Madame lit Cours vers le danger de Sarah Polley
«Les pages qui suivent racontent les épisodes les plus dangereux de ma vie : ceux que j’ai tus, que j’ai cherché à fuir ou qui m’ont empêchée de dormir pendant d’innombrables nuits. » (p.11)
Chère lectrice, Cher lecteur,
Je suis une admiratrice de l’actrice, réalisatrice, scénariste, Sarah Polley (1979-) depuis que j’ai vu le magnifique film dans lequel elle jouait le rôle principal : Ma vie sans moi (2003), My Life without me. Son interprétation m’avait vraiment frappée tout comme sa véracité à l’écran. D’ailleurs, si vous n’avez pas vu ce film, je vous le recommande sans hésitation. De plus, Sarah Polley a interprété le rôle principal dans une série qui a été sans aucun doute la plus populaire de son époque au Canada : Les contes d’Avonlea .Lors de sa diffusion, cette dernière fracassait des records d’écoute. Cette série était basée sur La Conteuse de Lucy Maud Montgomery, l’autrice canadienne d’Anne et la maison aux pignons verts et elle a été diffusée durant 7 saisons. Mais encore, si vous ne le saviez pas, Sarah Polley a remporté l’Oscar en 2023 du Meilleur scénario adapté pour Women Talking. Enfin, je ne vais pas me pencher plus sur sa carrière cinématographique car elle est imposante. J’oubliais! Enfant, elle a obtenu un rôle majeur en interprétant Sally Salt dans Les Aventures du baron de Münchausen (1988). Mais, c’est Cours vers le danger (2024), son premier livre, que je veux aborder sur ce blogue. Je tiens à remercier les Éditions Boréal pour cet envoi en service de presse.
Cours vers le danger de Sarah Polley
Sarah Polley décide de partager son vécu dans ce livre en tant que femme, épouse ou mère. Ainsi, elle n’hésite pas à suivre les conseils de son médecin américain en courant vers le danger. Et c’est ce qu’elle fait. Elle se met en danger dans ce livre en dévoilant les embûches qu’elle a dû surmonter tout au long de sa vie. D’enfant star adulée au Canada en raison de son interprétation de Sara Stanley dans Les Contes d’Avonlea, en passant par sa carrière de scénariste, elle évoque, entre autres, les souffrances causées par une scoliose l’amenant à porter un corset en plastique ou les complications engendrées par une commotion cérébrale qui l’a affectée pendant plus de 3 ans. Elle aborde également les traumatismes de sa vie comme la violente agression sexuelle qu’elle a subie à 16 ans sous les actes Jian Ghomeshi (présentateur vedette à la CBC). Ce sont des mémoires durant 6 temps qui jalonnent ce livre.
Mes impressions
Je dois vous avouer que je me suis sentie privilégiée d’avoir pu lire Cours vers le danger. En écrivant son livre, Sarah Polley visite ses plus terribles souvenirs, ceux que nous souhaitons oublier, ceux que nous avons enfouis dans notre inconscient, etc. Je lui lève mon chapeau. Comme elle le mentionne :
«La capacité à composer avec les difficultés du passé semble reposer en très grande partie sur la confiance qu’on a en sa mémoire des événements, les témoignages concordants des gens qui étaient présents et le respect de ceux qui ne l’étaient pas. Pourquoi est-ce si difficile de croire en ses souvenirs ou d’arriver à les comprendre sans que des témoins sortent de l’ombre pour les corroborer ou que les proches offrent leur appui quand ces souvenirs nous reviennent à l’esprit? (p. 234)
Pour guérir de sa commotion cérébrale, son médecin lui a dit de courir vers le danger et de ne pas rester dans ses habitudes de survie. Car, il faut vivre et affronter ses démons, ses peurs, ses angoisses. Avec lucidité, Sarah Polley se lance dans une exploration de son passé car elle sait bien que ce dernier influence son quotidien.
