Madame lit Nouées de Catherine Voyer-Léger

« J’étais la plaie de ma propre existence ». (p. 105)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
Je suis bien heureuse de partager mes impressions sur Nouées de Catherine Voyer-Léger. D’une part, je n’ai jamais parlé de cette dernière sur mon blogue ; d’autre part, j’aime beaucoup la collection III de Québec Amérique. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais j’ai abordé il y a plusieurs mois Les Disgracieuses de Claudia Larochelle, faisant aussi partie de la collection III.
Tout d’abord, qui est Catherine Voyer-Léger ?
Sur son site Web, Québec Amérique propose la biographie suivante :
« Catherine Voyer-Léger a signé plusieurs ouvrages dont Métier critique, un essai sur l’état de la critique culturelle au Québec, et Prendre corps, un recueil de microrécits qui lui a valu en 2019 le Prix littéraire Jacques-Poirier–Outaouais. Elle collabore à plusieurs projets collectifs et à certaines revues, et est très active sur les médias sociaux. Mère monoparentale, femme de cœur et femme de tête, elle est directrice générale du Conseil québécois du théâtre. »
Comme vous pouvez le remarquer, Catherine Voyer-Léger n’est pas une inconnue du milieu littéraire québécois.
Nouées offre 3 souvenirs importants dans la vie de l’autrice, trois souvenirs à nouer, à dénouer. Il est divisé en 3 parties :
- 2017 Le commencement du monde
- 1984 Chocolat
- 2001 Passer proche
Dans la première partie du livre, la narratrice aborde en toute franchise l’adoption de sa fille et du processus avec lequel elle a dû transiger. Elle parle, entre autres, du sentiment de culpabilité qui l’a habité par rapport à la mère biologique de sa fille lors des rencontres obligatoires avec les représentants des services sociaux ou encore alors qu’elle témoigne à la Cour. Elle sait qui elle est, ce qu’elle possède comme force, la communication, par rapport à l’autre, la mère biologique. Mais comment se départir du sentiment la rongeant de l’intérieur :
« Oui, la culpabilité finit par s’apaiser. On m’a expliqué qu’il le fallait, que pour le bien de mon enfant je devais être sa mère sans pincettes, sans doute, sans marcher sur la pointe des pieds. Être sa mère tout court. Sans qualificatif. » (p. 43)
Cette culpabilité, la narratrice sait qu’elle droit transiger avec comme un monstre qu’il lui faut apprivoiser pour le meilleur.
Dans la seconde partie, l’instance lectrice retrouve une Catherine enfant, dans une famille dysfonctionnelle. Sa mère est alcoolique et elle va aller durant 5 semaines en clinique de désintoxication. Catherine a peur que sa mère ne revienne jamais. Mais encore, ses parents sont séparés et Catherine vit mal cette séparation, car elle voue un amour sans condition à son père. Catherine, enfant, ressent un sentiment aussi de culpabilité. Ce sentiment la ronge au point où elle mange son émotion.
« Je n’avais pas de trouble psychiatrique, mais une blessure profonde qui portait le nom de ma mère, l’absence de ma mère.
Même de cette peine que je découvrais avec étonnement, je me sentais coupable. » (p. 58)
Ainsi, l’autrice aborde le rôle de sa mère dans son développement personnel; elle explique le sentiment de culpabilité qu’elle ressent pour celle qui lui a donné la vie. Jamais elle ne tombe dans le larmoiement ou encore dans les attaques envers sa mère. Elle recherche les odeurs de son enfance, les lieux aimés ou détestés, elle tente de comprendre son hyperphagie ou la provenance de sa peur de déranger les autres. Il y a aussi la petite Catherine qui revient seule à la maison avec une clé autour du cou. Elle mange seule et elle va retrouver sa mère dans son lit lorsque cette dernière revient de travailler. Encore là, Catherine sent qu’elle dérange, qu’elle est coupable de déranger le repos de sa mère.
Dans la troisième partie, en 2001, la narratrice parle de sa relation avec la mort, avec son désir de s’effacer totalement, du mal-être.
