Madame lit un billet d’un participant au défi 2019!

Chère lectrice, Cher lecteur,

Le mois glisse vers sa fin. M. Robert Benoit, un abonné à mon blogue et un participant au Défi Madame Lit 2019, a lu en janvier Neige d’Orhan Pamuk. Comme il ne possède pas de blogue, je lui ai gentiment suggéré de publier ses observations sur sa lecture.

Quelques observations à la lecture de romans de Pamuk…

Quand j’ai pris connaissance des suggestions de Madame Lit pour le thème de la neige, je fus quelque peu surpris de retrouver un roman d’Orhan Pamuk, Neige. L’hiver, la neige et la Turquie. Mais je n’ai pu résister car j’ai visité ce pays et j’y ai découvert Pamuk avec son livre Istanbul, souvenirs d’une ville. Je n’ai pas été déçu, je me suis laissé prendre et j’ai envoyé les notes que j’avais prises durant ma lecture pour bien faire voir comment l’auteur nous faisait découvrir tellement de variations autour de ce simple mot, Neige.

On pourrait résumer l’histoire ainsi : Ka, un jeune poète turc, après un exil en Allemagne, se rend à Kars, une ville endormie d’Anatolie. Il y est envoyé par un journal turc pour enquêter sur le suicide de jeunes femmes portant le foulard. Il y va aussi pour tenter de retrouver Ipek, une ancienne camarade qu’il a beaucoup aimée. Mais tout se complique, la neige ne cesse de tomber, des complots se dessinent et les affrontements se multiplient. Tout cela rendu plus difficile car la neige ne cesse de tomber et personne de l’extérieur de la ville ne peut y entrer.

Au milieu de ces conflits en lien avec la question de l’identité turque, avec le fanatisme religieux, on demeure fasciné par le développement, les péripéties de cette histoire d’amour. Ipek et Ka voudraient retourner en Allemagne. Ipek, maintenant divorcée, Ka souhaiterait l’épouser dans la ville de Francfort. Le suspense tient la route jusqu’aux dernières pages où l’on arrive à comprendre le véritable sens de ce qui est arrivé.

Dans la présentation de Madame Lit, on souligne que c’est un extraordinaire roman à suspense… En plus ce livre a gagné le prix Médicis pour le roman étranger. Quoi de plus pour avoir le goût d’y plonger et c’est ce que j’ai fait…

Parlons maintenant de l’amour. Ce ne peut finalement pas être une véritable histoire d’amour entre Ipek et Ka même si on nous affirme ceci en quatrième de couverture :

            Mais Ka avance, comme dans un rêve, voyant tout à travers le filtre de son inspiration poétique retrouvée, stimulée par sa passion grandissante pour Ipek, et le voile de neige qui couvre la ville. 

Je m’explique. Ce ne peut être un roman d’amour en raison de cette incessante présence du questionnement sur la politique, l’insurrection, l’opposition entre ceux qui croient en Dieu et les islamistes, les conflits entre les kurdes et les autres turcs… Tout au long du chapitre sur l’opposition entre le monde turc et le monde occidental au moment où l’on veut envoyer en Allemagne un article pour décrire tout ce qui se passe en Turquie, on a l’impression que cette rencontre entre Ipek et Ka est passablement laissée de côté.

Par ailleurs, la beauté des passages où sont évoqués les sentiments éprouvés par Ka et Ipek ne laisse de nous passionner. Mais ailleurs dans le roman, c’est comme si on voulait nous faire oublier cela… Je m’explique et vous verrez bien par le déroulement des trois chapitres sur lesquels je veux attirer l’attention.