J’ai trouvé très bien le chapitre «Alice s’effondre» où elle aborde son rôle d’Alice dans Alice au pays de merveilles au théâtre alors qu’elle avait 15 ans. Elle soulève la pédophilie de l’auteur et elle mentionne son malaise à interpréter le personnage d’Alice. Ce chapitre lui permet d’établir des liens aussi avec sa scoliose la faisant terriblement souffrir et le trac maladif l’habitant à cette époque. Il y a des extraits du livre de Lewis Caroll pour créer un parallèle entre la pièce et sa vie. C’est profond, douloureux. Par ailleurs, Polley ne réalise pas à quel point elle rend les enfants qui viennent la voir au théâtre heureux en interprétant Alice…
Mais encore, dans le chapitre «Celle qui s’est tu», Polley décortique avec soin et courage le terrible soir où elle a vécu un violent abus sexuel alors qu’elle était mineure et que Jian Ghomeshi avait 28 ans. Plus tard, âgée de 35 ans, elle choisit de ne pas le dénoncer alors que des femmes sortent du silence et ont déposé des accusations contre lui. Polley trace le chemin vers ce silence. Sa mémoire n’est pas toujours au rendez-vous, ce qui lui permet d’en aborder les faiblesses.
«Qui ton silence a-t-il pu blesser? Que révèle-t-il de ta nature profonde? […]
Je débuterai par l’année de mes trente-cinq ans, celle où des secrets jusque-là bien gardés ont commencé à filtrer au sujet de Jian Ghomeshi, vedette radio de la CBC. C’est là où mes souvenirs ont refait surface. » (p. 98)
Le traumatisme peut-il engendrer l’oubli?
Toujours avec des prises de conscience, Polley soulève les paradoxes jalonnant son parcours de vie. Son ton n’est jamais larmoyant. Il apparaît juste, simple, vrai. L’instance lectrice peut alors faire des liens avec sa propre vie. Chacune, chacun vit avec ses traumas, ses expériences douloureuses et souvent ces derniers engendrent des maladies bien souvent chroniques. Devons-nous rester dans nos instincts de survie ou plutôt devons-nous courir vers le danger?
Je vous recommande sans hésitation ce bouquin où l’introspection s’avère intelligente et parle de la vraie vie.
Par ailleurs, cette lecture me permet de participer au Printemps des artistes organisé par Marie-Anne de La Bouche à oreilles.
Connaissez-vous le travail de Sarah Polley?
Bien à vous,
Madame lit
Sarah Polley, traduit de l’anglais (Canada) par Madeleine Statford, Boréal, 2024. 346 p.
ISBN : 978-2-7646-2818-8
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Je lis peu ce genre d’autobiographie, mais les films que tu cites m’intéressent beaucoup !
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Ce n’est pas vraiment une autobiographie mais plus une réflexion sur la vie et ses difficultés… Merci!
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Merci pour cette découverte, je ne connaissais pas Sarah Polley. Pour ma part, je préfère éviter le danger et préserver ma survie…
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Chacun ses choix… mais lorsque tu vis avec une commotion cérébrale qui t’empêche de profiter de la Vie, j’imagine qu’un beau jour, tu décides d’affronter tes dangers… Surtout si tu as 3 jeunes enfants comme Sarah Polley. Bonne fin de journée!
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Je ne connais pas Sarah Polley, ni en tant qu’actrice, ni en tant qu’auteure. De mon côté, pour l’avoir expérimenté, je sais que j’ai un instinct de survie assez développé. Je suis plutôt du côté des « courage, fuyons! ».
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C’est étrange car l’autrice a agi avec son instinct de survie durant plus de trois ans, mais cette façon de faire l’a coupée de sa famille. Elle a dû réapprendre à gérer son cerveau si elle voulait guérir d’une grave commotion cérébrale… Elle a obtenu l’aide d’un médecin américain pour y arriver.
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Je pense que l’instinct de survie est propre à chacun, et je pense aussi que tout traumatisme, s’il n’est pas géré à un moment donné, laisse des traces…
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Je suis bien d’accord…
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J’aime bien ton article. Le personnage semble tellement sympathique. Je vais tenter de trouver ce volume!
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Ce n’est pas un personnage. C’est la vie de l’actrice Sarah Polley….
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