« Je pense que j’ai quelque chose à dire sur la désespérance et sur le mal de vivre. Et sur la putain de culpabilité de survivre. »
Encore cette culpabilité… car elle attend un « trou du cul », un homme qui profite de la faiblesse des femmes, qui joue avec leurs sentiments. Bien sûr, aimer ce type d’homme, c’est aussi une façon de se détester. Et on apprend qu’il y a une autre femme. Il y a toujours une autre femme. Ensuite, le geste fatidique parce qu’il faut arrêter la souffrance, même si elle est tributaire de ce que l’on ressent pour un salaud. Un appel à l’aide ? Une tentative de suicide ? Toujours est-il que la seule place possible pour essayer de se comprendre est l’hôpital psychiatrique. La fille malade prend enfin toute la place. Lorsqu’elle grandit un peu, elle réalise que la relation avec ses parents est construite autour de la culpabilité. Comment s’en départir ? Un jour, il y a un enfant, une petite fille de la DPJ. Une petite à aimer.
Je dois vous avouer que je me suis retrouvée énormément dans ce texte. J’ai même versé des larmes. J’ai de mon côté choisi d’avoir un enfant par le biais de l’insémination. J’ai connu 5 inséminations, deux opérations pour être en mesure d’enfanter. Je me suis fait inséminer 5 fois sans résultat positif et j’étais seule, célibataire. Je ne peux décrire tout le désespoir dans lequel j’ai été plongée. Puis, avec mon conjoint, nous avons voulu adopter un enfant de la DPJ il y a quelques années, mais côté ontarien. On a suivi les cours, on a reçu les visites des intervenants, on a répondu à des questions embarrassantes sur notre sexualité, etc. Mais nous avons traversé un épisode difficile et puis, on nous a refusé le droit d’adopter. Encore le désespoir. J’ai une maîtrise, j’ai un travail stable (j’enseigne au collégial depuis plus de 15 ans, etc.), j’ai une maison de 22 pièces. Non. On vous ferme la porte, vous ne pouvez pas être famille d’accueil, etc.
Je vais en rester là. Mais, la liste des prénoms, le deuil, la désespérance, la culpabilité, la boule juste à en parler, je connais ces émotions. Le seuil de la mort aussi. Je n’ai probablement pas réussi à dénouer encore les fils de ma boule de laine…
Merci Catherine Voyer-Léger pour ce merveilleux livre. Il me parle énormément et je suis convaincue que beaucoup de femmes pourraient bénéficier de cette lecture.
Alors, je vous le recommande sans hésitation.
Que pensez-vous de ma lecture ?
Bien à vous,
Madame lit
Catherine Voyer-Léger, Montréal, Québec Amérique, coll. III, 2022, 157 p.
ISBN : 978-2-7644-4600-3
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Bonjour Nathalie, je vois que ce livre autobiographique est très psychologique et c’est intéressant le thème de la culpabilité qui traverse les années et se retrouve sous différentes formes. J’ignorais que tu avais connu toutes ces épreuves personnelles et ça a dû être vraiment dur ! Je comprends que ce livre t’ait tellement parlé et concernée ! Merci beaucoup 🙏 😊 Excellent dimanche à toi 🌱🌿📚🤩🌞🌷
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Bonjour Marie-Anne, ce livre m’a ramenée dans des zones sombres. Je ne parle pas beaucoup de mes temps difficiles. Je suis plutôt discrète, mais si ce livre peut aider et libérer des émotions chez d’autres femmes ayant vécu des expériences similaires, il fallait que je parle de moi. Merci!!! 🙏🏻📖🌹
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J’imagine combien ce livre a dû te toucher, et comme il peut toucher beaucoup de femmes en effet. Cette collection autour de souvenirs personnels est vraiment très intéressante justement parce qu’à partir d’expériences très intimes, les autrices et auteurs parlent bien souvent de situations qui concernent finalement bien des gens.
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Oui… Mais la culpabilité est une émotion qui touche aussi beaucoup de personnes. Cette collection est à découvrir. Merci!!!
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