Madame lit Anne Hébert, vivre pour écrire

Une vie vouée à la littérature peut être remplie d’écueils. (p. 454)

Chère lectrice, Cher lecteur,

Je viens de terminer la biographie Anne Hébert, vivre pour écrire de Marie-Andrée Lamontagne. Cette dernière n’est pas une inconnue dans le monde littéraire. Elle est journaliste, éditrice, écrivaine. Elle a fait paraître sa biographie sur Anne Hébert aux Éditions du Boréal. Marie-Andrée Lamontagne a passé 10 ans à faire de la recherche pour cette biographie et elle a mis 5 ans à la rédiger. Un travail colossal pour mettre en lumière cette écrivaine qui préférait sans aucun doute vivre dans l’ombre. Je dois d’emblée vous dire que j’ai adoré chaque page des 516 de cette biographie. Comme je suis une admiratrice inconditionnelle d’Anne Hébert, je savais que ce livre serait une lecture marquante. Mais à ce point, non.

Ma première rencontre avec la plume d’Anne Hébert remonte à la fin des années 90. J’avais comme lecture obligatoire au collégial son recueil de nouvelles Le Torrent. Je savais en lisant les pages de ce dernier que j’avais découvert mon écrivaine québécoise. Ensuite, à l’université, il y a eu mes lectures des Fous de Bassan, de Kamouraska et pour ma maîtrise, des Chambres de bois.  Bien entendu, il y a eu mes lectures de sa poésie et de ses autres romans comme L’enfant chargé de songes, Le premier jardin ou Un habit de lumière. Anne Hébert, c’est celle qui fait vibrer mon âme poétique, c’est celle qui me parle de la fureur de vivre, de la passion d’aimer, de la puissance des forces destructrices, du sacré et du profane. En tant qu’étudiante à la maîtrise, je suis même allée présenter une conférence lors de l’ouverture du Centre Anne-Hébert à l’Université de Sherbrooke dans l’espoir de la rencontrer. Ma communication portait, entre autres, sur Les chambres de bois et l’instance lectrice. Mais, malheureusement, Anne Hébert était trop malade pour se déplacer. Donc, je n’ai jamais eu la chance de lui parler, de lui dire à quel point je porte ses mots en moi, comment son imaginaire a forgé mon imaginaire et qu’elle m’inspire à écrire. Donc, il va sans dire que cette biographie m’intéressait au plus haut point. Anne Hébert est morte en l’an 2000 et cet hommage ne pouvait qu’être doux à mes oreilles, car il me replongeait par le fait même dans mon parcours.

Marie-Andrée Lamontagne a présenté un portrait humain, tendre, attachant de cette grande dame de la littérature. Elle a fait beaucoup de recherches et elle a lu certainement toutes les lettres de l’écrivaine mises à sa disposition pour en arriver à dresser un tel portrait. Elle a rencontré aussi des personnes qui ont côtoyé l’écrivaine. On le sait, Anne Hébert a toujours été extrêmement discrète sur sa vie personnelle. Je ne connaissais qu’une petite partie c’est-à-dire son enfance passée à Sainte-Catherine, sa relation avec son cousin le poète Saint-Denys Garneau, ses difficultés pour trouver un éditeur, son appartement parisien.

Grâce à cette biographie, on en apprend plus.

La vie avant Paris

En lisant la biographie, j’ai appris qu’Anne Hébert avait été une enfant surprotégée. Son père souffrait de tuberculose et il a transmis très tôt à sa fille sa hantise de la maladie. Sa mère, pour sa part, vivait marquée par la dépression et elle se terrait dans sa maison de Québec ne sortant que pour la messe. On apprend même qu’à 20 ans, Anne Hébert a dû vivre enfermée quelques années dans sa chambre car un médecin lui avait donné un faux diagnostic en la rendant tuberculeuse. Marie-Andrée Lamontagne soulève cet élément très important dans la vie d’Anne Hébert ayant conditionné son devenir d’écrivaine. Ainsi, Le tombeau des rois tout comme Les chambres de bois porteraient tous les thèmes de cette vie de recluse. Mais encore, on en vient à savoir qu’Anne Hébert avait une phobie alimentaire tributaire de son enfance. Le poème mettant en scène une fille maigre, c’est elle. 

Et la naissance d’une écrivaine : Paris 

Il a fallu qu’elle se coupe de sa famille trop protectrice pour être en mesure de se consacrer totalement à l’écriture en rejoignant le Paris des années 50 (elle avait presque 40 ans). Dans ce dernier, elle se crée une vie, elle vole de ses propres ailes, elle trouve l’Amour, elle se consacre à ses amies (elle entretiendra des relations d’amitié privilégiées avec des personnes qui lui seront fidèles et l’aideront durant toute son existence). Les extraits des lettres qu’elle adressait à son père et à sa mère sont empreints de délicatesse pour ne pas les froisser. Anne Hébert adorait sa famille. Elle voulait seulement devenir une femme, une écrivaine.