Le chapitre 28 est présenté ainsi :

Ce qui différencie l’amour de la douleur de l’attente

Ka et Ipek dans la chambre d’hôtel

Les deux se retrouvent seuls dans une chambre d’hôtel. Ka l’attend et à l’arrivée d’Ipek, on peut lire les lignes suivantes :

            « Mais Ka n’était pas en état de l’écouter (elle vient d’évoquer son retard). Il la prit aussitôt dans ses bras de toutes ses forces ; il enfonça sa tête dans son cou et ses cheveux ; et resta ainsi sans bouger. Et il se sentit tellement heureux que la douleur de l’attente lui parut bien absurde. »

Ipek lui dit ensuite :

           « Oublie tout ça, maintenant, dit Ipek. Je suis venue faire l’amour avec toi. »

Le dernier paragraphe de ce chapitre se lit comme suit :

            « Ils restèrent ensemble au lit un long moment, puis regardèrent la neige sans bouger. Ka aperçut même parfois dans les yeux d’Ipek la neige qui tombait. »

Magnifique non et retenir que c’est la première fois qu’ils  se retrouvent seuls ensemble…

Le chapitre 29 qui suit débute ainsi :

« Quarante-deux jours après la mort de Ka, soit quatre ans après sa venue à Kars, je suis allé dans le petit appartement de Francfort où Ka a passé les huit dernières années de sa vie ».

On raconte tout au long de ce chapitre que le narrateur vient à Francfort pour retrouver un cahier vert dans lequel Ka aurait recopié les poèmes qu’il avait composés lors de son séjour à Kars.

Tout un changement de ton… mais encore…

Le chapitre qui suit le chapitre 30 est présenté par ces mots :

« Quand nous reverrons-nous? »

Un bonheur éphémère.

Les premières phrases du chapitre sont les suivantes :

            « Après avoir fait l’amour, Ka et Ipek restèrent couchés, enlacés sans bouger. Le monde entier  était si silencieux et Ka si heureux que Ka eut l’impression que ce moment avait duré très longtemps. Il en fut arraché par l’impatience et bondit hors du lit pour regarder par la fenêtre. »

Par ailleurs, ce que j’apprécie dans ces deux premières pages c’est l’évocation des sentiments qu’éprouve Ka :

  • Le retournement : il est heureux et l’inquiétude s’installe.
  • La détresse et l’inquiétude remplacées par le bonheur.

Mais en même temps, semblant oublier ce bonheur, il pense à la neige, il pense à la neige. Et encore cette réflexion :

            « … et penserait par la suite qu’il avait abrégé les instants les plus heureux de sa vie parce qu’il était incapable de supporter cet excès de bonheur. »

Les pages suivantes de ce chapitre portent sur le bonheur, sur le bonheur au moment de l’enfance… Mais où cela va conduire le lecteur? On peut s’en douter. Un bonheur éphémère et tout semble indiquer que Ka est retourné seul à Francfort.

J’ai tenté de faire ressortir cette alternance entre l’histoire des personnages et les interrogations diverses sur la vie en Turquie entre autres. Un autre exemple :

Le roman de Pamuk, La maison du silence, pourrait se résumer ainsi pour l’histoire : dans un tout petit port turc, un nain veille sur une très vieille femme. L’arrivée des trois petits-enfants de la femme va conduire à un drame. La quatrième de couverture où est résumée l’histoire des personnages se termine par le paragraphe suivant :

            « Le récit dresse un tableau lucide de l’histoire des cent dernières années de la Turquie qui pose adroitement une question très actuelle pour les  pays du Proche-Orient : l’occidentalisation a-t-elle  échoué? Quels en ont été les résultats, quelle est la part de cette évolution dans le conflit de  générations comme dans les rapports droite- gauche en politique?

Un peu dans le même sens, un critique du roman Le livre noir de Pamuk écrit les phrases suivantes :

            « Le livre noir est une histoire à tiroirs dans la grande tradition orientale. C’est une quête d’identité personnelle et culturelle, c’est un regard mélancolique porté sur la Turquie, c’est une multitude de contes traditionnels, un voyage intérieur, une confrontation de l’orient et de l’occident, un livre d’Histoire mâtiné de philosophie, d’histoire des idées et des religions. On y parle d’amour et de censure, de famille et de pression sociale, de créativité et de secrets, de politique et de liberté. Et ça a beau partir dans tous les sens, l’écriture est parfaitement maîtrisée et cohérente. »

J’espère que vous avez apprécié mes observations et que vous allez plonger dans cet univers que j’ai beaucoup aimé. La neige revêt un caractère bien particulier. En plus, j’ai relevé le défi pour janvier avec le thème de la neige.

Cordialement,

Robert Benoit

Catégories: Défi littéraire 2018

8 commentaires »

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