Madame lit Un fils de notre temps d’Ödön von Horváth

« Mais aujourd’hui j’ai retrouvé la gaieté !
Car aujourd’hui, je sais où est ma place ! » (p. 18)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
Cette année, Ingrid du blogue Book’ing a repris le flambeau que je lui avais tendu pour l’organisation d’une lecture commune dans le but de faire un petit clin d’œil à notre regretté collègue blogueur qui nous a quittés trop tôt, Goran. Son choix de lecture : Un fils de notre temps d’Ödön von Horváth. Je ne connaissais pas ce livre ni cet auteur. Alors, découvrons-les pour cette lecture commune !
Qui est Ödön von Horváth ? Selon le site des Éditions Gallimard :
« Né en 1901 à Susak près de Fiume, Odön von Horvath se consacre dès sa jeunesse à la littérature. En 1931 le Prix Kleist lui est décerné pour Les Contes de la forêt viennoise. Ses pièces ayant été interdites par le régime nazi, il quitte l’Allemagne en 1934 et s’installe à Vienne. Il vit pendant quatre ans en Autriche et, au moment de l’entrée des troupes allemandes à Budapest, part pour la France, où il meurt accidentellement en 1938. »
Un fils de notre temps
Un jeune chômeur allemand s’engage dans l’armée, car selon lui, son groupe d’âge est confronté à un vide existentiel dans l’Allemagne nazie d’avant-guerre. La jeunesse n’a rien à attendre de la vie ni de la société. Elle est fragile, car il n’y a pas de travail. Dans l’armée, le jeune homme est nourri, habillé, logé et il sait quoi faire. Puis, il rencontre une jeune femme travaillant à la billetterie d’un château hanté dans une foire. Cette dernière frappe son imaginaire et peut-être son cœur. Ensuite, le jeune homme fait l’expérience de la mort en tuant quelqu’un pour protéger son capitaine, décédé au combat. Le jeune homme est blessé à un bras, et il séjourne à l’hôpital. Quel sort l’attend ? Pourra-t-il retourner dans l’armée nazie ?
Mes impressions
Ce roman se lit très bien, car il se veut court et entraînant. Il me semble bien que je n’avais jamais perçu la misère de la jeunesse allemande de l’époque avant ce livre. Je jugeais le régime nazi sans comprendre la montée du mouvement chez la jeunesse. Il se peut aussi que mon esprit me fasse défaut et que je ne me souvienne de rien. Mais toujours est-il que j’ai bien apprécié les explications la concernant au début du livre. Comme il est stipulé en guise d’incipit :
« Je suis soldat.
Et ça me plaît d’être soldat. […]
Ma vie a soudain retrouvé un sens ! Je désespérais de savoir ce que je pourrais faire de ma jeune existence. Le monde était tellement vide de perspectives et l’avenir si mort. Je l’avais déjà enterré. » (p. 15)
Le monde du nazisme est alors présenté de l’intérieur. Le lecteur n’a accès qu’à des ricanements, des jeux de regards, des ombres pour l’aborder. C’est une ambiance créée également à partir du poids de l’existence. Par exemple, elle est évoquée par la présence de monstres, de démons, de dragons. Ces bêtes semblent illustrer indirectement l’idéologie nazie où l’homme renonce à son individualité au nom de la patrie. Tout apparaît sombre et morbide. D’ailleurs, le narrateur dénonce aussi le régime capitaliste:
« L’individu ne joue plus aucun rôle (…). Nous devons être rentables, la lutte commerciale est aussi une guerre, mon cher Monsieur (…)». (p. 144)
Un roman intéressant que je n’aurais probablement pas lu si ce n’est dans le cadre d’un événement spécial. Alors, merci Ingannmic ! 🙂
Je vous encourage à lire ce roman :
- Si vous souhaitez découvrir la plume ciselée d’Ödön von Horváth
- Si vous voulez en apprendre davantage sur ce fils de son temps
- Si vous aimez les livres abordant l’époque nazie
Alors, je suis bien contente d’avoir pu découvrir une nouvelle plume et par le fait même de rendre hommage à Goran en ce 15 septembre.
Bien à vous,
Madame lit
Ödön von Horváth, traduit de l’allemand par Rémy Lambrechts, Paris, Gallimard, 2016, 154 p.
ISBN : 978-2-07-077969-7
Vous avez remarqué une faute dans mon article? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture!!!
Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Un fils de notre temps par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.



Ce roman est sans aucun doute très éclairant sur cette période et ce qui a pu conduire à l’avènement du nazisme.
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Oui. En connais-tu d’autres?
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Eh bien, je pense à deux courtes mais fortes lectures : L’ami retrouvé de Fred Uhlmann, souvent étudié au collège, et à Inconnu à cette adresse de Kressman Taylor. La fabrique des salauds de Chris Kraus aussi.
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Merci! 🙏🏻 Comme tu sais, je vis de l’autre côté de l’Atlantique et mon éducation diffère…,
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Bonjour Nathalie, c’est une belle chronique que tu consacres à ce roman aimé par Goran. Moi aussi il m’a appris des choses sur cette période historique allemande, sur l’état d’esprit des gens. Ça fait réfléchir ! Merci 🙏 Excellente semaine à toi 🌞 🌥🍂🍁🌈📚
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Merci Marie-Anne, un petit livre avec un message profond. Goran avait du goût! Bonne semaine!!! 💐🌞🌷👓
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Comme toi, je j’aurais probablement pas lu ce titre sans cet hommage à Goran. Les avis des participant/es sont dans l’ensemble très positif, j’en suis ravie ! Merci pour ta participation.
Ingrid – https://bookin-ingannmic.blogspot.com/
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Alors, je crois que tu as fait un bon choix. Je n’ai pas eu cette chance lors des deux dernières années. Merci pour l’organisation de cet hommage en l’honneur de Goran.
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Mon billet en partage est paru : https://ungraindesableoudesel.over.blog/2025/09/hommage-a-goran.html
A bientôt
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J’irai te lire! Merci!
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Cette lecture m’a confirmé qu’Horvath est vraiment un auteur passionnant. « Jeunesse sans dieu » m’avait déjà marqué, mais celui-ci est peut-être encore plus efficace. Si tu ne connais pas son théâtre, cela vaut le coup également d’y jeter un coup d’œil.
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Merci! Je suis convaincue que cet auteur a fait paraître des ouvrages vraiment intéressants. Les thèmes exploités dans ce livre sont très modernes.
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