Madame lit Mémoires de deux jeunes mariées d’Honoré de Balzac

« L’amour est profondément égoïste, tandis que la maternité tend à multiplier nos sentiments. »
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
En janvier 2026, pour ma participation au défi Les classiques c’est fantastique, il fallait que je choisisse un roman épistolaire :
« À défaut de prendre de bonnes ou mauvaises résolutions – c’est surfait me direz-vous – le traditionnel mois des vœux convoquera l’art des romans épistolaires ou des célèbres correspondances qui ont marqué la littérature. Pour la résistante épistolaire que je suis, ce thème avait bien évidemment toute sa place ici.»
Mon choix s’est porté sur Mémoires de deux jeunes mariées d’Honoré de Balzac paru en 1841. Je n’avais pas lu de romans de Balzac depuis un certain temps, alors je me suis laissé tenter par ce dernier. Comme je ne l’avais pas, j’ai décidé d’écouter ce dernier en format audio, presque 10 heures pour avoir accès au contenu en entier du livre. Je suis bien heureuse de compter ce livre maintenant parmi mes bouquins lus.
Mémoires de deux jeunes mariées d’Honoré de Balzac
Armande-Louise-Marie de Chauliez rédige des missives à son amie, Renée de Maucombe et vice-versa. Les deux jeunes filles se sont connues au couvent des Carmélites de Blois et elles partagent une amitié indéfectible. Elles vont connaître des destinées différentes, car elles sont dissemblables à bien des égards. Armande-Louise-Marie de Chaulieu souhaite épouser un homme qui va l’aimer passionnément tandis que son amie Renée de Maucombe va se marier sans amour avec un homme taciturne de la province et suivre sa raison. À cette époque, quels autres choix, les femmes ont-elles si elles désirent quitter le couvent ? Grâce à leur correspondance, les deux amies vont traverser ensemble 14 ans et la vie, la vie.
Mes impressions
En faisant des recherches sur ce livre, j’ai appris que c’est le seul roman épistolaire de la Comédie humaine. Il s’avère donc intéressant de s’y attarder l’espace d’un billet. Balzac, avec ce bouquin, nous offre deux portraits de jeunes filles très différents, mais complémentaires, pour exploiter les thèmes de l’amour et du mariage. Les femmes apparaissent sacrifiées pour permettre aux hommes, aux frères, d’avoir plus d’argent et d’hériter du titre de leur père. Louise et Renée vont subir ce sacrifice.
Louise apparaît comme étant guidée par la passion, par l’impulsivité, par le romanesque, par la vie. Elle va tomber éperdument amoureuse de son professeur d’espagnol, Felipe Henarez, un aristocrate ruiné. Tout ce qui compte pour elle, c’est d’aimer et surtout d’être aimée. Renée, de son côté, sera promise à un homme terne, de vingt ans son aîné, vivant à la campagne. Mariée, son seul salut est de tomber enceinte pour jouir des joies de la maternité. L’instance lectrice comprend que cette dernière est placée sous le signe de la mort. Comme elle le mentionne à Louise :
« Tu peux avoir les illusions de l’amour, toi, chère mignonne ; mais moi, je n’ai plus que les réalités du ménage. »
De plus, Louise, dans ses lettres, est consciente de la dichotomie s’installant entre elle et son amie à propos de l’amour et du mariage :
« Par un retour subit sur moi-même, un matin où j’étais plus pleinement heureuse, j’ai songé à ma Renée et à son mariage de convenance, et j’ai deviné ta vie, je l’ai pénétrée ! O mon ange, pourquoi parlons-nous une langue différente ? Ton mariage purement social, et mon mariage qui n’est qu’un amour heureux, sont deux mondes qui ne peuvent pas plus se comprendre que le fini ne peut comprendre l’infini. Tu restes sur la terre, je suis dans le ciel ! Tu es dans la sphère humaine, et je suis dans la sphère divine. Je règne par l’amour, tu règnes par le calcul et par le devoir. Je suis si haut que s’il y avait une chute je serais brisée en mille miettes. Enfin, je dois me taire, car j’ai honte de te peindre l’éclat, la richesse, les pimpantes joies d’un pareil printemps d’amour. »
Elles réalisent et elles savent qu’elles ont une condition de vie sociales inconciliable.
Mais encore, les deux femmes vont s’écrire en tentant d’avoir une influence l’une sur l’autre. Elles vivent à travers leurs lettres par procuration la vie de l’une et de l’autre. Grâce à cet échange épistolaire, elles vont se nourrir l’une de l’autre, elles échangent leur rôle, elles deviennent l’une et l’autre. Elles sont un tout tant elles ne peuvent vivre l’une sans l’autre, un peu comme le yin et le yang. C’est vraiment une belle relation d’amitié qui est exploitée et l’écriture permet d’avoir accès aux pensées intimes des deux femmes dans un siècle où elles n’ont pas beaucoup d’avenir sans les hommes.
J’ai apprécié la plume acerbe de Balzac en ce qui concerne les descriptions de la société de son époque. Par ailleurs, j’ai apprécié la vivacité d’esprit de ses deux protagonistes féminins. Balzac semble signer ici un roman féministe en dénonçant le sort des femmes condamnées à la mort (couvent, mariage, etc.).
Je recommande ce livre :
- Si vous voulez lire un roman épistolaire de Balzac
- Si vous souhaitez découvrir une amitié féminine profonde
- Si vous désirez avoir accès à la plume de Balzac (certains paragraphes sont écrits tout en dentelle)
Je tiens à rappeler que ce livre a été lu dans le cadre du défi proposé par Moka: Les classiques c’est fantastique !
Vous l’avez lu ?
Bien à vous,
Madame lit
Balzac, Honoré de (2024). Mémoires de deux jeunes mariées (Le Mérovingien) [Livre audio], YouTube.
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Bonjour Nathalie, j’ai lu ce livre de Balzac quand j’avais une vingtaine d’années. Le point de vue de la femme passionnée me paraissait beaucoup plus convaincant que les avis de son amie 🙂 Je me souviens qu’il y a une certaine morale, à travers ces deux portraits féminins. Merci de m’avoir rappelé cette lecture 🙂 Bonne journée à toi
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Balzac d’ailleurs préférait et de loin le personnage de Louise. Il aimait les gens passionnés et surtout les femmes! 👩 Merci à toi pour ton commentaire. Bonne lecture!!!📖 ❄️☕️❄️
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