Madame lit Rouge de Mona Awad

« Elle était en train de devenir la version la plus sublime d’elle-même. » (p. 162)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
J’ai accepté de recevoir Rouge de Mona Awad pour deux raisons. D’une part, j’ai lu dans le résumé du livre qu’il s’agissait d’un «conte d’horreur gothique» (je voulais découvrir ce genre); d’autre part, j’avais envie de plonger dans une histoire déstabilisante (c’est ce qui est arrivé, croyez-moi ). Donc, je remercie les Éditions Québec Amérique de m’avoir accordé leur confiance.
Tout d’abord, qui est Mona Awad ? Selon le site Web de Québec Amérique :
« Mona Awad est née à Montréal et vit présentement à Boston. Elle est l’autrice de Bunny (Lapin en version française) et de 13 Ways of Looking at a Fat Girl, qui a été en lice pour le Scotiabank Giller Prize et a remporté le Amazon Canada First Novel Award ainsi que le Colorado Book Award, en plus d’avoir obtenu une mention honorable au Arab American Book Award. Le livre a également été en lice pour l’International Dublin Literary Award et la Stephen Leacock Memorial Medal for Humour. Titulaire d’une maîtrise en écriture de fiction de l’Université Brown et d’un doctorat en études anglaises et en création littéraire de l’Université de Denver, Mona Awad a écrit dans TIME, VICE, The New York Times Magazine et McSweeney’s, entre autres. »
En plus, comme mon édition compte 552 pages, elle me permet de participer à l’événement littéraire autour des pavés organisé par Moka pour les blogueurs et les blogueuses. En ce sens, j’aurai lu mon pavé du printemps (ce ne sera pas le seul 😉 ).
Rouge
Mirabelle, une trentenaire, vendeuse de Montréal, est obsédée par l’entretien de sa peau. Elle écoute constamment des vidéos pour comprendre tous les soins nécessaires afin d’avoir le meilleur éclat. Elle reçoit un appel. Sa mère vivant en Californie est morte. Mirabelle, dite Belle, décide de se rendre aux États-Unis pour s’occuper des funérailles de sa mère et de ses biens, car elle est enfant unique et sa mère n’a pas de conjoint connu. En sol américain, Mirabelle va plonger dans ses souvenirs d’enfance traumatisants et elle va découvrir une secte/un spa, La Maison de Méduse. Cette dernière offre, entre autres, des soins de la peau aux plus riches afin qu’ils aient le teint le plus clair possible. Mirabelle devient rapidement une adepte de ce spa californien.
Mes impressions
Je dois dire que j’ai été très déstabilisée par cette lecture. Je ne m’attendais pas à être entraînée dans un univers marqué par des thèmes fantastiques. Par exemple, il faut essayer de comprendre le recours au miroir dans ce récit. Ce dernier détient une place capitale et il faut presque l’associer à la construction identitaire du personnage principal. Mirabelle, enfant, se réfugie dans la garde-robe de sa mère pour se contempler dans le miroir. Ou encore, à la fin, Mirabelle et Lac doivent porter un plateau et dans ce dernier, elles peuvent s’observer. Voici ce que l’instance lectrice apprend :
« Nous sommes si terriblement magnifiques que, si nous nous regardions, nous ne pourrions plus jamais nous arrêter. Et ce ne serait pas une bonne chose. Parce que nous ne pourrions pas atteindre la destination finale de notre voyage de beauté, qui est tout près, apparemment. (p. 480)
En ce sens, l’image ou encore le reflet vient biaiser la perception à la fois des personnages, mais aussi de la lectrice ou du lecteur. Le miroir est associé au corps, à la femme, au culte de la beauté, à la recherche de l’image de soi parfaite. Dès l’enfance, Mirabelle a souffert d’intimidation de la part de sa mère. À la mort de cette dernière, c’est comme si son trauma venait déclencher chez elle cette quête exacerbée de la beauté et la pousse à son paroxysme pour ne pas avoir à transiger avec sa peine, son chagrin, son deuil. Le miroir devient le symbole de la réalité, mais aussi de l’idéalité.
