Madame lit Ce qui meurt en nous de Mathieu Bélisle

Ce qui meurt en nous
«Je vais parler dans ce livre d’une chose que je ne connais pas, dont personne n’a jamais pu parler après l’avoir connue, parce qu’il s’agit d’une épreuve dont on ne revient pas, et dont la conscience m’habite pourtant depuis toujours : la mort. » (avant-propos, p. 9)
Chère lectrice, Cher lecteur,
J’ai décidé de lire Ce qui meurt en nous de Mathieu Bélisle car je trouvais que je ne parlais pas d’essai québécois sur mon blogue. Pourquoi avoir choisi celui-ci? Peut-être parce que le sujet de la mort m’interpelle depuis mes études littéraires, car j’ai travaillé sur des romans mettant en scène des figures discursives adolescentes se suicidant. Alors, j’ai beaucoup lu d’essais psychanalytiques à l’époque sur la pulsion de mort et sur l’apport de Thanatos dans les écrits. Je crois bien que je vais de plus en plus lire des essais car j’ai été profondément marquée par ma lecture de celui-ci.
Tout d’abord, qui est Mathieu Bélisle ?
«Mathieu Bélisle enseigne la littérature au Collège Jean-de-Brébeuf depuis 2003. Il a complété des études de doctorat (U. McGill) et de postdoctorat (U. de Chicago) en littérature française, avec une spécialisation dans l’histoire du roman et de ses rapports avec l’humour et le merveilleux.
Membre du comité de rédaction de la revue L’Inconvénient, il est l’auteur de trois livres : Le drôle de roman. L’œuvre du rire chez Marcel Aymé, Albert Cohen et Raymond Queneau (Presses de l’Université de Montréal, 2010), Bienvenue au pays de la vie ordinaire (Leméac, 2017) et L’empire invisible. Essai sur la métamorphose de l’Amérique (Leméac, 2020). »
Source : https://www.brebeuf.qc.ca/collegial/vie-academique/francais/
Ce qui meurt en nous et Madame lit
Dans les quatre parties :
- Quelque chose s’est brisé
- L’humanité fantôme
- Retrouver le pays réel
- Un peu de lumière
l’auteur fait connaître sa réflexion sur la pandémie que nous avons connue et par le fait même, il offre un témoignage précieux. Ainsi, notre société se définissait comme ceci :
«Le culte du rendement et de la productivité, l’appétit de vitesse et d’accélération nous ont conduits à considérer la Terre comme un autel immense où tout ce qui vit doit être sans relâche être détruit, dépensé, sacrifié jusqu’à la consommation de toutes choses, jusqu’à la mort de la mort.» (p. 54)
Mais, la pandémie est venue faire basculer notre perception du réel et aura redéfini notre rapport au changement. Après avoir été dans un déni de la mort, nous nous retrouvions confrontés comme jamais à cette dernière. L’auteur présente ainsi un retour sur les événements tragiques qui ont secoué notre monde durant les dernières années et qui ont modifié notre façon d’être. En raison de la COVID-19, des milliers de corps morts ont été affichés sur les écrans des téléviseurs, des ordinateurs, etc. en créant ainsi un effet de banalisation de la mort. Nous étions figés devant nos écrans tout en entendant parler de chiffres, toujours des chiffres pour expliquer le monde (nombre de morts, nombre d’hospitalisations, etc.). La mort comme spectacle s’affichait et elle agissait comme un produit de consommation dont il fallait se délecter jour après jour. Elle était partout et il fallait bien malgré nous la regarder en face. Que ce soit l’échec de la gestion de la pandémie au Québec dans les CHSLD ou encore le manque de leadership dans le réseau de l’éducation, il est évident que cette pandémie aura laissé des traces terribles dans les familles, dans la mémoire collective et dans celle de l’être humain. Comment se redéfinir après cette dernière? Comment percevoir la mort? La lumière peut-elle jaillir après ces années habitées par les ténèbres? L’auteur nous convie à réfléchir. L’être humain a vu son moi éclater et il a perdu ses repères. Comme le mentionne Bélisle :
«Peut-être avons-nous assisté en direct, en temps de pandémie, à la fin de l’idéal moderne du moi unifié, conscient et maître de lui-même : la mise en réseau ne pouvait conduire qu’à l’éclatement du moi, qu’à la dissémination de ses parties aux quatre coins du monde virtuel. Le «je» n’était plus seulement un autre, comme l’avait écrit Rimbaud, mais la somme d’un tout que plus personne n’avait les moyens de reconstituer. » (p.82)
J’ai beaucoup apprécié ma lecture car je me suis retrouvée dans le tragique habitant l’auteur. Il le mentionne dès le départ. Je crois que je n’ai jamais rencontré quelqu’un de plus tragique que moi et je me sentais bien seule avec mon sentiment. Mais, en lisant que Mathieu Bélisle ressentait aussi ce sentiment, je me suis sentie beaucoup moins seule. J’ai vu mon moi éclater durant la pandémie à la fois dans mon corps et dans mon esprit. Comment ne pas penser à la mort dans un tel contexte?
