Madame lit Blonde

Je n’étais ni une poule ni une pute. Mais il y avait le désir de me percevoir de cette façon. Parce qu’on ne pouvait pas me vendre autrement je crois. Et je comprenais que je devais être vendue. Car alors je serais désirée et je serais aimée. (p. 345)

Chère lectrice, Cher lecteur,

En novembre, pour le défi littéraire Madame lit des livres de monde, la littérature américaine était à l’honneur. J’ai décidé de lire Blonde de Joyce Carol Oates. Pourquoi ce choix? Anne du blogue Textualités avait rédigé un excellent article qui m’avait donné le goût d’une part de découvrir la plume de Oates et d’autre part de me lancer à la découverte de l’univers fascinant de Marilyn Monroe.

Oates durant les 1110 pages de son roman brosse le portrait d’une femme captivante, magnifique, mystérieuse : Marilyn Monroe dont le vrai nom est Norma Jeane Baker. Une femme enfant dont la vie a été marquée par des drames épouvantables. D’abord, sa mère souffrait de schizophrénie paranoïde et elle a dû être internée lorsque Norma Jeane était enfant. N’ayant pas de père, la jeune Norma Jeane sera placée dans un orphelinat et ira de foyer d’accueil en foyer d’accueil car sa mère refusait de signer les papiers lui permettant de se faire adopter. À l’adolescence, pour échapper aux familles d’accueil et à l’orphelinat, elle n’a eu d’autres choix que de se marier à 16 ans. Puis, elle a décidé de devenir mannequin. Vite repérée en raison de son sex-appeal, elle deviendra en suivant les conseils de photographes et de producteurs à Hollywood, Marilyn Monroe, une blonde faisant rêver les hommes, une bombe sexuelle dont l’aura illuminait l’écran. Une blonde conçue, moulée pour le plaisir de l’homme.

Dans ce livre, il est aussi question de ses trois mariages. Le premier lorsqu’elle a seize ans avec un jeune homme qui ira servir son pays durant la Deuxième Guerre mondiale. Ensuite, il y a celui avec une icône du sport : Joe DiMaggio. Le couple se séparera après quelques mois d’union compte tenu de la jalousie de DiMaggio et de ses actes de violence envers sa femme. Finalement, elle épouse le célèbre dramaturge de l’époque Arthur Miller avec qui elle restera mariée quelques années.

Marylin Monroe, c’est aussi une femme qui ne réussira pas à avoir d’enfant en raison probablement de nombreux avortements. C’est une femme qui a tenté de trouver un sens à sa vie, mais qui ne semble pas l’avoir découvert. Marilyn Monroe, c’est également une lectrice de Schopenhauer, Tchekhov, Ibsen, Miller, et tant d’autres…

Marylin Monroe, c’est aussi sa liaison avec l’homme le plus puissant des États-Unis : J.F. Kennedy. Marylin Monroe, c’est une mort remplie de mystères. Une mort qui a frappé l’imaginaire de l’Amérique. Marylin Monroe, c’est une petite flamme dans la nuit, une petite flamme trop belle pour survivre, trop naïve pour un monde dirigé par des loups.Marilyn Monroe, c’est la petite Norma Jeane, une enfant de l’Amérique qui croyait que Clark Gable était son papa. Marilyn Monroe, c’est le fantasme de bien des hommes. Marilyn Monroe, c’est le rêve américain. Marilyn Monroe est morte seule, droguée, alcoolique, pauvre. Elle n’avait que 36 ans.

Oates a rendu un sublime hommage à Norma Jeane. C’est en tombant sur une photo de Marilyn à dix-sept ans que l’autrice a décidé d’écrire un roman sur cette jeune fille ressemblant à sa propre mère.

Je n’ai pas décidé de faire un livre sur Marilyn Monroe. C’est en découvrant une photo de Norma Jeane [graphie adoptée par l’auteur] prise en 1944 quand elle avait dix-sept ans que j’ai eu envie d’écrire sur cette jeune fille ordinaire, quelconque, une Américaine typique avec ses cheveux foncés et son visage rond, qui ne ressemblait à rien à Marilyn Monroe.[…] C’est grâce et à cause d’Hollywood qu’elle s’est métamorphosée, qu’elle est devenue un miracle. Ce qui compte pour moi, c’est la vie privée de Norma Jeane, comment cette vie privée s’est transformée en produit. (Extrait de l’entrevue de Joyce Carol Oates, par Catherine Argand)

L’œuvre de Oates demeure une fiction. Toutefois, elle a fait de nombreuses recherches, elle a scruté à la loupe la vie de Marilyn Monroe, ses films, ses photos, ses entrevues, etc. Elle rend un hommage à cette femme qui avait du talent et qui était très perfectionniste. Elle en dévoile toute la complexité, elle en fait un être torturé à bien des égards, une femme aux idées suicidaires, une femme qui voulait être Norma Jeane Baker. Entre l’être et le paraître, la ligne est parfois bien mince.

J’ai été totalement subjuguée par ce livre dès son inoubliable incipit. J’en sors perturbée, meurtrie, déroutée. L’écriture entraîne le lecteur dans une spirale infernale dont il ne peut échapper. C’est fou, c’est hallucinant, c’est l’Amérique dans toute sa brutalité, dans toute sa bestialité, dans toute sa perversité.

Comme le soulève Rollo Freund, un employé d’une compagnie cinématographique :

Vous éprouvez d’authentiques émotions, mademoiselle Monroe ! C’est pour cela que vous êtes une actrice brillante. C’est pour cela que les gens voient en vous une image magnifiée d’eux-mêmes. C’est une illusion bien sûr, mais le bonheur réside dans l’illusion ! Parce que vous vivez dans votre âme comme une chandelle qui vit dans sa propre combustion ! Vous vivez dans notre âme américaine ! (p. 1026)

En refermant les pages de ce roman, une partie de moi s’est transformée. Je ne regarderai plus jamais une photo de Marilyn Monroe de la même façon. J’ai eu aussi envie d’entendre ce bel hommage d’Elton John à Norma Jeane Baker.

Alors, lisez ce livre, savourez chaque mot, vivez la tension dramatique instaurée par l’autrice durant cinq actes. C’est une partie de notre Histoire, c’est la folie d’Hollywood, c’est celle d’une femme sexuellement vendue par des hommes. Ma Marilyn est désormais belle intérieurement et extérieurement.

Que pensez-vous de ma lecture de novembre ?

Bien à vous,

Madame lit

OATES, Joyce Carol. Blonde, traduit de l’anglais par Claude Seban, Paris, Le livre de Poche, 2018, 1113 p.

ISBN : 978-2-253-15285-9

17 commentaires »

  1. Avant tout merci de partager ma chronique de Blonde. Je suis ravie que ce livre t’aie autant enthousiasmée ! Je retrouve beaucoup ma lecture dans la tienne : pour moi aussi, ce livre a bouleversé l’image que j’ai de Marilyn Monroe. Pendant ma lecture, j’ai eu besoin de voir ses films et des photos d’elle, pour changer mon regard sur elle, pour voir au-delà de l’icône hollywoodienne. Depuis, ce livre ne m’a pas vraiment quitté, j’y repense souvent (comme tous les Joyce Carol Oates que j’ai lus, d’ailleurs). Merci pour cette chronique qui me replonge dans ce texte admirable !

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