Madame lit Thérèse Raquin d’Émile Zola

« Dans Thérèse Raquin, j’ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J’ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair ». Émile Zola, 1867 « Préface »
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
En février 2026, pour ma participation au défi Les classiques c’est fantastique, il fallait que je choisisse un roman où la trahison apparaissait comme le thème principal.
Février : le goût de la trahison
« Ce goût-là est amer, douloureux ou savoureux. En ce mois qui célèbre habituellement l’amour, nous plomberons un poil l’euphorie sentimentale qui plane au-dessus de février avec des œuvres qui évoquent des trahisons (qu’elles soient ou non amoureuses d’ailleurs.) Traîtres, traîtresses ou trahi·e·s seront donc à l’honneur ce mois-ci. »
Mon choix s’est porté sur Thérèse Raquin d’Émile Zola, paru pour la première fois en 1867 sous la forme de roman-feuilleton. Dans ce dernier, comme dans ses autres romans, Zola cherche à explorer ou à disséquer l’impact de la passion sur ses personnages. Cette passion se retrouve dans les descriptions physiques et psychologiques de ses personnages. La passion va conduire Thérèse Raquin a trompé son mari avec celui qui fait battre son cœur. Quelle histoire !!!
Thérèse Raquin
Thérèse, une jeune orpheline de deux ans, est recueillie par sa tante et elle grandit auprès de son cousin Camille, un garçon chétif et souvent malade, qu’elle épouse adulte. Mme Raquin possède une petite boutique près du Pont-Neuf à Paris et elle reçoit les jeudis des amis pour jouer, entre autres, aux dominos.
Camille, un soir, présente à Thérèse un jeune homme, Laurent, qui va tout de suite lui plaire. Laurent accepte de peindre le portrait de Camille et il côtoie ainsi le jeune couple. Entre lui et Thérèse, la passion éclate et il devient l’amant de cette dernière.
Au fil du temps, les deux amants vont établir un plan afin de tuer le mari cocu. Pour ce faire, ils vont profiter d’une balade en canot pour que Camille bascule dans la Seine où il se noie.
Après quelques semaines, Mme Raquin, inconsolable, va reprendre ses soirées du jeudi. Thérèse et Laurent y participent. Cependant, le fantôme de Camille vient les hanter. Au bout de 15 mois, le couple maudit décide de se marier, croyant chasser le fantôme du noyé. La nuit de noces, ainsi que toutes les autres, est marquée par la présence du fantôme de Camille. Ce dernier se glisse dans le lit du couple. Aucune étreinte n’est alors possible. Laurent tombe progressivement dans la folie à cause du fantôme de Camille. Mme Raquin est victime d’une crise et elle devient paralysée. La folie et les remords s’infiltrent dans le couple qui n’hésite pas à parler du meurtre devant Mme Raquin. Ce dernier ne croit pas que la paralysée puisse l’entendre. Mme Raquin apprend la vérité sur la mort de son fils et elle est témoin des gestes de violence sévissant au sein du couple. Thérèse et Laurent décident de se donner la mort sous le regard de Mme Raquin.
Mes impressions
Je crois que je n’avais jamais rien lu de tel. Cette histoire dissèque sous le regard du lecteur l’impact d’un assassinat au sein d’un couple de meurtriers. Dès le départ, le lecteur sait que Thérèse souffre d’un problème nerveux tandis que Laurent est plutôt associé à un tempérament sanguin. Par exemple, au chapitre 7, le narrateur présente Thérèse en ces termes :
« Tous ses instincts de femme nerveuse éclatèrent avec une violence inouïe ; le sang de sa mère, ce sang africain qui brûlait ses veines, se mit à couler, à battre furieusement. »
Thérèse est sous l’emprise de ses nerfs, et cela semble relié à sa génétique, tandis que Laurent, à leur contact, devient violent et déréglé. Laurent en vient à modifier sa façon d’être au contact des nerfs de Thérèse :
« Alors eut lieu en lui un étrange travail ; les nerfs se développèrent, l’emportèrent sur l’élément sanguin, et ce fait seul modifia sa nature. Il perdit son calme, sa lourdeur, il ne vécut plus une vie endormie. » (Chapitre 22)
La confrontation apparaît inévitable entre ces deux natures. Le mariage ne vient pas les apaiser. Au contraire, le fantôme de Camille s’infiltre même dans le lit nuptial créant ainsi un renversement des valeurs et de coutumes.
