Madame lit Nos forêts intérieures de Julie Dugal

« Chaque jour, on coupe un peu plus mes branches. Je suis en train de mourir d’une coupe à blanc. C’est l’heure de reprendre les rênes de notre destinée. » (p. 120)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
En septembre, pour la rencontre mensuelle de notre club de lecture Les Têtes à Papineau, nous avons plongé dans Nos forêts intérieures de Julie Dugal. Ce roman a été publié aux Éditions Marchand de feuilles en 2020. J’avais hâte de le lire, car j’en avais entendu parler dans les divers médias comme dans Le Devoir où Catherine Handfield se pose la même question que moi à propos du personnage principal:
« Nathalie a deux filles, une cuisine rénovée, un congélateur tombeau rempli de pizzas et de crème glacée. L’engourdissement que lui procurent les séries écoutées en rafale et le vin ne suffit plus : elle étouffe. Comment a-t-elle pu passer d’une petite fille libre à une mère emprisonnée dans son train-train quotidien ?»
Ainsi, Nathalie se cherche après avoir grandi dans la forêt en compagnie de sa grand-mère, de son oncle, de ses parents et surtout, de sa meilleure amie, Karine. Elle vit désormais en ville, elle est en couple, elle a deux filles. Cependant, elle ressent un manque, celui de la liberté. Cette liberté qu’elle a surtout connue durant son enfance alors qu’elle vivait dans la forêt. Pour tenter de retrouver ce sentiment, elle décide de retourner auprès du lac sans nom avec Karine. Comment retrouver ce territoire après avoir vécu en ville ? La perception de Nathalie est-elle la même que celle de son cousin qui n’a pas quitté le coin ?
Mes impressions
Je me suis retrouvée tellement dans ce livre… Comme l’autrice, je suis née dans les années 70. Je me suis identifiée aux divers référents que j’ai retrouvés au fil des pages comme Barbie et son célèbre cheval, le vert menthe de la paparmane, les cueillettes de bleuets ou de framboises, Passe-Partout, les journées à jouer dehors sans supervision, l’immensité et sa grandeur, l’excès des parents, l’autonomie développée sans contrainte. Comment expliquer ce développement à d’autres ? ll faut lire ce récit pour comprendre les êtres de l’extrême comme moi.
Par exemple, je me suis promenée pendant des heures avec mon trois roues, un Big Red 200 F de Honda à arpenter les sentiers autour du lac Baie-des-rochers, à traverser les rivières, à sentir la rosée du matin imbiber ma peau, à gravir des crans au risque de renverser pour observer tout en haut la beauté du paysage. Jamais mes parents n’ont été préoccupés par rapport à mes destinations, aux dangers, au manque d’essence, à la perforation d’un pneu, etc. « On ne nous demandait la permission pour rien. On nous donnait la liberté, on développait notre autonomie.» (p. 344). Et que dire des ours? De nos jours, nous pourrions qualifier mes parents de fous, d’inconscients, etc. Comme le fait remarquer Karine à Nathalie :
« Quand je pense à l’enfance qu’on a eue, astheure, ç’a l’air tellement compliqué. On dirait que les enfants peuvent plus jouer dehors. Faut organiser leurs journées à leur place. » (p. 362)
J’ai constaté à plusieurs reprises mes amies devenir des animatrices pour leurs enfants. Je ne juge rien. Mais… La vie… Je remercie mes parents de m’avoir permis de développer cette liberté par le biais d’une certaine humilité. Et cette liberté se trouve dans la nature et pour Nathalie, c’est similaire.
« Il faut que je retourne à l’état sauvage. M’enfuir de mes journées ordonnées. Arracher mes filles de là. Est-ce que je respecte mes obligations de mère en remplissant leurs étés de camps de cuisine et de piano, leurs fins de semaine de natation et de taekwondo, alors que loin d’ici, derrière des murs de conifères et des champs de bleuets, on pourrait être libre ? » (p. 6)
Cet état sauvage se retrouve dans la mousse que j’ai pu observer dans mes balades en solitaire, dans les sabots de la vierge que je pouvais encore regarder dans les sous-bois, dans la splendeur du lac toujours là pour moi pour que je puisse y plonger et y nager dans sa pureté…
Ce retour aux sources s’avère essentiel en ces temps où la société de consommation aspire à engloutir la nature. Comme le mentionne la narratrice :
« Dans la poursuite du bonheur, on s’est bâti un empire. Une auto, des enfants, une maison, une cuisine neuve, une cour fleurie au mobilier de jardin promettant des soirées mémorables et un cellier rempli de bouteilles menant au septième ciel. Les mains liées, les comptes liés, tout cela attaché serré autour du cœur. » (p. 214)
Dans cette société de consommation qui impose ses diktats, trouverons-nous la force de revenir à l’essentiel ? Comment reconnecter avec la vie ? Une question simple, grave. Comme le mentionne Anne-Frédérique Hébert du Devoir :
« Peut-être que, lorsque cette parenthèse trouble de notre histoire se refermera enfin, persisteront dans nos mémoires les bienfaits de ces séjours en forêt, de ces baignades dans les lacs glacés, de ces cueillettes de fleurs et de baies sauvages, de cette attention nouvelle aux chants des oiseaux. Peut-être retrouverons-nous, comme bien des peuples avant nous, le pouvoir de guérison et l’absence de contraintes de dame nature. »
Dame nature comme salvatrice ? Comme guérisseuse? J’adhère pour ne pas mourir, pour ne pas sombrer sous les objets accumulés, pour ne pas subir. Le retour aux sources sans prétention, sans jugement, c’est beau.
C’est tout cela que vous retrouverez dans Nos forêts intérieures de Julie Dugal. Aviez-vous entendu parler de ce bouquin ? Que pensez-vous de mon article?
Bien à vous,
Madame lit
Julie Dugal, Montréal, Éditions Marchand de feuilles, 2020, 398 p.
ISBN : 978-2-925059-04-2
Vous avez remarqué une faute dans mon article? Écrivez-moi à lit.madame@gmail.com et il me fera plaisir de la corriger. Je ne suis pas parfaite… et il m’arrive aussi d’en faire. Merci et bonne lecture!!!
Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Nos forêts intérieures par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.


Ça me rappellerait sûrement des souvenirs mais je ne suis pas sûre que ce livre soit pour moi… Est-ce un roman ou une autofiction d’ailleurs ?
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C’est un roman… Merci!
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Quel merveilleux texte pour apprendre à te connaître! Ces promenades dont tu fais mention, tes commentaires sur les parents. Il faut que je lise ce livre absolument. Peut-être que j’y trouverai des souvenirs de mon adolescence… Merci pour cette découverte.
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Oui, j’ai écrit cet texte d’une façon plus personnelle… je me livre un peu plus! Merci et bonne lecture!!!
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Je ne connais pas ce livre, mais je vois très bien ce que tu veux dire!
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Je me suis beaucoup retrouvée dans ce livre! C’est un très beau roman…
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