Madame lit La Scouine d’Albert Laberge

«Jamais aucun parti ne s’était présenté pour la Scouine, et elle était maintenant une vieille fille». (p106)
Chère lectrice, Cher lecteur,
Pour février 2024, les organisatrices de la saison 4 du défi Les classiques c’est fantastique, ont proposé aux participantes et aux participants la consigne suivante :
«Afin de préparer la semaine de la francophonie qui aura lieu en mars, nous vous invitons à découvrir des titres classiques qui ne sont pas recensés en littérature française mais qui sont bel et bien des titres francophones ! L’occasion de picorer du côté de quelques voisins plus ou moins éloignés.»
Comme je sais que la littérature québécoise n’est pas très connue, j’ai choisi d’aborder La Scouine d’Albert Laberge, roman publié pour la première fois en 1918. Sur la couverture du livre, il est indiqué à propos de ce dernier : «Le premier roman réaliste du Québec». Comme j’ai étudié en littérature québécoise, mais que je n’avais pas encore lu ce classique, je me suis dit que c’était le moment idéal pour sortir ce bouquin de ma bibliothèque.
La Scouine d’Albert Laberge
Urgèle Deschamps possède une ferme dans le Québec rural où il travaille fort pour que les siens ne manquent de rien. Il est marié à Mâçon et il est le père de trois garçons et de jumelles. Alors que les enfants grandissent et qu’ils partent s’établir avec leurs épouses ou leur époux, sa fille Paulima, surnommée la Scouine car elle dégage une odeur de pisse, reste avec sa femme, son fils Charlot et lui dans la demeure familiale. Au début du XXe siècle, la vie apparaît très dure et la famille Deschamps n’échappe pas à cette réalité.
Mes impressions
Ce livre cherche à décrier les misérables conditions dans lesquelles vivent les Deschamps. En ce sens, il s’inscrit dans le courant du roman anti-terroir. Comme il est mentionné sur la page Wikipédia du bouquin :
«Ce livre est décrit comme étant un « contre-pied brutal des romans du terroir édifiants, et catholico-aliénants » et comparé au roman La Terre d’Émile Zola1.
Ce roman marquant explore de manière intransigeante la vie difficile dans les campagnes québécoises au début du 20e siècle. L’œuvre est célébrée pour son style réaliste, son exploration des aspects les plus sombres de la nature humaine et son importance dans le canon de la littérature québécoise.»
Effectivement, ce roman brosse un portrait très sombre des personnages de 1899 à 1917. Par ailleurs, ce roman possède toutes les caractéristiques du roman anti-terroir, mais selon moi, c’est aussi un antiroman, car il semble briser tous les codes. Par exemple, les personnages comme La Scouine sont méchants. Dès l’enfance, cette dernière est présentée comme étant une menteuse. Ensuite, elle grandit en laideur et en malfaisance. Comme le mentionne l’instance narratrice :
« À seize ans, la Scouine était une grande fille, ou plutôt un grand garçon». (p. 30)
J’ai trouvé difficile qu’elle jette un chien dans un puits et elle attend qu’il se noie. Elle s’avère très cruelle et elle pousse sa méchanceté jusqu’à voler un mendiant. Elle ressent de la joie lorsque des gens se font punir et elle commère un peu partout dans le village. Elle va finir dévote et elle harcèle le curé du village tout comme son vicaire qui en viennent à la détester.
Mais encore, le leitmotiv du livre est :
«Et chacun mastiquait gravement le pain sur et amer, lourd comme du sable, que Deschamps avait marqué d’une croix». (p. 4)
Ce pain noir marqué d’une croix, la famille Deschamps en mange chaque jour. Elle mange son pain noir, comme on dirait au Québec. Chaque chapitre du livre est empreint d’événements durs, voire traumatisants. Je n’ai pas apprécié celui sur le châtrage des veaux ou encore celui sur la cruauté envers les fous dans les familles. Le Schno, un pauvre fou, subit la cruauté de son frère et même mort, il ne peut reposer en paix. Sa belle-soeur dira à la suite de l’annonce de sa mort :
«En v’la un bon débarras». (p. 98)
Le travail de la mère Deschamps apparaît aussi très difficile. Voici ce qu’elle doit faire car Paulima pisse au lit :
« Paulima pissait au lit. Chaque nuit, il lui arrivait un accident. Au matin, sa chemise et ses draps étaient tout mouillés. Après le départ des bessonnes pour la classe, Mâço, l’été, faisait sécher la paillasse au soleil, sur le four; l’hiver, sur deux chaises auprès du poêle. À l’école, à cause de l’odeur qu’elle répandait, ses camarades avaient donné à Paulima le surnom de Scouine, mot sans signification aucune, interjection vague qui nous ramène aux origines premières du langage. Le sobriquet lui resta.» (p. 12)
Je n’ai pas apprécié les personnages de ce livre car ils sont vils, bêtes et grossiers. Cependant, je dois reconnaître que je n’ai pas été capable d’abandonner ma lecture car l’auteur écrit bien. Je voulais connaître le sort de la famille Deschamps. Car il faut l’avouer, ces derniers ne vivent que pour souffrir de leur condition car tout apparaît difficile.
