Madame lit Le plongeur de Stéphane Larue

«- Ça va bien aller, mon gars. C’est juste un restaurant.»

Chère lectrice, Cher lecteur, 

Comme les prix Senghor sont à l’honneur en septembre, j’ai décidé de lire Le plongeur de Stéphane Larue. L’auteur a remporté le prestigieux prix en 2017 grâce à ce bouquin.  Je n’ai pas été déçue de cette lecture. Bien au contraire. Grâce à cette histoire, j’ai pu «replonger» dans des souvenirs de mon adolescence et de mon début en tant qu’adulte. Je m’explique. 

Tout d’abord, que raconte cette histoire? 

Il est question d’un narrateur, étrangement prénommé Stéphane, qui raconte son passé alors qu’il doit accepter un emploi de plongeur au restaurant la Trattoria, à Montréal. Stéphane est un étudiant en graphisme endetté qui a un problème de dépendance au jeu. Il n’a même pas vingt ans. Autour de lui, il y a Bébert, l’aide-cuisinier du restaurant qui va l’appuyer afin de ne pas sombrer encore plus dans les abîmes, ses amis qu’il va finir par tromper en raison de sa maladie, son cousin Malik qui va  l’amener à comprendre ses erreurs. Stéphane doit affronter ses démons pour réussir à s’en sortir. Trouvera-t-il le chemin de la rédemption? 

Ce que j’en pense? 

En lisant ce roman, je me suis revue adolescente travaillant dans les restaurants en tant que serveuse. L’auteur réussit merveilleusement bien à transmettre l’émotion entourant le «rush» en cuisine. Tout va vite, tout se bouscule, tout doit rouler. J’ai ressenti l’émotion entourant ces moments car je les connais. Je les ai vécus. Mais, à la Trattoria, l’égo des chefs est énorme et chacun joue son pion pour avancer sur l’échiquier. Après le travail bien accompli, alors que chacun est encore sous l’adrénaline de la soirée, les travailleurs sortent dans les bars. Ils boivent pour continuer à ressentir l’euphorie. Parfois c’est l’alcool qui coule à flot, parfois c’est la drogue qui s’insinue, ou encore, c’est l’attrait du jeu qui s’avère le plus fort. 

Mais encore, lorsque j’étais adolescente, mes amies écoutaient beaucoup de heavy metal. Dans ce récit, l’auteur mentionne des noms de groupe comme Metallica, Megadeath, Iron Maiden, etc. Donc, je ne me sentais pas trop dépaysée par les nombreuses références à ces groupes. 

«Le manège se poursuivait jusqu’au dernier vingt piasses. J’ai pensé au refrain de «Master of Puppets» : «Come crawling faster. Obey your master. Your life burns faster. » Your life burns faster. J’ai réfléchi à ce que moi je faisais brûler à coups de vingt piasses. Ce n’est pas ma vie que je faisait brûler; ce n’est pas mon corps qui subissait le ravage de mes conneries. Ce qui brûlait, c’est tout ce que je touchais. Argent, chums, amies, projets. Tout finirait par disparaître, je le savais. Mais je continuerais à jouer quand même. » (p.346)

Dans ce récit, c’est un monde dur qui est évoqué, c’est un Montréal sale qui est dépeint, c’est un homme malade qui ne sait plus quoi faire pour se sortir de sa dépendance aux loteries vidéo qui est présenté. Il risque le tout pour le tout, peu importe le prix. 

L’auteur semble s’être basé sur son histoire. Alors, il sait de quoi il parle. Son récit est rythmé; il est tantôt sombre, tantôt lumineux. Son langage est celui de la rue, celui qui n’est pas «politiquement correct». Il est authentique. Il rend plus vrai ses personnages oeuvrant dans les cuisines de Montréal. Il transmet les bienfaits que l’on ressent lorsqu’on boit un verre de rousse après avoir sué à laver de la vaisselle ou à vouloir son Heineken lorsqu’on perd le contrôle des assiettes dans une cuisine. 

Dans une entrevue à Élise Lagacé pour la Bible urbaine, Larue mentionne :

À la question «mais alors, que gagne un auteur à écrire aussi proche de sa réalité ?», Larue répond «tout le monde peut choisir de parler ou non de son vécu. Ça prend juste plus de travail, plus d’exercices si on ne l’a pas vécu. Pour ma part, c’était quand même naturel de parler de ce que j’avais vécu, comme la dépendance au jeu. C’est une dépendance qu’on peut garder toute notre vie et qui, lorsqu’on la voit au cinéma, devient presque lumineuse, comme d’autres dépendances. Moi, j’ai parlé des machines à sous, qu’on associe généralement à des vieillards bedonnants, mais le gambling ça n’a pas de profil et pas de visage. J’ai voulu en parler de la manière dont je l’avais vécu. C’est physique. Tu te trouves happé parce que tu veux continuer à jouer, pas parce que tu veux gagner.»

Je vous invite à lire Le plongeur si ces thèmes vous parlent. Ils ont résonné fort en moi car mon parcours est étrangement lié à cet homme imparfait. Une plongée dans les enfers de la dépendance pour un plongeur en quête de plus, toujours plus. 

Qu’en pensez-vous? Vous l’avez-lu? 

Bien à vous, 

Madame lit

LARUE, Stéphane. Le plongeur, Montréal, Le Quartanier, 2016, 568 p. 

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander le livre mentionné par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

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