Madame lit Jos Carbone de Jacques Benoit

Jos Carbone - Jacques Benoit

« Opiniâtre, minuscule, patient et rusé, tel un insecte noir et dur sur un sol de béton, Jos Carbone avançait dans la nuit.» 

Chère lectrice, Cher lecteur, 

J’ai décidé de lire Jos Carbone de Jacques Benoit. Pourquoi? C’est le frère de l’écrivain, M. Robert Benoit, qui m’a recommandé cette lecture. D’ailleurs, il m’avait mentionné que son frère avait remporté le prix Hervé-Foulon grâce à ce roman. Ma curiosité a été piquée et j’ai voulu découvrir ce livre. 

Que raconte ce roman?

C’est l’histoire de deux couples. L’un est formé de Jos et de son amoureuse Myrtie. Les deux vivent dans une cabane en bois rond et s’aiment. Le second présente le couple Pique et Germaine. Ces deux êtres vivent dans un souterrain. Les quatre habitent dans un endroit qui apparaît idyllique, coupé de tout, dans la forêt . Mais, un intrus commence à roder autour deux. Les hommes, Jos et Pique, voudront protéger leur territoire, leurs femmes de Pierrot qui possède une cabane sur l’eau. Alors que Germaine la séductrice apparaît fascinée par l’intrus, Myrtie s’en méfie et lui préfère son amoureux. 

Le drame éclate. Qui sortira gagnant? 

Ce que j’en pense

Il n’est pas facile de parler de ce livre. Lorsqu’on le referme, on se dit qu’il faudrait plus d’une lecture pour comprendre toute la subtilité du texte, toutes les références mythiques. Mais, on sait qu’on a lu quelque chose de bon, de poétique, d’intelligent. J’aime ces histoires où les pulsions s’affrontent. Les êtres dans ce roman sont habités de pulsions bestiales. Leur instinct de survie domine. Ils sont des êtres plutôt nocturnes. À cet égard, ils entraînent le lecteur dans une sorte de régression, dans un règne animal, végétal. Souvent, les personnages sont comparés à des animaux. Par exemple, Jos est comparé dès l’incipit à un insecte noir, plus tard, il est associé à une mouche. Pique, pour sa part, possède des griffes de chat ou encore, le narrateur l’associe à la couleur brune (ce qui apparaît terne). 

Mais encore, la nature permet aux protagonistes de se cacher du regard de l’autre, de s’envelopper dans une couverture confortable, de trouver une force intérieure pour affronter l’inconnu. Elle est leur refuge, leur salut. Comme le mentionne le narrateur à propos de Jos : 

Jos se tapit dans un bosquet, inspecta méthodiquement les environs. Devant lui, au sommet d’un monticule, se trouvait un érable fort respectable. Il quitta sa cachette, rampa dans les herbes folâtres jusqu’au pied du géant. Le voyant si gros, si ferme, il lui donna une tape amicale et, après avoir craché dans ses mains, grimpa lentement jusqu’au premier embranchement. Arrivé là, ce fut un jeu d’enfant. Il ajusta la bandoulière de son fusil, monta un peu plus haut. Puis, lové comme un serpent le long de la branche qu’il avait choisie, il imita par trois fois le cri du hibou en se servant de ses mains comme d’un porte-voix. (p. 59)

On se sent presque dans le conte de Jacques et le haricot magique

Ce que M. Robert Benoit pense du livre de son frère  

J’ai lu le roman de mon frère Jacques il y a plus de cinquante ans au moment de sa parution en 1967. La dédicace de mon exemplaire se lit comme suit :

« Ce roman tout court – ce début dans la vie comme j’aime dire -, ce roman presque aussi court que le bois à Ti-Con où, à mon insu, je l’ai conçu alors que nous jouions aux hommes des bois. »

C’est à un bois passablement petit auquel Jacques fait allusion. Nous y allions très souvent jouer car il ne fallait qu’une quinzaine de minutes pour s’y rendre en quittant la maison familiale. Mais que de ces jeux d’enfance puisse sortir ce magnifique roman voilà une de mes premières réflexions à la lecture de ce roman.

