Madame lit La saga des poules mouillées de Jovette Marchessault

« Anne : Comme si la lecture de certains livres exerçait et renouvelait à la fois, les pouvoirs créateurs des êtres ». (p. 128)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, j’ai choisi de parler d’un texte fort sur la parole féminine. Ainsi, j’ai décidé de présenter la pièce de théâtre La saga des poules mouillées (1979) de Jovette Marchessault (Montréal, 1938 – Danville, 2012), car, dans cette dernière, il est question de grandes autrices québécoises qui ont ouvert le chemin aux autres, qui ont libéré leur pouvoir créateur. Mais encore, je voue un intérêt depuis mes années universitaires à Laure Conan, la première autrice de roman psychologique au Québec. Si vous voulez en apprendre davantage sur ce dernier, veuillez cliquer sur Laure Conan. Comme je prépare une courte vidéo sur cette dernière pour aborder son impact dans ma vie, alors je voulais découvrir ce que Jovette Marchessault avait présenté dans son écrit. Il faut savoir que dans cette pièce de théâtre, Laure Conan est un personnage. Lors de la première de la pièce, Laure Conan était jouée par Charlotte Boisjoli.
Tout d’abord, l’autrice à elle seule est importante en cette journée. Alors, qui est Jovette Marchessault?
Selon le site Web de l’Encyclopédie canadienne :
« Jovette Marchessault, romancière, auteure dramatique, peintre, sculpteure (née le 9 février 1938 à Montréal, Québec; décédée le 31 décembre 2012 à Danville). Artiste multidisciplinaire autodidacte, Jovette Marchessault a remporté d’importants prix pour ses œuvres littéraires et dramatiques et a laissé une marque unique dans la culture francophone. Soutenu par une voix profonde et lyrique, son travail célèbre les mots à travers les mythes et une langue poétique libératrice. Son œuvre rend hommage à des femmes de toutes origines, particulièrement des artistes et des écrivaines. Cofondatrice de la maison d’édition internationale Squawtach Press, elle a contribué à de nombreuses publications, et elle a été chargée de cours au département de théâtre de l’Université du Québec à Montréal. Elle a remporté notamment le Prix France-Québec et le Prix du Gouverneur général en théâtre.»
Les éditions de la Pleine Lune
Comme je suis contente de parler aujourd’hui, en ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, de cette maison d’édition québécoise. Le livre La Saga des poules mouillées de Jovette Marchessault que j’ai entre les mains a été publié par Les éditions de la Pleine Lune en 1981. Voici l’information que j’ai reçue, en guise de service de presse, à propos de cette maison d’édition québécoise:
« Les éditions de la Pleine lune, première maison d’édition québécoise (et à mon avis la seule…) consacrée aux écrits de femmes, les éditions de la Pleine Lune célèbrent cette année leurs 50 ans d’existence 1975-2025. Écho à l’énonciation de la condition féminine en littérature, cet anniversaire coïncide avec celui de l’Année internationale de la femme (article rétrospectif), proclamée par l’ONU en 1975 et à partir de laquelle a commencé à être fêtée la Journée internationale des femmes, le 8 mars. »
À l’endos de mon édition de la Saga des poules mouillées, il est noté :
« tenues à distance de l’écriture
aussi bien que de nos corps
les éditions de la pleine lune
se veulent un instrument
au service de la parole des femmes
tant orale que écrite
en vue de cerner le non-dit
de notre identité singulière et collective
L’éditrice »
Par le biais de cet article, je tiens à remercier cette maison d’édition d’avoir choisi de publier uniquement des textes de femmes.
La saga des poules mouillées
Dans cette pièce de théâtre, quatre écrivaines qui ont marqué la littérature québécoise, Laure Conan, dite l’Ancienne, Germaine Guèvremont, dite la Paroissienne, Gabrielle Roy, dite Petite corneille, Anne Hébert, dite Tête nuageuse, se rencontrent dans une bibliothèque. Ainsi, elles vont discuter de leur vie, de leurs livres, de leur impact les unes sur les autres. Elles abordent également leur processus d’écriture, mais surtout, elles vont se libérer de leur peur du clergé ou de la censure et chercher à prouver l’importance de la place des femmes en littérature. Six parties composent la pièce : l’assemblée de sommeil, les perceuses de ciel, la peau de la Grande Oursonne, la nuit des voyantes, comment les forceps vinrent aux hommes, la Saga des poules mouillées.