J’ai aussi aimé les liens avec la littérature et que cette dernière pouvait assurer un certain rayon de lumière dans notre monde et je le crois aussi. Sans la littérature, je ne sais pas comment j’aurais pu survivre à cette pandémie. Par exemple, Bélisle fait des liens avec des auteurs comme Romain Gary, Louis Hémon, Paul Kawczak ou Sophocle. Comme il le soulève :
«C’est ici que la littérature nous vient en aide, dans la mesure où elle peut nous apprendre à vivre dans la précarité, nous permettre de tenir en équilibre sur les bords de l’abîme, nous maintenir vivants, sur le seuil de notre disparition. […] Mais la littérature contrairement à la philosophie, n’apprend pas d’abord à mourir, mais à vivre et à rêver. Elle apprend à habiter le monde et à le réinventer.» (p. 91)
Grâce à notre imagination, la littérature nous permet de nous évader d’un réel trop lourd. La littérature comme porte de salut, j’adhère.
Que pensez-vous de ma perception de cet essai?
Bien à vous,
Madame lit
Bélisle, M. (2022). Ce qui meurt en nous. Leméac.
ISBN : 978-2-7609-9482-9
Vous avez remarqué une faute dans mon article? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture!!!
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Bonjour Nathalie ! Cet essai a l’air tout à fait passionnant ! J’aime beaucoup lire des essais sur le sujet de la mort car elle nous concerne tous, à plus ou moins long terme !
J’avais lu un très bon livre de philosophie sur ce thème : « Penser la mort » de Vladimir Jankelevitch. Très beau ! Bonne journée à toi et merci de cette chronique 🙂
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Merci beaucoup de la référence. Je vais la noter. J’ai acheté aussi le livre de Delphine Horvilleur qui est rabbin «Vivre avec nos morts» et j’ai bien hâte de le découvrir. Bonne fin de journée Marie-Anne!
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Très belle chronique sur un sujet intéressant. La mort, puisqu’il faut la nommer tient en effet une place existentielle dans la vie. Elle en est une composante intégrale et il nous faut, je crois le laisser une place de choix si l’on veut bien vivre et pas seulement survivre.
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Oui, tu as bien raison. Pour bien vivre, il faut accepter notre condition de mortel. Ce livre propose une réflexion en ce sens sur cette mort qui a été très médiatisée avec la COVID. Nous vivons dans une société de rendement, de l’illusion, de la perfection du corps, de Mickey Mouse (pensée magique que tout va bien aller) alors quand notre ordre vient basculer avec un virus qui a emporté beaucoup de personnes, que se passe-t-il? C’est un beau témoignage que nous livre l’essayiste avec ce bouquin.
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Cela doit être un essai très intéressant à lire. Je ne suis pas sûre d’avoir la même perception que l’auteur, mais c’est ma perception de ta chronique, et j’aime justement les échanges de points de vue. Quelle belle référence il fait à la littérature qui apprend d’abord à vivre et à rêver avant d’apprendre à mourir. Merci, Nathalie, pour ce partage!
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Merci à toi pour ce commentaire! Oui, ce qui rend cette blogosphère vivante, ce sont ces différentes perceptions. Ces dernières font réfléchir à un autre point de vue. Rêvons à travers ces merveilleux livres qui nous tombent entre les mains… La littérature, c’est surtout ça.
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Un très beau texte et je réalise, en le lisant, que tu as été vraiment marquée par la pandémie. Tu tiens des propos dans ton article qui nous font te découvrir. C’est très touchant pour quelqu’un qui te connait et j’ai bien aimé ton article.
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La pandémie a été terrible pour ma santé. Depuis cette dernière, je suis invalide en raison de ma maladie. Alors, j’ai dû faire des deuils. Je te remercie de ce commentaire.
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