Le Docteur Thorne d’Anthony Trollope : un pavé estival entre amour et devoir
« Vous devez épouser une fortune, Frank. Tel est votre devoir essentiel, unique. Tel est le projet qui doit sans cesse habiter votre esprit. »
— Le Docteur Thorne, Anthony Trollope, p. 99
Chère lectrice, cher lecteur,
J’ai choisi comme pavé estival Le Docteur Thorne d’Anthony Trollope, un roman qui traînait dans ma bibliothèque depuis deux ou trois ans. C’est François Bunel qui, dans une de ses chroniques, en avait fait l’éloge en le qualifiant de grand roman d’amour. Sa réputation m’a suffi pour éveiller ma curiosité. Comme le défi #Pavé2 organisé par Moka consiste à lire un gros livre pendant l’été, je me devais de relever le challenge avec ce titre.
L’amour, toujours l’amour
Mary Thorne, orpheline recueillie dès sa naissance par son oncle, le Docteur Thorne, a eu la chance de recevoir la même éducation que les filles de Greshambury. Pourtant, elle n’a ni dot ni titre. Frank Gresham, l’héritier de Greshambury, l’aime d’un amour profond et sincère.
« Je veux vous traiter comme la jeune fille que j’ai choisie parmi toutes les autres pour en faire ma femme. »
— Le Docteur Thorne, p. 140
Mary Thorne, consciente que cette union pourrait lui nuire, refuse pourtant sa demande en mariage. Une décision qui s’avérera judicieuse : Frank, malgré les pressions de sa famille, refuse de renoncer à elle.
Lady Arabella, sa mère, voit d’un très mauvais œil cette relation. Pour elle, Frank doit épouser une fortune : la famille est ruinée, et Greshambury risque de leur échapper. Sa tante, mariée à un comte, lui lance même :
« Si vous voulez avoir la tête haute dans le pays, si vous voulez représenter votre comté au Parlement — comme l’ont fait votre père, votre grand-père et vos arrière-grands-pères — et si vous voulez conserver un toit au-dessus de votre tête tout en transmettant Greshambury à votre fils, alors vous devez épouser une fortune. Peu importe que Miss Dunstable ait vingt-huit ou trente ans : elle a une fortune, et en l’épousant, votre position dans la vie sera assurée. »
— Le Docteur Thorne, p. 156-157
Toute la famille tente de convaincre Frank d’oublier Mary : son père, sa sœur Beatrice (qui est pourtant l’amie de Mary), sa tante, ses amis… et même Mary elle-même. Seul le Docteur Thorne, l’oncle de la jeune femme, s’abstient de s’immiscer dans cette affaire. Frank est finalement envoyé à l’étranger pour une année, afin de « tester » ses sentiments.
Pendant ce temps, Mary Thorne a le loisir de réfléchir. Son cœur appartient à Frank, bien qu’elle sache que ce mariage est impossible. À l’époque victorienne, l’amour ne suffit pas : l’autrice — ou plutôt l’auteur, Anthony Trollope — dénonce ainsi le sort réservé aux jeunes femmes, dont la valeur se mesure à leur dot ou à leur titre.
« Aimer complètement, vraiment, tendrement, d’un amour qui implique tout le corps, toute l’âme et toute l’ardeur : tout cela ne devrait-il pas être compté comme un mérite chez une femme ? Et pourtant, nous en faisons un déshonneur. En agissant ainsi, nous allons tout à fait contre la nature, contre la raison ; car nous souhaitons voir nos filles mariées pour nous en débarrasser. »
— Le Docteur Thorne, p. 373
Le destin de Mary Thorne bascule du jour au lendemain lorsque sa véritable ascendance est révélée. Pourra-t-elle enfin épouser l’homme qui l’aime plus que tout ? Qui est prêt, pour elle, à renoncer à son mode de vie aristocratique ?

Mon avis
Grande amatrice de classiques britanniques et de littérature victorienne, je dois avouer que Le Docteur Thorne m’a une fois de plus convaincue. L’intrigue est admirablement construite, et les personnages — Mary, Frank, Beatrice, Augusta, Lady Arabella ou encore Miss Dunstable — sont à la fois complexes et attachants. Grâce à eux, j’ai passé un moment de lecture captivant, tout en explorant des thèmes universels : l’argent, l’importance du titre, la noblesse, l’amour, les conventions du mariage, les ravages de l’alcool, ou encore la santé.
Quelques mots des plus grands écrivains sur Anthony Trollope :
- « Trollope restera l’un des plus sûrs écrivains qui ont aidé le cœur de l’homme à se connaître lui-même. » — Henry James
- « Il me tue, il me tue avec sa maîtrise ! » — Léon Tolstoï
- « De tous les romanciers, de quelque pays que ce soit, c’est Trollope qui comprend le mieux le rôle de l’argent. Comparé à lui, même Balzac est un moraliste. » — Virginia Woolf
Pour qui est ce livre ?
Je vous recommande Le Docteur Thorne si :
✅ Vous aimez la littérature victorienne,
✅ Vous cherchez un pavé estival avec des personnages profonds et mémorables,
✅ Vous souhaitez explorer les thèmes de l’argent, du mariage et des conventions sociales.
Et vous, avez-vous déjà lu ce classique ? Qu’en avez-vous pensé ?
Dites-le-moi en commentaire !
Bien à vous,
Madame Lit
Le Docteur Thorne
Anthony Trollope, traduit de l’anglais par Alain Jumeau, Paris, Grands romans Points, 2014, 780 p.


Cela fait plusieurs fois que je croise ce roman… Avec ton avis et ta chronique, je me le note enfin dans ma PAL et je place ce titre dans mes futures lectures à faire.
Si tu apprécies la lecture victorienne, je crois que tu devrais l’aimer. Merci!
J’aime beaucoup la citation de Virginia Woolf..
Moi aussi…