Madame lit C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien
Je m’appelle Jonas Dorléon. Je ne suis pas mort.
Chères lectrices, chers lecteurs,
J’ai lu pour le Club de lecture CLO C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien — et je dois vous avouer une chose : ce livre m’a bouleversée. Pas seulement par son histoire, mais par la façon dont il m’a secouée, touchée, et parfois même laissée sans voix. Depuis Ce que je sais de toi d’Éric Chacour ou Kukum de Michel Jean, je n’avais pas ressenti une telle intensité. La plume de Thélyson Orélien est poétique, sensorielle, vivante — elle nous plonge dans l’expérience migratoire avec une vérité crue et une humanité rare.
Qui est Thélyson Orélien ?
Selon le site des Éditions du Boréal :
« Né aux Gonaïves, Thélyson Orélien est un écrivain québécois d’origine haïtienne, dont l’œuvre explore les ponts entre mémoire, exil et appartenance. Poète, romancier et chroniqueur, il écrit avec une simplicité lumineuse sur les identités mouvantes et les survivances humaines. Sa voix mêle la lumière des Caraïbes aux silences du Nord, toujours attentive aux fractures sociales et aux élans qui rassemblent. Ses écrits prolongent cette quête d’équilibre entre l’intime et le collectif. »
Orélien ne se contente pas d’écrire : il crie, il chante, il témoigne. Et c’est précisément ce qui rend C’était ça ou mourir si puissant.
C’était ça ou mourir : une route comme promesse de parole
Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie, quitte Haïti, son pays en feu, où son quartier, Carrefour-Feuilles, n’est plus qu’un « cendrier géant, un cimetière sans tombes ». Il fuit les gangs, la violence, l’oubli. Dans son sac en plastique, il glisse :
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- Son diplôme (preuve qu’il a existé, qu’il a enseigné, qu’il a compté).
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- Son cahier de poèmes (pour ne pas perdre son âme en chemin).
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- Une photo de sa mère (un lien fragile avec ce qu’il a aimé).
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- Un caleçon (le strict minimum pour survivre).
Sa première étape ? La République dominicaine. Mais rien n’a changé. Alors, il repart. Direction le Brésil, puis les États-Unis — où l’accueil est glacial, surtout sous l’administration Trump et ses politiques migratoires impitoyables. Découragé, il entend parler du chemin Roxham, à la frontière canadienne. Il s’y rend. Et finalement, il échoue à Montréal.
Mais attention : ce n’est pas une fin heureuse. Pas vraiment. C’est une victoire amère, un espoir fragile, une question sans réponse claire : a-t-il choisi la bonne route ?
La voix des sans-voix
Être migrant, c’est :
« Partir, ce n’est pas seulement chercher une vie meilleure. C’est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C’est vouloir qu’au moins une voix survive à son corps. Mourir, d’accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu’un reste, quelque part, pour dire : « Il a vécu, je l’ai vu, je m’en souviens. » »
(p. 112)
Cette route est parsemée de silences, d’absences, de morts. Mais elle est aussi peuplée de rencontres, de rires étouffés, de larmes retenues. Jonas ne veut oublier personne. Il a besoin de raconter. Parce que :
« C’est ce qu’on oublie souvent quand on parle de nous — les migrants, les réfugiés, les déplacés. On croit que nous voulons des papiers, du riz, un toit, un visa. Oui, c’est vrai. Nous voulons tout ça. Mais avant tout, nous voulons raconter, dire ce que nous avons vu, partager l’horreur. Pour ne pas devenir fous. »
(p. 136)
Jonas, en marchant, en parlant, en luttant, raconte l’Amérique d’aujourd’hui : une Amérique violente, injuste, aveuglée par ses bureaucraties. Une Amérique où l’humanité se mesure en formulaires, où l’espoir se négocie.
Un coup de poing en plein cœur
J’ai ressenti tout en lisant ce livre :
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- De la honte (pour ce système qui broie les rêves).
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- De la tristesse (pour ces vies réduites à des statistiques).
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- De l’empathie (pour ces visages que l’on croise sans les voir).
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- De la colère (contre l’indifférence).
Un migrant n’est pas un chiffre. C’est une histoire, un visage, une voix. Et Thélyson Orélien nous le rappelle avec une force inouïe.
Pour un éveil collectif
Ce livre n’est pas qu’un roman. C’est un réveil, un appel, une supplique. La politique de l’autruche doit être abandonnée. L’heure est grave, car derrière chaque visage se cache une histoire. Alors, l’humanité passe par quoi ? Un avocat ? Une femme qui t’appelle par ton nom ? Trois locataires avec qui partager un repas ? Un espoir.
Orélien nous secoue pour que nous ouvrions les yeux. Parce que l’humanité, c’est aussi :
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- Un papier (quand il est obtenu avec dignité).
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- Un repas partagé (sans jugement).
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- Une oreille qui écoute (sans condition).
Et parfois, c’est simplement quelqu’un qui croit en toi :
« — Mais tu peux y croire. Parce que moi, je l’ai eu, mon papier. Parce que même Kevin, qui ne sait pas où est Haïti, peut faire un miracle. Parce qu’on est des survivants. Et que même quand le monde ne comprend pas ton histoire, il peut finir par t’accueillir quand même. »
(p. 238)
Et après ?
Selon Sarah-Émilie Nault du Journal de Montréal :
« Les droits de ce roman ont été cédés à 21 éditeurs dans le monde. En une semaine, l’œuvre s’est retrouvée en troisième place du palmarès Renaud-Bray et au numéro un des ventes de livres francophones des librairies indépendantes. On parle déjà d’un grand intérêt pour une adaptation cinématographique. Retenez le nom et l’œuvre de ce nouveau venu : C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien. »
Alors, pourquoi cet engouement ?
Parce que ce livre parle de nous. De notre Amérique, de notre indifférence, mais aussi de notre capacité à nous relever. Parce qu’il dénonce sans tomber dans le misérabilisme, et espère sans naïveté.
En conclusion : merci, Thélyson Orélien
Ce roman est plus que nécessaire. Il est urgent. Il nous rappelle que derrière chaque migrant, il y a une histoire, une âme, une lutte.
Alors, lisez-le. Parlez-en. Agissez.
Parce que l’humanité, ça se vit aussi en lisant.
Et vous, chères lectrices, chers lecteurs ?
Avez-vous déjà lu un livre qui vous a autant marqué·e ?
Ou peut-être un récit migratoire qui vous a touché·e en plein cœur ?
Dites-le-moi en commentaire !
C’était ça ou mourir
Thélyson Orélien, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2026, 262 p.