L’impact de l’assassinat amène les deux époux à vouloir s’entretuer. La pulsion de vie et la pulsion de mort sont ainsi sollicitées. Ils vont mourir, mourir d’avoir aimé, mourir d’avoir tué. C’est tout simplement génial. Dès le départ, le narrateur mentionne :
« La nature et les circonstances semblaient avoir fait cette femme pour cet homme, et les avoir poussés l’un vers l’autre. À eux deux, la femme, nerveuse et hypocrite, l’homme, sanguin et vivant en brute, ils faisaient un couple puissamment lié. Ils se complétaient, se protégeaient mutuellement ».
Thérèse a trouvé en Laurent celui qui libère en elle l’animal. Avant le meurtre, ils sont fusionnés, prêts à se protéger. Après le meurtre de Camille, ils vont ressentir de la vulnérabilité au point de basculer dans la faiblesse. C’est cette faiblesse qui va les entraîner sur le chemin de la mort tout comme sur celui de la désillusion.
« Et brusquement Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots. Une crise suprême les brisa, les jeta dans les bras l’un de l’autre, faibles comme des enfants. Il leur sembla que quelque chose de doux et d’attendri s’éveillait dans leur poitrine. Ils pleurèrent, sans parler, songeant à la vie de boue qu’ils avaient menée et qu’ils mèneraient encore, s’ils étaient assez lâches pour vivre. Alors, au souvenir du passé, ils se sentirent tellement las et écœurés d’eux-mêmes, qu’ils éprouvèrent un besoin immense de repos, de néant ».
Ce livre est d’une puissance extraordinaire en ce qui concerne la passion, la violence, l’adultère et les conséquences d’un meurtre sur un couple. J’ai tout simplement adoré ! Alors, ma traîtresse est sans conteste un personnage inoubliable !
Je recommande ce livre :
- Si vous voulez lire un roman marqué par la passion et l’adultère
- Si vous souhaitez découvrir le génie de Zola grâce à ses descriptions de personnages
- Si vous voulez passer un bon moment de lecture tordu
Je tiens à rappeler que ce livre a été lu dans le cadre du défi proposé par Moka: Les classiques c’est fantastique !
Vous l’avez lu ? Quelles ont été vos impressions ?
Bien à vous,
Madame lit
Zola, Émile, Thérèse Raquin, Montréal, Beauchemin, 2001, 383 p.
ISBN : 2-7616-1165-9
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Bonjour Nathalie, ce roman est le tout premier Zola que j’ai lu, vers l’âge de 15 ans. Et ce n’était pas pour l’école mais de mon propre choix. Je me souviens que les personnages avaient l’air un peu excessifs mais l’histoire d’amour m’avait plu. Merci 🙏😊 Belle semaine à toi 🌞📚🤩🌱🌷❄️
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Merci Marie-Anne! C’est bien que les personnages sont excessifs. En fait, leur tempérament est exacerbé et c’était probablement le but de Zola. Très belle semaine à toi aussi!!! ❄️📖☕️🦉
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Eh oui, mais à l’âge de 15 ans, je n’avais pas compris que Zola faisait exprès 🙂
Maintenant, avec le recul, je sais que ton avis est juste 🙂
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🙂
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Ce sera une lecture post-Rougon-Macquart, mais je m’y plongerai avec enthousiasme tant ce roman semble prenant et fascinant ! Merci pour ton avis !
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Au plaisir! Il y a beaucoup de descriptions mais le récit est très enlevant. Bonne lecture!!! 📖
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