La biographe aborde aussi l’amour libre qui durera très longtemps entre Anne Hébert et Roger Mane, un bourgeois du domaine de l’édition. Elle met aussi l’accent sur la fidélité d’Anne Hébert envers les siens, envers les lieux (Menton, Saint-Joseph-de-la-Rive, Paris, etc.).

Et bien sûr, il y a son travail d’écrivain. Elle s’y donne corps et âme. La biographe cite des extraits de missives pour nous montrer à quel point Anne Hébert était possédée par ses personnages. Elle aborde ses rapports avec la maison d’édition Le Seuil et de son travail de réécriture avant la publication d’un ouvrage. Elle soulève les prix décernés à Kamouraska et aux Fous de Bassan (le Femina). Mais surtout, elle mentionne la vie épurée que menait Anne Hébert pour se consacrer à l’écriture. Cette dernière se contentait de peu. Son appartement était dénudé d’artifice (une toile offerte par son grand ami le peintre Jean-Paul Lemieux illustrant une scène de Kamouraska habillait son mur), son chat. Elle vivait sobrement entièrement vouée à l’écriture.

C’est tout ça qui nous est offert dans cette biographie. Et bien sûr, il y a le retour en sol québécois pour venir y mourir.

Si vous êtes passionné par le travail d’écriture, par l’histoire de l’édition, par la plume d’Anne Hébert, cette merveilleuse biographie est pour vous. Je vais être hantée longtemps par cette fille trop maigre, trop belle, terrée dans une chambre de bois. Merci Marie-Andrée Lamontagne pour cette biographie qui sera désormais une référence.

Cette biographie, c’est mon coup de cœur littéraire 2019.

Je vous laisse sur ces mots d’Anne Hébert à propos du paysage de Sainte-Catherine, lieu cher à son cœur, là où elle repose éternellement :

C’est ici que j’ai appris à voir et à regarder les gens, la rivière, la montagne,  les champs, les arbres et les fleurs d’ici ont participé à ma première connaissance du monde. Tout au long de ma vie, que je sois à Paris, à Québec ou à Montréal, je garde un paysage vivant dans mon cœur même et qui me fait vivre et écrire. (p. 455)

Je tiens à remercier les Éditions du Boréal pour ce livre reçu en tant que service de presse.

Que pensez-vous de cette biographie sur Anne Hébert?

Bien à vous,

Madame lit

LAMONTAGNE, Marie-Andrée, Anne Hébert, vivre pour écrire, Montréal, Boréal, 2019, 558 p.

ISBN 978-2-7646-2142-4

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Anne Hébert, vivre pour écrire par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

7 commentaires »

  1. Merci pour ce très bel article, très personnel : on comprends bien comment Anne Hébert t’accompagne depuis des années et l’admiration que tu lui portes. Et comme je te comprends ! Je n’ai lu que deux romans d’Anne Hébert, mais je sais que je la lirai à nouveau car sa plume est saisissante et d’une beauté à couper le souffle. Je ne sais pas si je lirai cette biographie (je ne suis pas fan du genre), mais ton billet me donne très très envie de filer en librairie pour me jeter sur tous les Anne Hébert en rayon 🙂 Encore merci de nous faire découvrir ces grandes figures de la littérature québécoise.

    Aimé par 1 personne

  2. Comme j’aime les biographies, comme les livres d’Anne Hébert (et ceux Jacques Godbout et ceux de Nicole Brossard entre autres) représentent mes premiers pas dans la littérature québécoise, comme je lis tout sur elle depuis plus de 50 ans, c’est certain que j’attendais ce livre avec beaucoup d’impatience…. certaine à l’avance de ne pas être déçue. Ton billet finit de m’en convaincre.
    Mais beaucoup de dépenses ces derniers temps alors, j’ai commencé par un lire un extrait sur ma Kobo,
    puis ai réservé à la BANQ
    je l’aurai le 10 décembre.
    Mais j’ai comme un petit doute: ça ne me suffira pas, je crois bien que je le demanderai en cadeau de Noël!

    Aimé par 1 personne

    • C’est une excellente idée de cadeau. Ce livre nous plonge au cœur d’une partie importante de notre histoire à travers ses écrivaines et ses écrivaines. Il y a aussi l’édition, l’amitié, la famille. Au milieu de tout ça, il y a une femme extraordinaire qui a tout donné à l’écriture. C’était sa vie. Merci!

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