Ce que j’ai retenu à la lecture de ce roman peut se traduire en quelques mots : la nature et le comportement des cinq personnages du récit.  On est dans un roman hors du temps et tout se déroule dans cette forêt où vivent deux couples, l’un dans un cabane et l’autre dans un souterrain. Un monde primitif en quelque sorte. Pas facile de vivre en forêt où la nature présente de perpétuels défis, des obstacles souvent difficiles à affronter. Cette nature, cette forêt peut aussi être source de réconfort. Un magnifique paragraphe au début du chapitre V. Aux premières lignes de ce chapitre, Jos Carbone est appuyé contre un arbre et il entend le bruit de la sève :

« De bruit sourd et confus qu’il était. Le murmure mystérieux était devenu chant. C’était une espèce de mélopée faite de cascades de petites voix d’une gaieté sereine… » […]

La sève bruissait; puis, interceptée par son oreille, elle grimpait lentement à son cerveau d’où elle descendait vivifier son sourire. »

Première édition de Jos Carbone

Myrtie est aussi sensible aux bienfaits de la nature :

« L’air qui lui chatouillait la nuque était bon. Marcher l’exaltait. Les odeurs, les sons, les plus petites lueurs venues du ciel, elle les enregistrait avec précision. »

Les descriptions, les comparaisons avec la nature sont nombreuses et magnifiques dans ces pages.

On ne peut que remarquer le comportement des personnages dans ce récit. Un monde d’un temps passé, un monde primitif. On se fait justice, un étranger apparaît et on doit le tuer et Jos propose même de parer sa femme d’une belle robe pour attirer cet homme qui s’est approché de la cabane du couple. Jos et Pique sortent les fusils et la poursuite peut commencer. Le comportement des personnages de chaque couple est aussi particulier. Jos est attiré par Germaine, la femme de Pique un court instant. Germaine ne semble vivre que pour le sexe et elle est attirée aussi par cet individu qui vient les déranger, ce Pierrot qui introduira Germaine dans sa cabane. Pierrot est obsédé par la beauté de Myrtie… Des coups seront échangés et deux meurtres en découleront. C’est ainsi qu’on se fait justice dans cet univers… Une volupté se dégage aussi de ces pages. 

En relisant le livre ces derniers jours, je le trouvais vraiment intéressant. C’est un peu un conte, une fable… J’aime le style, la brièveté de certains passages. Des faits d’un temps passé… mais peut-être en reste-t-il des traces sur cette planète où nous vivons…

Un roman que j’ai beaucoup aimé dès la première lecture. C’est un roman particulier, original et passablement différent des autres romans que Jacques a publiés au fil des ans. On a dit de ce roman que c’était un récit où se mélangent violence et fantastique.

Un roman à lire pour lequel Jacques Benoit a obtenu le prix du Québec en 1968.

Si vous souhaitez découvrir un conte qui apparaît fantastique, vous ne serez pas déçu de plonger dans l’univers de Jos Carbone

Je tiens à remercie M. Robert Benoit d’avoir bien voulu participer à la rédaction de cet article. 

Que pensez-vous de ce livre? 

Bien à vous, 

Madame lit

BENOIT, Jacques, Jos Carbone, Montréal, Boréal Compact, 2013, 125 p. 

ISBN 978-2-7646-2245-2

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander le livre mentionné par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

4 commentaires »

  1. J’aime beaucoup ce que tu écris sur ce texte, notamment ce passage « J’aime ces histoires où les pulsions s’affrontent. Les êtres dans ce roman sont habités de pulsions bestiales. Leur instinct de survie domine. Ils sont des êtres plutôt nocturnes.  » Bravo !

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