ses écrits…
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Je crois bien qu’on aime ou on n’aime pas cette autrice. J’espère qu’elle te plaira. Il y a de belles éditions des livres de la comtesse de Ségur et les choix de livres sont nombreux et diversifiés ! Merci !
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J’ai grandi moi aussi avec la comtesse de Ségur mais j’ai été déçue par la morale quand j’ai relu Les vacances par exemple. C’est bien sûr de son époque, mais ça le semblait tellement rétrograde que cela avait perdu tout son charme pour moi. Il vaut mieux parfois rester sur de bons souvenirs d’enfance !
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Oui… je crois que la morale s’adresse aux enfants. Il me semble qu’elle écrivait ses histoires pour ses petits-enfants. Pour moi, ça été une belle expérience de renouer avec Cadichon. 🙂 Merci!
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Bonjour Nathalie, ta chronique sur « les mémoires d’un âne » me touche beaucoup ! Je me souviens que ma mère me lisait la comtesse de Ségur le soir avant de dormir et que ça me plaisait bien. Ton article réveille plein de doux souvenirs pour moi 🙏😍 Merci et belle journée à toi 🌞🍀📚🤩
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Je crois que cette comtesse éveille en nous de belles émotions. Je te souhaite une belle fin de journée ! Ici, il fait froid!!!! 🪅🔥📖❄️
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Ah oui au Canada en janvier il doit faire très froid ! Nous on a beaucoup de pluie en ce moment 🌧☂️💧et la grisaille parisienne est toujours bien présente ! Mais en mars on espère le printemps… 😃
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Je vous souhaite de vous débarrasser de la grisaille. Il fait froid mais au moins, nous avons du soleil! 🌞 ❄️
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J’adorais les romans de cette Comtesse de Ségur quand j’étais enfant, j’ai d’ailleurs encore ce même exemplaire des Mémoires d’un âne. Je me souviens tout de même avoir parfois été frappée l’aspect très « morale chrétienne » de ses histoires…
Ingannmic (https://bookin-ingannmic.blogspot.com/)
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Je n’ai pas trop remarqué cette morale dans les mémoires. Mais, c’était une autre époque. En ce sens, la morale, la cruauté, la chrétienté relèvent d’un autre temps. Merci pour ton commentaire!
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Je te rejoins quand tu évoques le parfum de l’enfance qui remonte lorsqu’on relit un livre de la comtesse de Ségur. J’ai relu Les malheurs de Sophie, Les petites filles modèles et Les vacances avec beaucoup de bonheur !!! Et je ressens la même chose lorsque j’ouvre un Alice détective. De la littérature enfantine oui, mais il y a toujours une morale, des messages cachés etc. Ce ne sont donc pas des romans « simplistes ».
J’avais lu quelque part que la comtesse de Ségur était vraiment à l’écoute des enfants, et savait leur parler. Dans le sens où elles les comprenait, ne minimisait pas ce qu’ils pouvaient ressentir. J’ai trouvé ça génial, et cela se ressent de toute façon dans ses romans.
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Je suis aussi d’avis que la comtesse était à l’écoute des enfants. J’avais presque oublié Alice détective! Merci de me rappeler cette héroïne! Je te remercie pour ton commentaire! 🙂
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J’ai lu « Les malheurs de Sophie » quand j’étais jeune adolescente. Je note « Les mémoires d’un âne ». Merci pour le partage.
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Au plaisir !
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Quand on a vidé avant de la vendre, il y a quelques années, la maison de famille où je passais mes vacances gamins, j’ai retrouvé un dessin que j’avais fait il y a aujourd’hui plus d’un demi-siècle, une copie de l’illustration où Cadichon sauve sa petite maîtresse de l’incendie…
J’ai relu le bouquin du coup: j’avais oublié que les ânes ne peuvent pas braire si on leur attache une grosse pierre au bout de la queue!
(s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola
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Merci beaucoup de ce partage! Ce souvenir est touchant. Demain, j’irai déposer mon lien. Bonne soirée!
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