Madame lit Comprenne qui voudra

«Les étincelles de ton rire dorent le fond

de ma vie» (Gabrielle Russier, Les étincelles)

Chère lectrice, Cher lecteur, 

Je viens de terminer la lecture de Comprenne qui voudra de Pascale Robert-Diard et de Joseph Beauregard. Dans ce livre, il est question de l’affaire Gabrielle Russier. Je dois dire que j’ai été fortement ébranlée par ma lecture. D’une part, je me sens perturbée en tant que femme et d’autre part, en tant que professeure. Il faut dire que je ne connaissais presque rien de cette affaire.

Mon expérience de lecture

Gabrielle Russier entre dans sa classe en 1967 dans un lycée de Marseille en tant que professeure de littérature. Elle porte les cheveux courts, elle a un monde de mots à partager avec ses étudiants. Elle désire leur parler d’Éluard, de Vian, de Baudelaire. Elle ne sait pas qu’elle va rencontrer parmi ses étudiants l’amour. Elle a 30 ans et lui, son étudiant, Christian, en a 16. Entre les deux va naître une histoire improbable, une histoire impardonnable, une histoire condamnable. Avec d’autres étudiants, ils vont vivre mai 1968 et se laisser porter par un vent de liberté. Cependant, les parents de Christian Rossi, deux professeurs d’université, bourgeois, vont porter plainte contre Gabrielle pour détournement de mineur et pour enlèvement. L’affaire se retrouve en justice. Gabrielle est incarcérée. Elle écrit des lettres à ses amis, elle écrit des poèmes d’amour, d’incompréhension. 

Puis, à sa sortie de prison, elle se suicide dans son appartement. Elle était aussi maman d’un petit garçon et d’une fillette.

Source : Wikipédia

Dans ce livre, les auteurs présentent les faits entourant Gabrielle Russier, Le lecteur y retrouve les résultats d’une enquête par le biais de photos, de témoignages d’étudiants, des lettres, des poèmes. Ainsi, le lecteur est amené à observer de loin cet amour et ce procès perdu d’avance. Même si les jeunes revendiquent la liberté, les institutions sont menées par la vieille garde qui entend faire payer à Gabrielle le prix de son amour. Le juge la condamne sans pitié, tout comme la société. Comment peut-on mourir d’aimer? 

En tant que professeure, j’ai été ébranlée et je le suis encore. Je sais que nous représentons une institution, que nous sommes un modèle à suivre dans la société, un guide moral. Mais derrière ce rôle, il y a un être humain, une femme. Je ne suis jamais tombée amoureuse d’un de mes étudiants. Cependant, tout au long de ma lecture, je me demandais ce que j’aurais fait si j’avais eu à vivre un amour comme le leur. Je ne sais pas…et c’est ce qui me perturbe. L’amour est tout; l’amour appelle la compassion, l’amour est l’Amour. Comme l’a dit Christian Rossi sur Gabrielle et lui dans une entretien pour le Nouvel Observateur

« Ce n’était pas du tout une passion. C’était de l’amour. La passion, ce n’est pas lucide. Or, c’était lucide. […] Les [deux ans] de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. […] Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait, on l’a mise en prison, elle s’est tuée. C’est simple. » Source : Wikipédia, Gabrielle Russier)

Est-ce que je vous recommande ce livre? Oui. 

Il ne faut jamais oublier la puissance du verbe aimer. Il ne faut jamais oublier Gabrielle Russier. Il faut toujours se rappeler qu’un jour, un professeure est morte pour avoir aimé. Comme le mentionne Gabrielle Russier dans une lettre magnifique à Christian :

« Je te l’ai dit, je te l’ai écrit, je ne te quitterai pas. Même si ces barreaux, ces murs, l’espace, nous séparent. Même si la mort nous séparait. Si je reste ici, j’écrirai une histoire, notre histoire, pour te parler, pour lutter contre la tentation d’abandonner peu à peu l’énergie de vivre, de sourire. Je te souris. » (p. 91)

Par ailleurs, je vous invite à écouter cette sublime chanson écrite par Charles Aznavour, touché par la tragédie Russier. Elle porte le nom du film sur cette histoire d’amour : Mourir d’aimer. Isabelle Boulay l’interprète d’une façon très touchante devant le grand chanteur. 

