Madame lit « Élite Magic™ » de Claudie Létourneau et Olivier Laforest
« J’imagine que la sorcellerie est en cela semblable à tous les autres domaines : ceux qui aspirent à la gloire sont prêts à tout pour l’obtenir. » (p. 261)
Chère lectrice, cher lecteur,
En participant au Club de lecture organisé par CLOS en septembre 2026, nous avions comme lecture imposée : ÉLITE MAGIC™ de Claudie Létourneau et Olivier Laforest, publié aux Éditions La Mèche. À l’arrière de la couverture, un semblant d’avertissement s’adressait à celles et ceux qui voulaient s’y lancer : « Sous le vernis d’une saga magique déjantée, ÉLITE MAGIC™ déploie une satire des institutions et de la fabrique de l’élite. »
Je crois bien que c’était la première fois que je tombais sur une « saga magique déjantée ! » Mais, comme je ne connais rien à ce genre, je me suis d’abord tournée vers l’intelligence artificielle avant de rédiger cet article. Voici le repérage qu’elle m’a fourni ; je trouve que c’est assez juste :
« 1. La « Magie »
Comme dans toute fantasy, il existe des éléments surnaturels (sortilèges, créatures mythiques, mondes parallèles, pouvoirs). Cependant, la magie n’est pas toujours sérieuse ou codifiée ; elle peut être capricieuse, absurde ou avoir des conséquences comiques.
2. Le côté « Déjanté »
C’est la différence majeure avec la « High Fantasy » (comme Le Seigneur des Anneaux). Le ton est léger, chaotique et souvent satirique. On y retrouve :
- L’absurde : des situations illogiques, des personnages aux motivations étranges.
- L’humour noir ou absurde : des blagues, des quiproquos, de l’ironie.
- L’imprévisibilité : les règles du monde peuvent changer soudainement pour le plus grand plaisir du lecteur.
- La parodie : elle se moque souvent des codes classiques de la fantasy (le « chevalier noble », le « maître du mal », etc.).
Quelques exemples célèbres de sagas « magiques déjantées » :
- Les Disques-mondes de Terry Pratchett : C’est LA référence. Une série se déroulant dans un monde parallèle où la magie existe, mais où l’humour, la satire sociale et l’absurde sont rois.
- Une série d’avions malchanceux de Lemony Snicket : Bien que moins « magique », elle possède cet aspect déjanté et sombre.
- Les Chroniques de Spiderwick : Un peu plus pour la jeunesse, mais avec une touche de folie dans les créatures.
- Harry Potter : Bien que très populaire, il contient des éléments « délirants » (comme les Weasley), mais il est moins « déjanté » que Pratchett.
- Les Amazones de Pierre Pevel : Une fantasy historique avec une touche de mystère et de folie.
En résumé, c’est un genre fait pour s’amuser, rire et se laisser surprendre, sans se prendre au sérieux.»
Avant de participer à ce cercle de lecture, j’aurais dû faire une recherche plus approfondie sur ce genre… mea culpa…
Quand Madame lit et rit en lisant… c’est rare !
La dernière fois que j’ai ri en plongeant dans un livre remonte à mes lectures des romans de Jane Austen ou du Journal de Bridget Jones. Cela doit faire une ou deux décennies, et oui, le temps passe vite ! Faire de l’humour s’avère un exercice difficile dans le contexte romanesque : on peut très bien se planter royalement.
Je dois dire qu’avec ÉLITE MAGIC™, l’autrice et l’auteur ont pris un très grand risque. Cependant, ils ont réussi leur exercice d’écriture avec brio. Leur univers est bien cette « saga magique déjantée » promise, qui se lit pour le pur plaisir de s’amuser. Je me suis divertie à chaque page.
Mais de quoi s’agit-il ?
Margot, trentenaire et doctorante en littérature, se voit demander par son directeur de thèse, Romuald de Boisgelin, de mener une enquête sur le terrain pour la rédaction de sa thèse sur les limites du fantastique. Il lui propose de s’inscrire au DEPSCS (un département d’études paranormales) dans une école clandestine de sorcellerie située dans les « backstores » du Complexe Desjardins à Montréal. Elle accepte, car les places sont très limitées. Cependant, elle devra loger sur place et sous-louer son appartement. Arrivée dans cette école, elle se retrouve à partager la chambre avec trois autres personnes : deux femmes et un homme. Pour elle :
« Alors, commencer un tout nouveau programme d’études en sorcellerie… C’est difficile. Mona a raison, je me sens tout sauf à ma place. Perdue, poche. Déphasée. » (p. 68)
S’ensuit alors, pour Margot, une série d’événements :
- La découverte de l’amitié avec Priscilla et Mona, ses colocataires.
- Le développement d’un élan passionné pour Hollywood, un acteur plein de charme.
- La folie d’un admirateur, qui se révèle être un sorcier malveillant (l’homme qui partageait sa chambre).
- Un directeur de programme qui ne maîtrise pas vraiment la sorcellerie.
- La présence de rats un peu partout.
- La découverte du Mycélium.
- L’esprit de compétition des autres apprenti-sorciers.
- L’anxiété de performance de Priscilla.
- La prise de conscience que son directeur l’utilise pour salir la réputation de l’école.
Elle finira par réaliser :
« Mon passage au CFSP m’a plutôt inspiré que sa place, on la trouve quand on sait qu’on a l’espace et la confiance pour dire ce que l’on pense sans crainte d’être jugée. » (p. 275)
Ce livre est, pour l’autrice et l’auteur, une façon de dénoncer le milieu élitiste universitaire et les jeux de pouvoir absurdes de certains professeurs. Je dois avouer que j’aurais beaucoup à dire également sur ce milieu.
J’ai beaucoup aimé Margot, qui représente l’archétype de l’étudiante aux études supérieures en quête de sens et de repères. Elle manque de confiance en elle, apparaît très seule et travaille comme serveuse dans un restaurant pour joindre les deux bouts.
Alors, je vous recommande ce livre si :
- Vous êtes prêt-e-s à laisser de côté vos appréhensions pour faire place à la folie du récit ;
- Vous voulez découvrir les caractéristiques d’une « saga magique déjantée » ;
- Vous souhaitez comprendre la dénonciation que les auteurs cherchent à faire sur nos institutions et leurs élites.
Avez-vous lu des livres de ce style littéraire ?
Bien à vous,
Madame lit