« Mais, si elle finissait par me le demander, je dirais que c’était le chagrin. Le deuil le plus difficile. Je sais qu’elle accepterait cette réponse. Personne ne sait ce qu’il y a dans le chagrin.
Il peut contenir n’importe quoi. » (p. 534)
Mais encore, d’autres symboles tributaires du fantastique viennent modeler ce récit comme la couleur Rouge (celle du sang, des passions, de l’amour, du rouge à lèvres, de la mère, etc.) ou encore le vampire. Ce récit est très réussi en ce sens. Je peux citer le personnage de Seth (il porte le nom égyptien du dieu de la mort) et il semble se confondre entre le réel et l’imaginaire de Mirabelle.
Dans cette histoire, il y a aussi toute la complexité des rapports entre la mère et la fille. Mirabelle entretenait une relation conflictuelle avec sa mère. D’ailleurs, elle avait décidé de vivre à Montréal, loin de celle qui lui a donné la vie. Toute cette histoire est construite autour de ces dernières et du fait que la beauté les sépare, les divise.
« Belle. Elle t’appelait ainsi même si tu étais une petite chose repoussante. Tout le contraire de maman. » (p. 11)
La mère s’avère un personnage solaire alors que Mirabelle semble associée à l’obscurité, à la noirceur. La mort de la mère semble lui ouvrir les portes de la lumière, pour un instant.
Ce livre permet sans aucun doute à l’autrice de dénoncer également cette industrie de la beauté absurde. Comme le mentionne la dame en rouge :
« – Après tout, les soins de beauté sont notre seule issue devant l’Abysse, n’est-ce pas ? (p. 113-114)
Vous l’aurez compris, je n’ai fait qu’effleurer ce livre tant il est riche symboliquement. Alors, je vous laisse le découvrir. Je vous le recommande si :
- Si vous aimez les films de David Lynch (même ambiance dans Rouge)
- Si vous avez apprécié le livre Natural Beauty de Ling Ling Huang
- Si vous adorez les romans fantastiques gothiques
Je crois que je vais poursuivre ma découverte de l’œuvre de Mona Awad.
Je suis contente aussi d’avoir lu mon second pavé pour le défi créé par Moka.
Aimeriez-vous lire Rouge ? Avez-vous déjà lu un roman de Mona Awad ?
Bien à vous,
Madame lit
Mona Awad, traduit de l’anglais par Marie Frankland, Montréal, Les Éditions Québec Amérique, 2025, 552 p.
ISBN : 978-2-7644-5467-1
Vous avez remarqué une faute dans mon article ? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture !!!
Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Rouge de Mona Awad par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé. Je recevrai une petite redevance qui ne vous coûtera rien.




Le fantastique est sûrement parfait pour aborder ce thème de la quête de beauté (à la Dorian Gray), mais c’est un des rares genres que j’évite…
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Merci pour ton message. Je ne savais pas que tu évitais le fantastique. J’aime bien à petites doses.
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Bonjour Nathalie, je vois que ce roman est riche en symboles et en mystères ! De toute ma vie je n’ai jamais lu ce genre de roman fantastique d’horreur gothique… Le fait que ce soit un pavé me fait un peu peur aussi ! Merci de cette présentation, bon week-end 🙂
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Bonjour Marie-Anne, j’ai été en tous les cas déstabilisée. Mais, j’aime ces univers symboliques qui font travailler un peu la tête du lecteur afin de les décrypter. Merci et bonne soirée!!! 📖🙂🌞
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Je m’aventure rarement dans le fantastique gothique … A voir quand même, mais pour un pavé de l’été !
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Je ne sais pas pourquoi j’ai demandé ce livre en service de presse, mais toujours est-il que je lève mon chapeau à l’autrice car c’est riche en symboles et en personnages. Merci !
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