Madame lit La part de l’océan de Dominique Fortier

« Vous ne pouvez pas aimer l’océan, vous êtes l’océan. » ( p. 97)
Chère Lectrice, Cher Lecteur,
Je suis heureuse d’aborder le nouveau livre de Dominique Fortier, une autrice que j’affectionne énormément, La part de l’océan publié aux Éditions Alto. D’ailleurs, je remercie la maison d’édition, car j’ai reçu ce livre en service de presse dans le cadre de la rentrée littéraire 2024.
La part de l’océan
Hermann Melville, alors qu’il est en train d’écrire Moby Dick, entretient une correspondance avec Nathaniel Hawthorne, auteur de La lettre écarlate. Les deux écrivains se sont rencontrés en août 1850 en Nouvelle-Angleterre et ils s’apprécient. Melville tombe amoureux d’Hawthorne et il lui décrit, au fil des missives, ses sentiments et il lui parle de l’écriture de son livre.
Beaucoup d’années plus tard, un autre échange se profile entre celle qui présente la correspondance des deux illustres écrivains et un homme prénommé Simon. Est-il vrai ? Est-il un poème ?
Mes impressions
En lisant ce livre, je me suis demandée où Dominique Fortier trouvait ses idées pour rédiger ses bouquins autour de figures littéraires importantes. Je peux citer ses livres à propos d’Emily Dickinson : Les villes de papier et Les ombres blanches. Présenter une correspondance entre deux géants de la littérature américaine et en tisser une histoire, il fallait y penser… Pour votre information, cette correspondance est réelle. Il n’y a que les lettres de Melville qui ont su traverser le temps. Les lettres de Hawthorne ont disparues. Alors, l’autrice imagine, comble le vide, crée. J’ai beaucoup aimé ces hommes dont l’écriture, la création, la vie, sont au coeur des écrits. Cette correspondance permet à l’autrice de soulever des questions sur, entre autres, Moby Dick :
« Et si ce géant représentait l’extrême fragilité de toute vie, s’il était là pour nous rappeler que la mort rôde partout, toujours ? Et si cette baleine était déjà morte, si Moby Dick était un fantôme – un regret, un remords, qui sont aussi des revenants ? » (p. 94)
En ce sens, il s’avère intéressant de s’adonner à une certaine compréhension de l’œuvre à partir de la perception de la narratrice.
Mais encore, je ne savais pas que Melville avait dédié son célèbre livre à Hawthorne et qu’il avait eu des sentiments pour lui. Cette correspondance lui offre la possibilité de canaliser son amour. Et c’est la voix de la narratrice que l’on entend et qui chuchote à l’oreille des deux hommes :
« On voudrait lui faire croire que son amour est monstrueux, mais c’est faux. Son amour est ce qu’il a de plus pur, de plus vrai et de moins altérable. C’est la seule chose qui survivrait si la maison passait au feu; tout le reste serait carbonisé, réduit en cendres, tandis que cette passion émergerait des flammes intactes lisse et ardente, unique rescapée du désastre. » (p. 113)
Mais encore, il faut savoir que Melville est marié à Élizabeth Shaw (Lizzie) et que c’est elle qui recopie les pages de son manuscrit. Elle semble aussi fascinée par Hawthorne. Elle écrit également. Elle tisse des liens entre les hommes. C’est surtout sa poésie qui m’a interpellée.
Tout ce qui brille appelle la nuit
la doublure d’un coquillage
mother of pearl
une lame de canif
Le squelette d’un oiseau
Un ongle un instant dans la paume d’une main
Il m’aurait fallu
d’autres juillets
des nuits bissextiles
des aubes à l’envers
une maison tout au bord d’un ciel
Mes rêves sont faits du même plomb
qu’autrefois les lettres
dont on composait les livres
à mettre au bûcher
Il y a d’autres poèmes qui viennent intercaler le récit. Lizzie apporte à manger à son mari, s’occupe de la maison, de son fils et elle doit retranscrire le roman de son époux. Sans elle, Moby Dick aurait-il vu le jour ? Ne dit-on pas que derrière chaque grand écrivain se cache dans l’ombre une autre personne ? Je l’ai beaucoup appréciée cette mystérieuse Lizzie.
Et que dire de l’autre relation près de deux siècles plus tard ? Celle qui s’établit entre une écrivaine et un certain auteur, Simon ? Cette dernière a piqué ma curiosité et je me suis dit que la narratrice était bien chanceuse de pouvoir avoir un « ami littéraire ». D’ailleurs, à la fin du livre, l’autrice mentionne à propos de Melville, de Hawthorne et de Simon :
« Bref, avec tout ce que cela suppose de fidélité, de trahisons et de pas de côté, j’ai voulu faire de leur histoire – et de la mienne – une fiction. » (p. 323)
Ainsi, Dominique Fortier semble proposer un livre sur l’écriture, mais également sur l’imaginaire habitant l’instance lectrice. Elle est aussi lectrice et cette part de l’océan apparaît aussi essentielle que tout le reste. Un jeu entre le réel et la fiction mené par Dominique Fortier, j’adhère. Il est à noter que cette dernière possède une plume magnifique et grâce à son intelligence, elle sait ravir le coeur des lectrices et des lecteurs. La part de l’océan est un livre qui mérite d’être lu pour sa structure, mais aussi pour écouter ou lire l’histoire proposée. C’est magique, c’est fort, c’est cette part de l’océan qu’il faut découvrir l’espace d’un moment.
Je vous recommande ce livre :
- Si vous aimez la plume de Dominique Fortier
- Si vous voulez aller à la rencontre d’une partie de l’histoire de l’auteur de Moby Dick
- Si vous souhaitez vous laisser entraîner par un capitaine chassant tantôt les cachalots ou les mots
Avez-vous déjà un livre de Dominique Fortier ? Lequel ?
Bien à vous,
Madame lit
Dominique Fortier, Québec, Alto, 2024, 323 p.
ISBN : 978-2-89694-664-8
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Tiens… Hermann Melville, l’auteur de Bartleby dont j’ai retrouvé le personnage repris sous la plume de Joy Sorman. Quelle belle couverture ! Un livre qui a tout pour me plaire…
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Oui, j’ai souri en lisant ton article! 🙂
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Bonjour Nathalie. Ton article m’a rappelé que j’ai très envie de découvrir Dominique Fortier depuis longtemps et que je ne l’ai pas encore fait. Déjà son livre sur Emily Dickinson me tentait bien et celui-ci également. Les thèmes, les extraits, et tout ce que tu en dis, me plaisent ! Merci et bonne journée à toi 😃
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Merci Marie-Anne, je crois que Dominique Fortier est une autrice qui a tout pour te plaire… Bonne fin de journée à toi! 🙂
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Moby Dick ne m’a pas laissé un très bon souvenir … Je découvrirai plus volontiers l’écriture de Dominique Fortier avec son récit sur les Brontë.
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Dominique Fortier a plutôt écrit sur Emily Dickinson… Je ne crois pas avoir vu un livre d’elle sur les Brontë..,
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Ah, j’ai mal lu ton article et j’ai confondu les deux Emily 😯.
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Pas de problème!!! 🙂
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