Mes impressions
Ce qui m’a d’abord frappée en fouillant dans le livre, ce sont les actrices qui ont interprété les rôles des écrivaines. Je ne m’attendais pas à retrouver des noms comme Andrée Lachapelle ou Monique Mercure. Alors, il faut admettre que cette dernière a dû susciter un intérêt dans le milieu québécois des années 80. Mais encore, j’ai trouvé géniale cette rencontre entre ces grandes artistes québécoises ! Les dialogues sont riches et puissants et ils abordent les œuvres des écrivaines. Voici un exemple :
Laure à Anne : « Entends-moi, femme selon mon cœur, il faut en finir avec cette nuit colossale… La nuit des tombeaux ! La nuit de l’anonymat, des pseudonymes ! Je parle au nom de toutes celles qui écrivent, qui créent quelque part dans le monde. Il faut en finir, sinon…» (p. 133)
Il faut savoir que ce tombeau, dont il est question, est Le Tombeau des rois d’Anne Hébert. Cette dernière a travaillé pendant dix ans sur son recueil de poésie qu’elle a dû publier à son compte, car il n’intéressait pas les éditeurs. Comment ce recueil a-t-il pu être refusé ? Encore aujourd’hui, je cherche à percer ce mystère. Mais la pièce évoque très bien la domination des hommes dans le domaine littéraire québécois. D’ailleurs, comme mentionné dans l’extrait ci-haut, les femmes doivent en finir avec l’anonymat et s’affirmer pleinement avec leur propre nom. Laure Conan a dû changer de nom pour ne pas que l’on sache qui elle était. Son vrai nom est Félicité Angers. Aujourd’hui, il importe de nommer les femmes en littérature et de reconnaître leur place. Il faut enfin briser les chaînes et prendre notre place.
Mais encore, j’ai été surprise par le thème du feu dans la pièce de théâtre. Les autrices dans la pièce doivent se libérer de cette peur du feu. Comme le mentionne Anne :
« Sur cette terre promise, on a brûlé deux choses : des femmes et des livres. C’est le matériel de base des bûchers avec des chattes, des vaches, des juments et des truies. » (p. 135)
Quand je pense à l’Amérique aujourd’hui et que le président des États-Unis s’en prend aux femmes et aux livres, je ressens cette peur. Je n’aurais jamais pensé vivre un tel revirement sur notre continent. Et je passe le reste.
Toujours est-il que j’ai adoré lire cette pièce de théâtre qui porte des messages et des émotions de femmes écrivaines qui ont marqué la littérature québécoise.
Je vous la recommande sans hésitation.
De plus, comme je n’avais pas encore parlé de Jovette Marchessault sur mon blogue, je me suis dit qu’il était temps, surtout aujourd’hui. Alors, continuons à écrire, à libérer notre imagination, à oser. Nous avons un message à partager ! Et surtout, résistons à la peur.
Que pensez-vous de mon article en ce 8 mars ?
Bien à vous,
Madame lit
Jovette Marchessault, Montréal, les Éditions de la pleine lune, 1981, 178 p.
ISBN : 2-89024-0212-6
Vous avez remarqué une faute dans mon article ? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture !!!
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Bonjour Nathalie, cette pièce de théâtre doit être très passionnante, avec la rencontre de ces quatre grandes écrivaines québécoises, tellement importantes. Ton article me fait plaisir car je lis justement en ce moment un roman de Gabrielle Roy « La petite poule d’eau », une bien belle écriture ! Merci beaucoup, excellent dimanche à toi !
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Bonjour Marie-Anne, j’aimerais bien voir cette pièce jouée par des actrices. Je suis heureuse de savoir que tu es en train de lire du Gabrielle Roy. C’est une grande autrice. Bonne fin de journée! ❄️📖🫶
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Ca m’a l’air passionnant en effet, mais je pense d’abord lire au moins Gabrielle Roy et Anne Hébert qui sont sur mes listes depuis un certain temps. Cela me permettra de mieux comprendre et savourer la pièce, je pense.
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Je crois que tu bien raison. Il faut connaître la plume de ces autrices pour en savourer le contenu. Merci Sacha ! 🫶📖
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