Madame lit : La Fabrique de l’Absolu de Karel Čapek
« Il y a quelque chose de bon dans chaque foi et sans doute dans chaque vérité, même si c’est seulement le fait qu’un autre homme y croit et l’aime. » (p. 288)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
Sacha du blogue Des romans, mais pas seulement organise une Rentrée tchèque et slovaque. Comme le 15 septembre est la date où nous publions un article pour souligner le départ de Goran vers l’au-delà, j’ai décidé de lire La Fabrique de l’Absolu de Karel Čapek. Goran appréciait beaucoup cet auteur et il avait inscrit La Fabrique de l’absolu dans son TOP 100. Je voulais donc découvrir cet auteur et ce roman d’anticipation paru en 1922 qui l’avait tant marqué.
La Fabrique de l’Absolu : Entre Foi et Technologie
Après vingt ans de travail, l’ingénieur Marek invente, pour remédier à la crise du charbon qui sévit, un « Carburateur » capable de brûler la matière et de la consumer en électrons. Ces électrons donnent accès à une énergie illimitée, à l’Absolu. Selon le postulat de Marek, Dieu fait partie de la matière : il est parfaitement pur, d’où le nom de « Fabrique de l’Absolu ».
Marek vend son invention à Bondy, un capitaliste qu’il connaît depuis des années. Il l’avertit : commercialiser cette machine reviendrait à introduire Dieu dans tous les foyers, à chasser la faim et la misère, mais aussi à bouleverser l’ordre du monde. Au simple contact du Carburateur, l’homme est happé par la divinité et devient un croyant fanatique, non par choix, mais par une expérience physique et sensorielle de Dieu.
Le Concile de l’Église tchèque voit d’un très mauvais œil cette commercialisation. Il met en garde Bondy : l’Église est le seul canal légitime pour Dieu. Mais Bondy, lui, ne pense qu’à vendre.
Les effets sont immédiats :
- La Bourse s’effondre.
- Les travailleurs revendiquent des droits religieux.
- Les conflits idéologiques explosent : catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, francs-maçons, communistes, libres penseurs, scientifiques et historiens de toutes obédiences se déchirent pour imposer leur vérité comme la seule.
Comme le constate Bondy, désemparé :
« Marek avait raison, se disait-il, et l’évêque avait encore plus raison. Il est évidemment impossible d’introduire Dieu dans le monde sans des conséquences du tonnerre de Dieu. Que les gens fassent ce qui leur chante, d’accord ; mais cela secoue terriblement les banques et Dieu sait quel effet cela aurait sur l’Industriel ! Aujourd’hui, une grève religieuse a éclaté à la Banque Industrielle et, deux jours plus tard, les employés ont décrété son capital fonds de bienfaisance pour les pauvres. » (p. 100)
L’Absolu se manifeste de deux manières :
- La fin de l’ancienne vie religieuse :
L’Absolu s’installe dans tous les corps, dans la sphère privée et culturelle. Les gens ne deviennent pas croyants par conviction, mais parce qu’ils ressentent Dieu physiquement.
« En quelques mois de son activité, il n’y eut presque plus un seul homme au monde qui, au moins passagèrement, n’eût connu le « choc religieux » par lequel l’Absolu revendiquait son âme. » (p. 139) - L’abondance énergétique et son paradoxe :
L’énergie devient illimitée, les machines s’emparent du rôle de « l’Ouvrier infini », et le capitalisme industriel s’effondre. Pourtant, cette abondance n’apporte pas le bonheur : elle détruit ce qu’elle prétend sauver.
La véritable catastrophe : l’annihilation de la matière
Les tensions religieuses et sociales montent, mais la vraie catastrophe est physique. Les machines, incapables de s’arrêter, commencent à désintégrer la matière elle-même. La Terre, puis le système solaire, sont progressivement annihilés. L’homme a tenté de capturer l’infini dans un appareil industriel… et il a déclenché la destruction totale de l’univers.
Čapek ne nous parle pas seulement de conflits entre croyants : il nous met en garde contre l’illusion de contrôler l’Absolu. En voulant fabriquer Dieu, l’homme a créé sa propre fin.
Mes impressions
Ce roman met en lumière les dérives de la technologie et de l’utopisme. J’ai souri à plusieurs reprises, car Čapek manie l’ironie avec brio. J’ai trouvé ma lecture passionnante, même si ce n’est pas un livre qui correspond à mes goûts habituels.
C’est un roman que je n’aurais probablement pas lu sans cette lecture commune en hommage à Goran. Alors, merci Sacha pour cette initiative, et merci à toi, Goran, de là-haut! pour cette découverte.
Et vous, vous le liriez ?
Si ce résumé vous a donné envie de plonger dans La Fabrique de l’Absolu, n’hésitez pas à :
- Partager vos impressions en commentaire ;
- Recommander d’autres romans de Čapek (comme La Guerre des salamandres ou R.U.R.) ;
- Me dire si vous avez déjà lu ce livre ou si vous comptez le faire !
Je vous recommande ce livre si :
✔️ Vous aimez la littérature tchèque ;
✔️ Vous êtes fasciné·e par les romans d’anticipation dystopiques ;
✔️ Vous aimez les récits qui mêlent philosophie, science et satire sociale.
Bien à vous,
Madame lit




Encore un titre de Čapek qui s’annonce passionnant et visionnaire quand on voit les conflits actuels que provoquent la volonté de s’accaparer les sources d’approvisionnement énergétique ! Merci beaucoup pour cette participation-hommage !
Ce qui est intéressant, on parle de tarifs dans ce livre! Au Canada, nous sommes en plein délires avec ces tarifs imposés par notre voisin… Notre économie se fragilise de plus en plus… Visionnaire cet auteur!
Très intéressant! On pourrait sans doute faire des parallèles avec l’IA également. Je note!
Probablement… Merci ! 🙂
Une belle lecture pour se remémorer Goran et début la Rentrée à l’Est. Il y a beaucoup de choses dans ce livre en effet ; il nous invite à réfléchir sur la société d’abondance et ses travers. J’aime beaucoup Capek, celui-ci n’est pourtant pas mon préféré (https://etsionbouquinait.com/2023/09/01/karel-capek-la-fabrique-dabsolu/). N’hésite pas lire « La guerre des salamandres » ou « La maladie blanche » qui sont excellents. A bientôt Nathalie !
Je trouve effectivement que c’était une belle lecture pour se souvenir de Goran. Merci Patrice pour tes suggestions !
Ca a l’air passionnant, et les interrogations qu’implique le texte m’intéressent énormément… je note !
Alors, je te souhaite une belle lecture avec ce livre Ingrid ! 🙂
Bonjour Nathalie, J’avais lu et beaucoup apprécié « la guerre des salamandres » de Karel Capek. Je retrouve dans ta chronique plusieurs traits qui m’avaient plu dans son style, comme l’humour et la réflexion philosophique. J’espère lire un jour un autre livre de cet écrivain et pourquoi pas la fabrique de l’absolu !
Merci, bon week-end à toi 🙏 😊
Merci Marie-Anne, j’espère que tu pourras avoir accès à mon message car j’ai aussi de la difficulté avec les commentaires… J’ai acheté un autre livre de Capek sur le jardin. Alors, ce sera probablement le prochain livre que je lirai de cet écrivain ! Bonne fin de semaine à toi aussi ! 🙂