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Tout ce qui arrive sur terre se reflète dans les cieux, et tout ce qui arrive dans les cieux se reflète sur terre. Ce sont comme des miroirs. Je sens venir de grands changements de l’ampleur d’un tremblement de terre, une ère où les prêtres deviennent amants et les amants deviennent saints. Une ère de miracles, padre. Une ère de miracles sans fin. (p. 199)

Entraîné dans deux époques différentes à Crémone, en Italie, le lecteur suit le parcours de personnages dans une aventure provoquée peut-être par une comète.

Crémone- 1682

Tout d’abord, le lecteur fait la rencontre de Don Fabrizio Cambiati, un prêtre qui souhaite découvrir la légendaire énigme de la pierre philosophale pour guérir l’humanité de tous les maux et de prolonger la vie par le fait même, voire d’accéder à l’immortalité.

Une pierre qui n’est pas une pierre, une chose précieuse qui n’a pas de valeur, une chose aux formes multiples qui n’a pas de forme, une chose inconnue que tout le monde connaît. (p. 280)

Ce dernier est en compagnie de son valet Omero. Mais encore, Don Fabrizio Cambiati s’avère un passionné d’astronomie, d’alchimie.  De plus, il a un talent pour la peinture et grâce à ses connaissances des plantes et des traités alchimiques de son époque, les gens de son entourage se réfèrent à lui pour les guérir.  D’ailleurs, il possède un fabuleux laboratoire :

Des centaines de flacons et de bouteilles en verre, de sachets et de pochettes étaient alignés sur les étagères qui surplombaient la table de son laboratoire. Il avait mémorisé l’odeur et le contenu de chacun d’entre eux, des milliers d’herbes, de fleurs, d’huiles, de vinaigres, de minéraux, de graisses, de cires et d’autres ingrédients qui composaient sa pharmacopée personnelle. (p. 98)

Ce prêtre se retrouve à rencontrer, entre autres, un homme qui a tué son frère, une duchesse peut-être infertile et un luthier.

Crémone- 1758

Ensuite, le lecteur est amené à suivre l’enquête menée par Monsignor Michele Archenti, avocat du diable. Le jésuite doit découvrir si Don Fabrizio Cambiati est un saint. Pour ce faire, il fait la connaissance des Crémonaises et des Crémonais convaincus de la sainteté de leur candidat. Il croise le chemin de Francesca, la duchesse de Crémone, qui a connu Don Fabrizio Cambiati et avec qui elle partage un secret depuis plusieurs années. Il développe également une relation avec l’arrière-petite-fille de la duchesse, Elettra. Une histoire d’amour s’installe au fil des pages entre le jésuite et la belle Elettra, fiancée à un autre… Monsignor Michele Archenti recommandera-t-il ou non la canonisation de Don Fabrizio Cambiati?

Tout le reste

Des personnages de la commedia dell’arte, un violon, un homme des Roseaux se promenant avec un squelette, une comète… et plus encore… animent les pages de ce roman…

Mon avis

J’ai beaucoup aimé cette histoire d’alchimie du cœur. Chaque chapitre nous guide vers l’énigme de la pierre philosophale en suivant une comète qui apparaît ici et là pour faire naître l’amour. Comme le fait remarquer Rodolpho, l’homme des Roseaux, à Fabrizio :

-Un vrai alchimiste ne transmute rien d’autre que son cœur. Si nous voyons la plénitude de chaque chose, si nous parvenons à prendre conscience, à vraiment saisir et réaliser notre humanité commune, n’avons-nous pas déjà atteint l’immortalité? La comédie humaine, cette farce tragique, ce mystère sans début ni fin se poursuit sans arrêt. Le grand cycle des naissances et des morts et des naissances continue. (p. 202)

J’ai pris mon temps pour savourer chaque chapitre, chaque page, chaque phrase, chaque mot. Il y a de magnifiques descriptions dans ce livre de la nature, de l’amour, de la vie, de la mort. En voici deux :

La comète continuait à foncer à travers le ciel comme un brûlant joyau blanc, une tête de cheval chutant dans l’espace avec sa crinière filant derrière, un pinceau imbibé de blanc qui avance vers une toile, le front d’un enfant qui surgit dans le monde avec un long cri blanc, un vent de lumière, un vent de lumière ardente et éclatante qui galope dans la noirceur, une grande idée qui jaillit d’une échine jusqu’au firmament. (p. 238)

 

Quand ils eurent fini, le brouillard s’était complètement dissipé et la lumière pleuvait sur la ville. (p. 365)

De surcroît, le lecteur en vient à côtoyer le monde du sacré et le monde du profane par le biais des personnages et des lieux. Fabrizio permet au lecteur d’en faire l’expérience :

Tout en regardant le garçon se dissoudre presque entièrement dans les hauteurs, Fabrizio eut l’impression qu’il se trouvait à la fois dans la cathédrale et dans les champs, comme si l’église était aussi vaste que les prés, comme si elle embrassait un si grand pan du monde qu’elle possédait son propre climat et des vents. Ce doit être l’église la plus immense de la création, pensa-t-il. Soudain, il réalisa : C’est ici que la terre touche au ciel, l’endroit où il n’y a plus de distinction entre le monde du sacré et le monde tel qu’il est. (p. 200)

Il importe aussi de soulever la qualité de ce livre. Je tiens à souligner le beau travail de la maison d’édition. La couverture avec une peinture d’Esthée Preda avec un reflet inversé et des objets est tout simplement magnifique tout comme l’image du contre-plat avant. J’adore…contre-plat-bonne

Je remercie finalement la maison d’édition pour la copie en service de presse que j’ai reçue…En plus, l’auteur, Mark Frutkin, vit dans la même ville que moi, c’est-à-dire à Ottawa. Cela a été un honneur pour moi de lire un roman de cet écrivain. D’ailleurs, Le saint patron des merveilles lui a permis de recevoir le prix littéraire Trillium, le plus prestigieux en Ontario.

 

Par ailleurs, M. Robert Benoit a lu ce bouquin en même temps que moi et je le remercie pour ses remarques et ses impressions. Son aide s’avère précieuse!

Donc, si vous avez envie de vous laisser guider par une comète et de découvrir le secret de la pierre philosophale, sautez dans ce récit! La beauté de cette histoire vous comblera à travers sa vérité…Amours, musique, Italie, étoiles, secret. Que demander de mieux?

Que pensez-vous de cette histoire?

Bien à vous,

Madame lit

Frutkin, Mark. Le saint patron des merveilles, traduit de l’anglais par Catherine Leroux, Québec : Alto, 2017, 393 p.

ISBN 978-2-89694-306-7