Madame lit Étreintes d’Anne Michaels

« Et qui pouvait parler au nom des morts, qui pouvait démontrer s’ils pensaient ou éprouvaient, ou ce qu’ils pensaient et éprouvaient ? » (p. 171)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
Comme j’avais beaucoup aimé ma lecture du précédent livre d’Anne Michaels, Tombeau d’hiver, j’ai demandé à la maison d’édition Alto si je pouvais obtenir une copie en service de presse d’Étreintes. Je la remercie par le biais de ce billet, car j’ai bien reçu le bouquin. Anne Michaels est une autrice canadienne qui devient de plus en plus populaire en sol québécois grâce en autres à la traduction de ses livres qui est assurée par une autrice québécoise : Dominique Fortier. Il est à noter qu’Étreintes a été finaliste pour remporter le Prix Booker et le Prix Femina.
Étreintes
Dans ce livre difficile à résumer, la lectrice ou le lecteur suit le parcours d’Helena et John ainsi que de leur descendance. Cette histoire familiale se déroule sur plusieurs décennies. Il y a les guerres, il y a les morts, il y a les vivants, il y a la mémoire, il y a des étreintes comme des étoiles illuminant le ciel nocturne et il y a surtout beaucoup d’amour.
Par le biais de plusieurs fragments débutant par l’histoire d’Helena et John en 1917, Anne Michael entrelace les époques et propose une galerie de personnages sensibles et remplis d’humanité. John est laissé pour mort sur un champ de bataille, mais il aura la chance de retrouver Helena et d’ouvrir un studio de photographie. Sur leurs photos apparaissent des morts, tout un miracle. Puis, nous retrouvons un peintre et son modèle et par la suite, un père qui s’occupe seul de son enfant en 1980, car sa femme est décédée dans un hôpital pendant un bombardement. Autant de destinées, autant de parcours nous entraînant dans des réflexions sur la vie, sur l’amour, sur la mort. Toutes ces pensées existentielles sont présentées poétiquement. Nous croisons même Marie Curie et ses filles.
Entrer dans ce livre, c’est pénétrer un brouillard qui se dissipe progressivement au fil des pages. Nous ouvrons le livre et la première phrase nous chamboule :
« Nous savons que la vie a une fin. Pourquoi faudrait-il croire que la mort dure éternellement ? » (p. 11)
C’est ce que j’apprécie de mes lectures des romans d’Anne Michael. Elle réussit dès les premières lignes à nous présenter l’autre côté de la médaille basé, entre autres, sur des éléments philosophiques. Ainsi, je sais que je ne suis pas entraînée dans un univers superficiel. L’autrice sait tisser une toile complexe sans jamais rater une maille. Et elle manipule les phrases, les mots, pour susciter un questionnement chez l’instance lectrice, pour ouvrir une fenêtre sur l’inconnu, un peu comme une vague laissant une perle sur le rivage. Peu d’auteurs ou d’autrices réussissent à m’émouvoir comme elle et à me remettre en question par ses réflexions ou ses dires. D’ailleurs, elle inclut avec elle, par le biais du recours au nous, la lectrice ou le lecteur dans la pensée de son narrateur.
« Partout les morts laissent des signes. Nous sentons l’ombre mais nous ne pouvons savoir ce qui la projette. La porte s’ouvre au flanc de la colline, dans le champ, au bord de la mer, entre les arbres au crépuscule, dans le petit jardin de ville, dans un café, dans un tram sous la pluie, dans un escalier. » (p. 106)
La lire, c’est une expérience à la fois poétique et métaphysique qui ne peut laisser personne indifférent. C’est une longue question sans réponse. D’ailleurs, les mots peuvent-ils rendre compte de tout ?
Par ailleurs, l’autrice confronte le désir et la mort dans son récit, la lumière et l’ombre. Je l’ai ressenti très fort lorsque Lia s’étend près du corps mort de son époux.
« Que pouvait-elle lui donner maintenant ? Elle savait ce qu’il aurait voulu pour elle ; que cette immobilité puisse se métamorphoser en paix. Non par une immobilité : une étreinte. » (p. 145)
Cette scène m’a beaucoup touchée… Pour se souvenir des morts, il faut vivre.
Que dire de la magnifique photo d’Henri Prestes arborant la couverture et la quatrième de couverture s’intitulant Nature of Daylight ? Je la trouve sublime, empreinte de mélancolie et de douceur.
Pour moi, Anne Michaels est une autrice majeure de la littérature canadienne. Il faut aussi saluer le travail de traduction de Dominique Fortier. Si vous avez la chance, il ne faut pas hésiter à la lire… Une fois le roman refermé, nous avons juste une envie, y replonger.
Je vous recommande cette histoire si :
- Vous souhaitez réfléchir grâce aux questions soulevées par l’autrice
- Vous voulez lire une histoire marquée par l’amour sur plusieurs générations
- Vous aimez les récits poétiques
Qu’en pensez-vous ? Aimeriez-vous découvrir la plume d’Anne Michaels ?
Bien à vous,
Madame lit
Anne Michaels, traduit de l’anglais par Dominique Fortier, Québec, Alto, 2024, 199 p.
ISBN : 978-2-89694-651-8
Vous avez remarqué une faute dans mon article? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture!!!
Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Étreintes d’Anne Michaels par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé. Je recevrai ainsi une petite redevance qui ne vous coûtera rien.


Bonjour Nathalie, c’est une très belle chronique pour un roman qui semble vraiment magnifique. Les extraits que tu as choisis me plaisent énormément ! Le côté philosophique et métaphysique du livre m’intéresse. J’espère pouvoir le lire un jour, mais pour le moment ma PAL est gigantesque, il me faut attendre. Merci 🙏 très bonne année à toi ! Meilleurs vœux pour 2025
J’aimeAimé par 1 personne
Merci Marie-Anne! Je suis heureuse si j’ai rédigé une chronique intéressante. Cette autrice me touche beaucoup. Je comprends la PAL… Très bonne année à toi!!!
J’aimeAimé par 1 personne
Cette histoire sur plusieurs décennies m’intéresse, mais je suis un peu intimidée par l’écriture d’Anne Michaels (je ne suis pas toujours sensible aux styles très poétiques). J’essaierai avec un emprunt en bibliothèque.
J’aimeAimé par 1 personne
Bonne idée! C’est une bonne façon de voir si une autrice ou un auteur nous plaît. Merci!
J’aimeAimé par 1 personne
L’écriture poétique, je suis un peu comme Sacha, cela peut très bien passer ( et j’ai beaucoup apprécié par exemple celle de Sébastien Dulude (un auteur de par chez toi …) dans Amiante) mais, cela peut aussi m’agacer … Je tenterai donc, moi aussi, quelques pages en librairie ou en bibliothèque avant de me prononcer.
J’aimeAimé par 1 personne
D’accord. Si jamais tu découvres la plume de cette autrice, j’aimerais bien connaître opinion. Au plaisir !
J’aimeJ’aime
J’ai lu à propos de ce livre des chroniques qui soulignaient qu’il faut un certain degré de concentration pour suivre et apprécier la trame. Mais j’avais lu et adoré Fugitive pieces (La mémoire en fuite) et je suis plus que disposée à lire Etreintes et/ou Tombeau d’hiver, surtout après t’avoir lue.
J’aimeAimé par 1 personne
Je suis toujours concentrée lorsque je lis un livre… donc, ça ne change rien pour moi. La plume de cette autrice est vraiment belle et ses histoires sont originales. Merci pour ta lecture de mes articles! 🙂
J’aimeJ’aime