Avez-vous déjà lu ce livre? 

Bien à vous, 

Madame lit

Beauregard, Joseph et Pascale Robert-Diard. (2021). Comprenne qui voudra. Paris : L’iconoclaste, coll. Le Monde, 161 p. 

ISBN : 978-2-37880-176-2

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15 commentaires »

  1. Le film est éloquent et il faut absolument le voir. Gabrielle Russier aurait pu continuer sa vie, sa carrière, mais un procureur ne l’a pas voulu et il a fait appel a minima. Elle n’a pas voulu retourner en prison, elle a cédé au désespoir et elle a échappé par le haut aux méchants.
    Victor Hugo :  » Sous la patte de velours du juge, la griffe du bourreau « .
    Parfois.

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  2. Je connaissais cette histoire, j’ai vu le film, j’en ai parlé, à l’époque avec d’autres jeunes, plus tard avec d’autres enseignants comme moi et je l’ai visionné plusieurs fois avec mes élèves. Il ouvre au débat mais il ne faut pas occulter son parti pris évident pour un ‘amour’ (je mets des guillemets parce que, pour moi, un amour se construit dans le temps, la durée, la passion mais aussi la réflexion, ce qui n’est pas particulièrement le cas ici). Plus que de la justice, les deux ‘amoureux’ ont été emportés par un air du temps qui ne prenait plus le temps de réfléchir … Je sais de quoi je parle, à l’époque, j’avais l’âge de Christian, j’écrivais mes premières chansons et poèmes et mes poètes favoris étaient les siens.

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    • Merci beaucoup pour ce commentaire. Je parle d’amour car selon eux, c’était cela. J’ai relevé le commentaire aussi de Christian qui a été publié dans un quotidien. Il y a différents types d’amour. Je n’aime plus de la même façon qu’à trente ans ou à seize ans. Nous pourrions en jaser longuement autour de quelques verres de vin! Toujours est-il que cette histoire leur appartient et que le mot amour revient dans leurs lettres, leurs poèmes, leurs gestes.

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  3. Tout à faire d’accord, le mot leur appartient. J’ai toujours abordé ce récit en posant me posant la question ‘Est-ce cela l’amour?’ Et cette question, sans être nécessairement tranchée par mes étudiants, ouvrait le débat à la définition d’un mot valise ‘Amour’ et à la manière dont il faisait vivre. Débats passionnés, passionnants! Un collègue m’a dit un jour, au sortir de la vision de ce film, ‘J’ai envie de la prendre dans mes bras et de la consoler comme une petite soeur et j’ai tout autant envie de lui casser la gueule!’ Une histoire qui ne laisse pas indifférent.

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    • Bien d’accord. Je. n’ai pas encore vu le film et la façon dont le réalisateur a traité cette histoire. Je souhaite le voir dans les prochains jours. Mais le travail qu’on fait les deux auteurs avec ce livre (l’une est journaliste d’enquête judiciaire au Monde et l’autre est un documentariste politique et judiciaire) est remarquable. Si jamais tu as la chance d’y jeter un coup d’oeil, ça pourrait encore alimenter ta réflexion. J’aurais bien aimé regarder le film avec mes étudiants…

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  4. Je me souviens qu’on avait interviewé Pompidou sur cette affaire et qu’il avait répondu par un poème d’Eluard que personne n’avait compris.
    Je ne vois pas pourquoi on n’emploierait pas le mot « amour » les concernant. À 16 ans on a le droit d’être amoureux. D’ailleurs la majorité sexuelle était à 15 ans à cette époque…

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