De plus, ce qui est décrit dans le livre, c’est qu’en abandonnant la terre paternelle, les personnages deviennent insignifiants car ils n’ont plus rien à faire. Ils sont confrontés au néant de leur existence. Le travail sur une ferme, même s’il est dur, apparaît à la toute fin glorifié. Cependant, il est à noter que Charlot lorsqu’il travaillait dans la ferme paternelle n’était pas heureux et il ne l’est pas plus à la fin… C’est donc dire que les personnages semblent tous malheureux. Voilà pourquoi je parle aussi d’antiroman. Le malheur et la cruauté se nichent partout dans le récit.
Il est aussi à noter que ce livre lors de sa publication a été très mal perçu par l’archevêque de Montréal car il y avait, selon lui, des scènes pornographiques dans ce dernier.
Ce bouquin a été lu dans le cadre du défi Les Classiques c’est fantastique créé par Moka et Fanny . En février, il fallait plonger dans un classique de la littérature de la francophonie. Mon choix s’est arrêté sur La Scouine d’Albert Laberge. Un roman passionnant malgré tout grâce au talent de conteur de son auteur et à sa manière de décrire le paysage rural québécois.
Que pensez-vous de ce livre?
Bien à vous,
Madame lit
Albert Laberge. L’Actuelle. 1972. 134 p.
ISBN 0-7752-0030-1
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Bonjour Nathalie! Je vois que c’est un roman très réaliste, dans la veine de Zola. Ça n’a pas l’air d’une lecture facile, bien au contraire ! J’avoue même que ça semble dur-dur. Mais les classiques sont toujours intéressants à découvrir.
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Tu as bien raison Marie-Anne. Je suis contente d’avoir lu ce classique même si la cruauté des humaines s’avère choquante. C’est en effet très réaliste. Merci beaucoup!
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Tu as bien fait de choisir ce titre, c’est une véritable découverte pour moi et je saurai quoi choisir la prochaine fois ! Le parallèle avec La Terre de Zola, que j’ai lu et aimé follement dernièrement m’enchante. Merci Nathalie !
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Au plaisir! Je ne sais pas si tu vas aimer autant ce livre que celui de Zola (il y a beaucoup de dialogues avec du langage presque parlé à la québécoise de l’époque) mais c’est un classique d’ici. Merci !
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Merci pour la découverte de ce classique québécois ! Des vies rudes et des personnages plutôt antipathiques, mais un style convaincant : ce roman a réussi sa traversée dans le temps !
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Tu l’as bien cerné! Merci Sacha! Ce classique a effectivement traversé le temps. Il faut dire que nous étions au début de notre littérature contrairement à l’Europe.
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Merci pour cette découverte d’un classique québécois ! Le récit semble très sombre et terrible, mais je ne suis pas forcément réfractaire car il semble également avoir une voix marquante.
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Oui. Ta perception est juste. C’est un texte sombre mais marquant. La vie était très dure ici au début du XXe siècle… Merci!
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Cette lecture me semble dur! Je la découvrirai car j’ai une admiration pour la littérature québécoise.
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Bonne découverte! Merci!
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(mon message semble n’avoir pas été pris en compte)
Je disais donc que c’est une belle découverte pour moi. Autant je connais pas trop mal certains romans contemporains québécois, autant leurs classiques sont un mystère pour moi. Bien envie de le lire ainsi que sa réécriture publié chez La Peuplade.
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J’espère que tu pourras trouver ce livre. Comme le Québec ne possède pas l’histoire littéraire française, nos classiques sont tout de même limités. Je devrais rédiger un article pour les présenter… Merci!
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